Européennes 2009 : le défi de l’abstention

Publié le par PRG

L' EMICYCLE, le 11 Mars 2008

Alors qu’auront lieu en 2009 les élections européennes, le Parlement de l’Union bénéficie d’une image positive mais reste trop peu connu. C’est ce que révèle le dernier sondage Eurobaromètre, source d’enseignements pour des eurodéputés qui veulent enrayer une abstention croissante depuis le premier scrutin européen direct en 1979.

2009, « année du 30e anniversaire du Parlement européen comme seule institution démocratique directement élue, passé du statut de simple forum consultatif à celui de co-législateur de plein droit ! » Si Hans-Gert Pöttering (PPE-DE, Allemagne) célèbre le poids pris par le PE, qu’il préside, par rapport aux autres institutions communautaires, il craint à nouveau une participation aux prochaines élections européennes en deçà des enjeux. Selon le dernier Eurobaromètre réalisé fin 2007 et rendu public lors d’un colloque au PE le 5 mars, 75 % des Européens et 74 % des Français ne savent pas quand aura lieu le prochain renouvellement des eurodéputés. Non seulement les Européens méconnaissent le calendrier de l’Union, mais ils n’ont pas forcément conscience de leur pouvoir : 31 % des citoyens communautaires et 40 % des Français pensent à tort qu’ils n’élisent pas directement leurs eurodéputés…
L’image du Parlement européen s’est pourtant améliorée : 39 % des Européens et 31 % des Français en ont une image positive contre seulement 15 % et 14 % d’images négatives. Une majorité fait également plus confiance aux eurodéputés qu’aux autres représentants de l’UE pour l’avenir : 47 % des Européens (50 % des Français) estiment que c’est le PE qui devrait avoir le plus grand pouvoir de décision au sein de l’Union, loin devant la Commission (8 % et 9 %) ou le Conseil (9 et 10 %).

Le défi de la mobilisation
Ces chiffres positifs n’on pas empêché la participation de chuter régulièrement à chaque nouveau scrutin européen : « de 60 % en 1979 à 48 % en 2004, la participation a été inversement proportionnelle à la monté en puissance du Parlement européen », constate Richard Sinnot, professeur au University College de Dublin et auteur d’une étude sur l’opinion publique et le PE. Il y explique que la mobilisation des institutions communautaires, au même titre que la mobilisation personnelle de chacun des électeurs, est un élément-clé pour améliorer la participation. « La connaissance du Parlement européen va de pair avec la confiance que lui accorde le citoyen. Or cette information sur le PE est du ressort du Parlement européen ! », lance-t-il aux eurodéputés.
La mobilisation individuelle reste cependant essentielle et force est de constater que la comparaison des taux de participation entre les scrutins nationaux et le scrutin européen n’est pas en faveur de ce dernier. « Il existe un seul pays où la participation est plus forte aux européennes qu’à une élection nationale : la Lituanie. Pour tous les autres pays, le différentiel de participation est défavorable aux européennes de dix à 40 points ! », note Markus Steinbrecher, docteur à l’université de Bamberg en Allemagne. Autre point de nature à inquiéter les eurodéputés : « ce sont les personnes qui pensent que l’UE n’est pas satisfaisante qui vont le plus voter aux européennes », ajoute le professeur de sciences politiques.

Souplesse de vote
Si la participation s’avère supérieure à chaque fois que le scrutin européen est couplé avec un scrutin national, ce constat ne saurait constituer une solution pour faire reculer l’abstention. Professeur de sciences politiques à l’université de Plymouth, Colin Rallings souligne que plusieurs éléments sont susceptibles de pousser les Européens à se rende plus facilement aux urnes, telles que la « pédagogie sur les enjeux du scrutin » ou, plus techniquement, « la souplesse des conditions du vote », quand ce dernier peut s’effectuer « par courrier ou par Internet ».
Sur un plan purement politique, les solutions sont plus difficiles à trouver pour attirer les électeurs dans les isoloirs. A l’heure où les eurodéputés, qui sont les premiers à le regretter, semblent trop étroitement liés à la seule représentation du pays où ils ont été élus (44 % des Européens pensent que les parlementaires siègent en fonction de leur nationalité et non de leurs affinités politiques et 41 % estiment que les décisions du PE se font avant tout en fonction des intérêts des Etats membres dont sont issus les eurodéputés), plusieurs parlementaires militent pour une réelle « européanisation » du scrutin . « Beaucoup de campagnes se font au niveau national. […] Il nous manque des listes transnationales », regrette l’eurodéputé Jo Leinen (PSE, Allemagne).

Un visage par famille politique
Une campagne européenne serait-elle vraiment le moyen d’intéresser plus les Européens à l’élection de leurs députés à Bruxelles et Strasbourg ? On peut en douter mais un élément nouveau pourrait aller dans ce sens. Avec l’obligation faite dans le traité de Lisbonne au Conseil européen de choisir son candidat à la présidence de la commission européenne en tenant compte des résultats des élections au PE, chaque famille politique européenne pourrait alors présenter son candidat et donner ainsi un visage à son action, estime le vice-président du PE, Alejo Vidal Quadras (PPE-DE, Esapgne). « Ceci pourrait donner à l’élection beaucoup plus d’intérêt pour l’électeur, même si ce ne sera pas aussi intéressant que l’affrontement Obama – Clinton ! »
Aurélien Hélias

Publié dans PRGcom

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