Religion - Comment le pape abordera-t-il la laïcité en France ?

Publié le par PRG

LCI.fr : A quel accueil peut-on s'attendre de la part des Français pour la première venue de Benoît XVI sur leur sol ?
Odon Vallet, historien des religions*:
C'est très difficile à prévoir. Jean-Paul II, lors de sa première venue en France en 1980, n'avait pas déplacé de grandes foules. L'accueil avait été relativement discret et le pape lui-même n'avait pas été enthousiaste et avait dit cette phrase "France, qu'as-tu fait des promesses de ton baptême?". C'est par la suite que l'on a vu des relations nettement plus chaudes, qui ont culminé avec les JMJ d'août  1997 avec 1 million de personnes rassemblées sur la pelouse de l'hippodrome de Longchamps. On n'attend pas de telles foules pour Benoît XVI. D'ailleurs l'esplanade des Invalides est nettement plus petite. Néanmoins, les catholiques étant d'une manière générale favorable au pape, ils ne devraient pas bouder sa venue.
 
LCI.fr : Le cardinal français Jean-Louis Tauran pense que Benoît XVI pourrait à l'occasion de sa visite mettre "les pendules à l'heure" sur la laïcité. Qu'en pensez-vous ?
Odon Vallet :
Le président Sarkozy, lors de son voyage l'hiver dernier à Rome s'était prononcé pour une laïcité positive qui serait très différente de la trandition française qui prévoit une séparation totale entre l'Eglise et l'Etat. Le mois suivant, il avait tenu des propos similaires au roi d'Arabie. Donc, le président Sarkozy, que ce soit pour le christianisme ou l'Islam, estime que l'Etat ne doit pas avoir peur de favoriser en général la spiritualité. Il avait même dit une phrase très contestée, comme quoi un prêtre ou un pasteur était supérieur à un instituteur. 
  Comment gérer aujourd'hui cette conception de la laïcité ? On peut penser que dans le cadre d'un voyage d'Etat, puisque le Vatican est un Etat, le pape sera très prudent dans le choix de ses mots. On sait qu'il souhaite que l'Eglise joue un rôle important dans la vie publique mais surtout que les pouvoirs publics reconnaissent le rôle de l'Eglise. N'oublions pas que le pape est allemand et qu'en Allemagne l'Eglise a un statut dans la vie publique puisqu'il y a un impôt ecclésiastique et qu'elle gère plusieurs institutions sociales. Lors de sa venue, le pape ne voudra certainement pas mettre en difficulté le président de la République en prononçant un discours trop hostile à la laïcité. C'est un homme qui est extrêmement dur dans ses positions mais doux dans ses propos, surtout depuis les quelques gaffes qu'il a commises, notamment à l'égard des musulmans, juste après son élection il y a trois ans. Maintenant, il fait un peu plus relire ses discours.
 
Par ailleurs, concernant Nicolas Sarkozy, on peut penser qu'il évitera de jeter de l'huile sur le feu sachant combien le thème de la laïcité est sensible et combien dans le passé il a pu faire descendre des centaines de milliers de personnes dans la rue.
 
LCI.Fr : Au début du mois, lors d'un voyage en Sardaigne, Benoît XVI a appelé à un retour des valeurs catholiques dans la vie publique italienne. Peut-on s'attendre à un tel discours en France ?
Odon Vallet :
La France n'est pas la priorité du pape en Europe. C'est l'Italie, car la déchristianisation de l'Italie serait une catastrophe pour le Vatican. On observe d'ailleurs depuis quelques années une remontée du taux de la pratique religieuse dans ce pays. La seconde priorité est l'Espagne car il y a des conflits assez durs entre l'épiscopat espagnol et le gouvernement socialiste. La France est dans une position un peu moins délicate. S'il y a globalement un recul de la pratique religieuse, il semble aujourd'hui beaucoup plus lent que naguère. Néanmoins, le pape demeure très attaché aux valeurs chrétiennes de l'Europe. Il est donc intéressé à ce que la France soit catholique. Or, la France, aujourd'hui, n'est plus que le 6e pays catholique du monde derrière le Brésil, le Mexique, les Philippines, les Etats-Unis et l'Italie. 
 

 

 
 
 

LCI.fr : Les positions très traditionalistes du pape ne risquent-elles pas de braquer les catholiques Français plutôt que de les réveiller ?
Odon Vallet : Ce pape a clairement une position traditionaliste sur un certain nombre de sujets notamment sur la liturgie, la messe en latin ou la communion à genoux. Si le réveil, c'est le retour à la foi des anciens jours, une grande partie des chrétiens, prêtres ou laïques ne l'acceptera pas. Si l'ouverture se fait, elle doit se faire aussi bien à gauche qu'à droite. A droite, il a déjà fait des gestes vers les traditionalistes. A gauche, les catholiques estiment qu'une évolution est nécessaire sur certains sujets comme la place des laïques dans l'Eglise, qui va croissante, ou encore le célibat des prêtres. Si l'ouverture ne se fait pas un peu vers eux aussi, il y aura une déception. Là aussi, on peut penser que le pape manifestera une certaine prudence dans ses propos pour ne pas braquer ses interlocuteurs.
 
 
LCI.fr : Suite au discours polémique de Rastisbone, peut-on attendre un mot du pape à l'intention du patriarche orthodoxe ?
Odon Vallet
: Le but de ce voyage n'est pas le dialogue oecuménique ni le dialogue interreligieux. Il n'a pas le temps en quatre jours d'aborder ces thèmes-là. On sait qu'en matière de rapprochement d'Eglise, Benoît XVI se sent plus proche des orthodoxes que des protestants. Il a dit que les Eglises protestantes ne sont pas tout à fait des Eglises mais parcontre il reconnaît l'existante des Eglises orthodoxes qui sont très tournées vers la tradition, ce qui va dans le sens de ses idées. D'autre part, il souhaite un rapprochement avec le patriarche de Moscou. C'est un thème très sensible en France car il y a des orthodoxes qui ne sont pas forcément en bon terme avec le patriarche de Moscou.

*Son dernier ouvrage, Dieu et le village planétaire, paraît le 10 septembre aux
éditions Bayard. Il s'agit d'un recueil actualisé de ses chroniques publiées dans La Croix.
  

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