Le RSA, au-delà des querelles partisanes, le député PRG revient sur les vertus du RSA

Publié le par PRG

Le Figaro, Débat ,le 5 Septembre 2008
Paul Giacobbi, député (PRG) et président du conseil général de la Haute-Corse
revient sur les vertus du RSA, appliqué dans son département depuis le 1er janvier
de cette année.

La solidarité qui consiste à garantir à ceux qui n'ont rien un minimum de revenu est
parfois une trappe dont on sort difficilement. Malgré toutes les bonnes intentions et
parfois les succès de la politique d'insertion menée par les conseils généraux, le RMI
constitue une «trappe à pauvreté», un collier de misère qui permet la survie de ceux
qui sont astreints à le porter et qui réussissent rarement à s'en libérer.

En effet, le RMiste qui retrouve un emploi, généralement rémunéré au minimum et souvent à temps
partiel, n'a aucun avantage à recommencer à travailler puisque ce retour à l'emploi se traduit,
au mieux, par une stagnation de son revenu et, à terme, par une perte significative de droits sociaux.

Pire encore, un RMiste qui «bricole au noir» à temps très partiel gagne mieux sa vie que celui
qui travaille à temps plein au smic. Le RSA expérimenté dans trente-quatre départements a
remporté d'emblée un remarquable succès parce que les plus démunis y ont retrouvé l'espoir
de s'en sortir et la dignité de celui qui gagne sa vie par son travail.

Dans mon département de la Haute-Corse, près de six cents RMistes ont accédé au RSA en
quelques mois, avec des emplois en moyenne supérieurs au mi-temps et souvent en contrat à durée indéterminée. Parallèlement, le nombre des RMistes descendait en dessous des trois mille allocataires
et atteignait son plus bas niveau depuis quatorze ans.

Le conseil général de la Haute-Corse est depuis dix ans très engagé dans l'insertion et il a pu de
ce fait enregistrer une baisse progressive des bénéficiaires du RMI. Mais la diminution spectaculaire
cette année des RMistes en Haute-Corse, est incontestablement imputable au RSA expérimenté
depuis le 1er janvier 2008.

Les économistes français sont partagés sur le RSA voire, à l'instar de Thomas Piketty, le condamnent
sans appel. Mohammed Yunus, qui n'a évidemment pas l'autorité, l'expérience dans la lutte contre
la pauvreté ou la finesse d'analyse d'un Piketty, remarquait néanmoins que ce qui maintenait dans
la pauvreté une part considérable de la population des pays riches, c'était précisément les politiques
de minima ou de prestations sociales non liés à l'exercice d'un travail.

Les esprits chagrins n'ont pas manqué de soulever à propos de ce dispositif toutes sortes de
question : Sera-t-il entièrement financé par l'État ou pris en charge, comme à l'accoutumée pour
toutes mesures sociales nouvelles, par les conseils généraux ? L'État, s'il en garantit le financement,
le fera-t-il en prenant aux pauvres pour donner à d'autres pauvres à travers par exemple la prime
pour l'emploi ? Le RSA ne constituera-t-il pas à son tour une nouvelle «trappe à pauvreté», une
nouvelle incitation à la multiplication de ce que l es Britanniques appellent les bad jobs ?

Ces questions sont légitimes, même si l'on peut tout aussi légitimement se demander pourquoi
ceux qui les posent sont restés muets pendant vingt ans sur les perversions du RMI.

Car enfin, les conseils généraux, pour une majorité d'entre eux, ont été contraints de financer
un surcoût colossal lors du transfert de la compétence du RMI. Ce dernier donne lieu en substance
à bien des fraudes, y compris de la part d'employeurs indélicats, tandis qu'il constitue la plus
grande et la mieux verrouillée de toutes les trappes à pauvreté que des décennies de politiques
sociales ont ouvertes sous les pas des plus démunis de nos concitoyens !

Aujourd'hui, le RSA est financé par les revenus du capital et c'est d'autant plus juste qu'au cours
des dernières années, ceux-ci ont augmenté infiniment plus vite que les salaires, de telle sorte
que le prélèvement de 1,1 % qui sera opéré est tout à fait justifié. On peut seulement regretter que
les plus riches en soient exonérés par le mécanisme choquant du bouclier fiscal destiné à protéger
ceux qui ont le moins besoin de l'être.

Quoi qu'il en soit, les conseils généraux ont la garantie d'un financement parfaitement neutre pour
eux d'une mesure sociale innovante, ce qui est suffisamment exceptionnel pour être salué.

De surcroît, si le succès de l'expérimentation se confirme lors de la généralisation, il en résultera un autofinancement de plus en plus large de la mesure par la sortie du dispositif de ceux qui auront complètement réussi leur retour dans le monde du travail. S'il est possible que bien des titulaires
du RSA restent longtemps dans le dispositif, il sera tout de même plus avantageux et plus digne
pour eux, et moins coûteux pour le contribuable, qu'ils tirent la plus grande part de leur revenu
du travail plutôt que de dépendre totalement de la solidarité, comme c'est le cas avec le RMI.

Le RSA n'est évidemment pas la panacée. Cependant, dans un contexte démographique très
favorable à l'emploi en France, il peut, malgré la crise économique, constituer le catalyseur d'une
réintégration dans le monde du travail pour des centaines de milliers de personnes qui en sont
aujourd'hui exclues.

Cette lueur d'espoir ne doit pas être étouffée par nos querelles partisanes !

Publié dans article sur le PRG

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article