Sarkozy sans opposition, quand la gauche oublie d'exister, PS, PRG, PC

Publié le par PRG

Valeurs actuelles le 28 Août 2008

SIPA
Malgré une situation économique préoccupante, l’Élysée peut se réjouir
d’avoir les mains libres jusqu’aux européennes de 2009. Sauf si Bayrou…


Heureux les présidents sans opposition, doit se féliciter tous les matins
Nicolas Sarkozy, paraphrasant Georges Pompidou qui enviait les “peuples
sans histoire” ! Est-ce, en effet, pour la gauche, un acte d’opposition que de
réclamer un débat en urgence sur l’Afghanistan ? Que de s’appuyer sur les
sondages pour stigmatiser la politique économique du gouvernement ? Et même,
de s’en prendre à Christine Lagarde à propos des prévisions de croissance
désespérément revues à la baisse.

On n’en est plus, décidément, au temps où François Mitterrand devait affronter
l’offensive d’une droite unie qui menaçait de l’envoyer en Haute Cour (en 1984,
au plus fort des manifestations en faveur de l’école libre, puis au sujet de sa politique
en Nouvelle-Calédonie), sans parler de ce funeste automne 2000 qui voyait Jacques
Chirac confronté au chantage d’un mort vindicatif – le promoteur Jean-Claude Méry qui,
dans une cassette vidéo posthume, menaçait de faire sauter la République – tandis
que le socialiste Arnaud Montebourg en appelait aux mânes de Robespierre et
de Saint-Just pour « nettoyer les écuries d’Augias »

S’agissant du débat sur l’Afghanistan, Nicolas Sarkozy peut se payer le luxe de l’offrir à
ses détracteurs, dès la session extraordinaire du Parlement, qui débute le 22 septembre,
puisqu’il est certain du résultat. Ce sera “oui”au maintien de notre engagement. Seul le PC
– et encore – risque de voter à l’unanimité pour le rappel immédiat de nos troupes, lui qui,
contrairement au PS, avait eu la cohérence de voter contre leur envoi, décidé par Lionel
Jospin, en accord avec Chirac, à la suite des attentats du 11 septembre 2001.

C’est que, dans ses tréfonds, l’opinion sent bien que si l’on pouvait discuter a priori
de la légitimité de notre présence en Afghanistan, il serait périlleux de faire marche
arrière à la première difficulté majeure sans donner l’impression de capituler devant
la force. La preuve : si, idéalement,55 % des Français préféreraient voir nos soldats
 rentrer d’Afghanistan (selon un sondage CSA pour le Parisien publié le 21 août),une
majorité relative fait confiance à Nicolas Sarkozy pour gérer la situation (48 % contre
46 % pensant le contraire),bien que celui-ci soit favorable au maintien de leur présence.

Si l’opposition était crédible, autrement dit incarnée dans un homme ou dans une femme,
campant une autre politique, il en irait sans doute différemment. Aux États-Unis même,
Barack Obama donne un autre exemple d’opposition constructive en proposant une alternative
compatible avec l’honneur de l’Amérique : dégagement (progressif) d’Irak, maintenant qu’il est
établi que ce pays n’était pas le fourrier de l’islamisme décrit par George Bush… mais
engagement massif en Afghanistan, qui n’a jamais cessé de l’être, et dont tout démontre
qu’il fut le terreau idéologique et logistique du 11-Septembre !

Quant aux sondages dont se gargarise le PS pour démontrer que la récession est
le fruit de la politique menée depuis 2007,ils sont l’objet de la même exploitation :
18 % de Français confiants dans l’amélioration de leur pouvoir d’achat, n’est-ce pas
après tout, un seuil honorable, quand chaque “JT”retentit des annonces de faillites
bancaires aux États-Unis ou en Allemagne et quand le président de la BCE, Jean-Claude Trichet,
resurgit de l’oubli, au creux de l’été, pour appeler les Français à toujours plus de sacrifices.

La vérité est qu’au-delà d’une conjoncture économique défavorable qui lui ôte toute marge de
manoeuvre (lire, page 22, l’article de Catherine Nay),Nicolas Sarkozy peut se réjouir de n’avoir
en face de lui qu’une opposition sans ressort, plus préoccupée par ses guerres picrocholines
que par la recherche d’une posture crédible dans la perspective de l’alternance.

Pis : en perdant, à deux voix près, la bataille de la réforme constitutionnelle, qu’il avait les
moyens arithmétiques de gagner s’il avait su conserver l’appui historique des radicaux de gauche,
passés avec armes et bagages dans le camp du gouvernement, le PS a perdu la dernière occasion de reprendre l’initiative avant la prochaine élection présidentielle.

Tout indique que d’ici là, les européennes de juin 2009 seront pour lui un calvaire :
pour peu que le futur parti “anticapitaliste”d’Olivier Besancenot et le parti radical de gauche,
renouant pour l’occasion avec Bernard Tapie (12 % des voix en 1994), présentent chacun
une liste, que restera-t-il de l’espace politique conquis, en 2007, par Ségolène Royal ?

Plus que probable,cette configuration pourrait encore s’aggraver dans l’hypothèse où le MoDem,
étrillé par le scrutin majoritaire, mais dont l’image dans l’opinion reste intacte (François Bayrou
est désormais dans le peloton de tête des personnalités préférées des Français, selon le baromètre
mensuel TNS Sofres-le Figaro Magazine), confirmerait sa percée de la dernière élection présidentielle
(18,6 % des voix).Mais dans cette perspective, un centre à un bon niveau serait aussi gênant pour
le PS que pour l’UMP… En s’enracinant dans le paysage politique à l’heure où rien ne semble devoir
enrayer la décrue du Front national, le phénomène Bayrou est plus que jamais à double tranchant.
Il ôte aux socialistes, en mal de leadership, le privilège d’incarner seuls l’opposition au président de la République. Et il offre aux déçus du sarkozysme une structure d’accueil protestataire moins “politiquement incorrecte” que ne le fut le Front national.

S’il n’en était pas conscient, le chef de l’État aurait-il consacré autant de moyens à faire battre
Bayrou à Pau,aux municipales de mars dernier ?

Entre les deux hommes, dont les tempéraments opposés dissimulent une même et farouche
énergie, une guerre de longue haleine est déclarée. Et même si le rapport de force joue, de
manière écrasante – système électoral oblige – en faveur de Nicolas Sarkozy, certains, à l’Élysée, commencent à s’interroger sur le coup d’après.
La défaite du PS aux européennes étant plus que probable, le risque d’offrir à Bayrou un
statut d’opposant numéro un n’est pas à négliger. Ceux qui n’ont plus à rien à perdre, parce
qu’on leur a tout pris (ministres, parlementaires, financement), sont toujours plus déterminés à en
découdre que ceux qui consacrent, comme les socialistes, l’essentiel de leur temps à
sauver les meubles…

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