De plus en plus de journalistes sont tentés par le virus de la politique et se tournent vers Modem!

Publié le par PRG

Par Sylvain Rakotoarison Agoravox - Mercredi 10 septembre
Cet article a été rédigé par un reporter d'AgoraVox, le journal média citoyen qui vous donne la parole.


Est-ce une illusion ? De plus en plus de journalistes sont tentés par le virus de la politique. Certains ont même fait de très belles carrières, parfois jusqu’au gouvernement.

Depuis quelques décennies, on peut compter de nombreux cas de journalistes qui traversent le miroir, à l’instar des Dominique Baudis, Jean-Jacques Servan-Schreiber, Noël Mamère, François-Michel Gonnot, Olivier Duhamel, Jean-François Robinet, Philippe Vasseur...

Le cas de Cavada

Jean-Marie Cavada s’était engagé aux côtés de François Bayrou et de l’UDF qui l’avait fait élire député européen en juin 2004. Après une fidélité sans faille en été 2007 (Cavada avait même organisé le Forum démocrate de Seignosse, sorte d’université d’été), il avait finalement sombré dans les tentations de la sirène parisienne en devenant tête de liste UMP du 12e arrondissement de Paris aux municipales… contre son ancienne camarade du MoDem Corinne Lepage. Un calcul politique dénué de toute efficacité, vu ses résultats électoraux désastreux et vu surtout l’avenir actuel de Jean-Marie Cavada (qui avait une petite fringale de ministère de la Culture).

Municipalisation de stars journalistiques ?

Le MoDem a été aux dernières municipales l’un des cristallisateurs de ce type d’engagement. Le principal est celui du journaliste Philippe Meyer, tête de liste du MoDem au 5e arrondissement de Paris pour les municipales de mars 2008 (il avait fait un excellent score dans le fief de Jean Tibéri et avait facilité sa réélection en se maintenant au second tour puisque Bertrand Delanoë avait refusé toute alliance électorale entre le PS et le MoDem, contrairement à ses concurrentes Ségolène Royal au niveau national et Martine Aubry à Lille).

On peut encore citer deux rumeurs (je n’évoque que des rumeurs puisqu’elles ne sont pas allées jusqu’à la concrétisation, donc susceptibles d’avoir été mal interprétées), à savoir la possible candidature de célèbre éditorialiste de L’Est républicain, Pierre Taribo, comme tête de liste du MoDem à Nancy aux municipales de mars 2008 et aussi celle du président de France Télévisions Patrick de Carolis à Marseille.

Kahn se lance

L’information date du 7 septembre 2008 et a été notamment véhiculée par le journal Libération et Le Journal du dimanche : le journaliste spécialiste de l’extrême centre Jean-François Kahn, frère aîné du généticien Axel Kahn et du chimiste Olivier Kahn (décédé en 1999), et fils du philosophe Jean Kahn (voir portrait croisé en fin d’article), a franchi le pas et aurait décidé d’être la tête de liste du MoDem dans la région du Grand-Est pour les élections européennes de juin 2009.

Il en avait déjà parlé en juillet 2008 et il s’en explique cette semaine dans Le Journal du dimanche (voir en fin d’article) : « Arrêtons l’hypocrisie : 80 % des journalistes sont engagés en politique, mais ils ne l’assument ni ne le disent. Moi, depuis des décennies, je défends les mêmes idées. Je mène un combat en faveur d’une autre voie. Je reste donc fidèle à moi-même. La société que je refuse, c’est celle qui met l’État ou l’argent au centre plutôt que l’homme ».

Ami de longue date de Bayrou et du démocrate-centrisme

Cette clarification n’est pas, en soi, un scoop : Jean-François Kahn ne s’est jamais caché d’être un vieil ami de François Bayrou et il suit la destinée du leader centriste et de son parti (UDF puis MoDem) de manière permanente.

J’avais co-organisé au printemps 1990 une conférence politique à la faculté de droit de Nancy avec, pour invité, l’ancien ministre centriste Bernard Stasi à propos de son livre : L’Immigration, une chance pour l’Europe ? (le point d’interrogation étant d’une importance cruciale !), et avec, pour animateur, Jean-François Kahn.

Son (ancien) journal Marianne n’avait pas hésité à soutenir ouvertement (quoique par défaut) la candidature de François Bayrou à l’élection présidentielle de 2007.

Il était encore présent à l’Université de rentrée du MoDem le 5 septembre 2008 au Cap d’Estérel.

Ton passionné et réflexion approfondie

Sans doute que le ton passionné de Jean-François Kahn peut agacer. Autant par oral que par écrit. Toujours à s’enflammer sur tout. Et donc, un peu fatigant à la longue.

Pourtant, malgré sa gouaille, Jean-François Kahn est un authentique penseur de la politique. Indépendant, original, solide et courageux.

Il a, par exemple, publié, il y a une dizaine de jours, une « adresse aux idéologues de la droite libérale » (voir à la fin de l’article) très pertinente où il met les pieds dans le plat idéologique. Le Figaro n’a même pas voulu la publier et c’est finalement Le Point qui l’a secouru pour amorcer un débat sain et salutaire pour la démocratie.

La droite aussi ringarde idéologiquement que la gauche

En gros, il accepte volontiers de dire que la gauche est archaïque et qu’elle « continue, imperturbablement, de se réclamer de ce qui n’exista jamais pour affronter ce qui n’existe plus ». Mais il se pose aussi la même question pour la droite : « Le monde dans lequel se meut, aujourd’hui, le discours de droite est-il plus réel, plus actuel que celui dans lequel s’ébroue le discours de gauche ? »

Il montre que la droite est idéologiquement tout autant ringarde, qu’elle se dit libérale alors qu’elle est étatique, multipliant taxes et contributions et pointe du doigt cette incroyable contradiction : « On a assisté à cet événement inouï que l’une des plus importantes banques du premier pays capitaliste du monde a été sauvée du dépôt de bilan par un apport massif d’un fonds d’État (dit souverain) du régime communiste de Pékin. Eh bien, le discours de la droite est resté, après ce coup de tonnerre, aussi intangible que le discours de la gauche après le constat de l’inexistence de tout courant socialiste démocratique en Russie ! »

Et il s’interroge sur les conséquences de la mondialisation : « Le fond du problème, qui eût mérité de bouleverser radicalement la rhétorique conservatrice libérale, est celui-là : aujourd’hui, c’est dans un pays qui vit sous une dictature communiste implacable que le néocapitalisme a réalisé ses plus impressionnantes performances. La gauche aurait dû en avaler son dentier dogmatique. Mais la droite ? »

Par ailleurs, il rappelle avec force que le libéralisme des Benjamin Constant, Guizot, Thiers, Tocqueville et Adam Smith s’accompagnait d’un rejet intransigeant de toute concentration des pouvoirs qu’ils fussent économiques ou politiques.

JFK au service du MoDem ou le MoDem au service de JFK ?

Alors, le bouillonnement des idées restera-t-il intact après une aventure politique et électorale ?

À 70 ans, Jean-François Kahn a sans doute cette ambition : pouvoir agir sur ce qu’il dénonce. Après tout, créer deux magazines de premier plan, c’est le succès d’un entrepreneur actif, pas seulement celui d’un intellectuel populaire qui a écrit au moins vingt-quatre essais.

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