Gauche : comment sortir de l’impasse ?

Publié le par PRG

l’Humanité des débats. Gauche

Table ronde avec : François Miquet-Marty, directeur de l’institut Viavoice, Michel Simon, sociologue, professeur émérite à l’université de Lille Stéphanie Vermeersch, sociologue, chercheure au CNRS

Rappel des faits

Après le choc de 2002, 2007 est un nouveau traumatisme pour la gauche. Une élection pour laquelle le Parti socialiste était donné gagnant devient une défaite en forme de déroute. L’ensemble de la gauche qui recueille 36,44 % des voix est à un niveau historiquement bas. Un an plus tard, la gauche semble toujours dans l’impasse. Face à une droite arrogante, revancharde, déterminée à pousser l’avantage le plus loin possible, les luttes se multiplient pour défendre le service public, pour s’opposer aux licenciements, pour défendre les droits des travailleurs sans papiers…. Mais la gauche syndicale, associative, politique n’a, pour l’heure, pas réussi à s’opposer efficacement à cette attaque en règle et à se mettre en position de contre-offensive. Le gouvernement peut bien accumuler les couacs, le président de la République enchaîner maladresses et provocations, leurs cotes de popularité peut bien baisser, l’état de la gauche leur laisse la possibilité de rebondir, de poursuivre une entreprise de démolition systématique des droits sociaux et le formatage de la société au bénéfice des plus riches, selon une pure logique capitaliste. La droite a-t-elle gagné la bataille des idées comme le martèlent ses leaders ? Rien n’est moins sûr. Plus de 70 % des Français ne sont pas satisfaits de la société dans laquelle ils vivent révèle l’enquête de Mediavoice. Que deviendra cette insatisfaction dans les mois qui viennent ? Sera-t-elle étouffée ? Deviendra-t-elle, au contraire, un terreau pour des idées neuves et des solidarités renforcées ? Sera-t-elle le moteur d’un esprit de conquête retrouvé ? Beaucoup dépendra de la capacité de la gauche à tirer les leçons de tous ses échecs, à prendre en compte toutes les transformations du monde, à construire des alternatives crédibles. Beaucoup dépendra de sa capacité à dépasser les divisions pour initier des rassemblements larges, susceptibles de dégager l’horizon politique. Chercheurs et analystes de la société, les trois invités de ce débat de l’Humanité interpellent et ouvrent d’utiles pistes de réflexion et de travail pour tous ceux qui veulent donner corps à l’espoir d’un monde meilleur.

J. S.

La dernière enquête Viavoice montre un fort niveau de contestation de la société telle qu’elle est. Comment expliquez-vous le paradoxe entre ces attentes et ce que certains ont pu appeler « le glissement à droite » de la société avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy ?

François Miquet-Marty. On enregistre effectivement une forte attente sociale. 71 % des Français s’estiment insatisfaits de la société actuelle et 60 % veulent des changements rapides, on peut donc parler d’une urgence sociale. Compte tenu de sa fonction et de sa médiatisation, Nicolas Sarkozy est perçu comme étant en mesure de changer les choses. Ce n’est donc qu’à moitié un paradoxe, les Français ayant tendance à se retourner en priorité vers lui. D’autant qu’en contrepoint, la gauche institutionnelle apparaît en situation difficile. Mais cela ne veut pas dire que les Français réduisent leurs espoirs politiques à Nicolas Sarkozy. On constate qu’il y a à gauche des attentes de transformations sociales qui ne sont pas résolues. Plus d’un an après l’élection de Nicolas Sarkozy, les priorités des Français ne se sont pas déplacées vers des thématiques sécuritaires mais portent sur le pouvoir d’achat, la réduction des inégalités sociales et la création d’emplois.

Stéphanie Vermeersch. Il y a une urgence sociale, mais il y a aussi une insatisfaction liée à la mise en avant de thématiques rattachées à l’utilisation du vocable de couche moyenne, qui veut tout dire et rien dire à la fois. Les partis s’y réfèrent aujourd’hui, on en a vu dune expression caricaturale à Paris durant la campagne des municipales, où chaque candidat s’en revendiquait. Mais Paris, ce n’est pas la France ! À force de cibler tout le monde, on ne cible personne, et on en vient par exemple à englober dans un même groupe ceux qui ont du mal à devenir propriétaires de leur logement dans Paris intra-muros et ceux qui ont du mal à se loger quel que soit le lieu. Cela nourrit un décalage entre les préoccupations concrètes des Français et les partis politiques. Le succès de Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle a justement tenu en partie à sa capacité d’aller sur le terrain, dans les usines, en ciblant des catégories très précises auxquelles il disait qu’il allait résoudre concrètement leurs problèmes. Le discours dominant tend à ranger ensemble tous ceux qui ne sont ni exclus, ni bénéficiaires du bouclier fiscal : on aurait là une sorte de « paquet » de Français dont les conditions de vie, les modes de consommation seraient les mêmes. Or cela n’est pas vrai et cela alimente cette insatisfaction.

Michel Simon. Cette insatisfaction sociale, qui s’accompagne de sentiments de révolte et d’anxiété extrêmement forts, comporte à la fois des potentialités et des dangers considérables si une issue progressiste ne parvient pas à se dégager. La participation record à l’élection présidentielle de 2007, notamment dans les zones d’urbanisation prioritaire (ZUP), a montré un regain d’intérêt politique. En 2007, Nicolas Sarkozy a réussi à capitaliser ce mouvement de fond. Mais cela ne veut pas dire que la droite a gagné la bataille des idées. Selon une enquête réalisée en mai 2007 par le CEVIPOF, les fondamentaux du MEDEF n’ont pas le vent en poupe. L’idée de privatisation tombe à son niveau de popularité le plus bas, l’idée de liberté des entreprises opposée au contrôle par l’État est passée de 69 % d’approbation en 1988 à 49 % aujourd’hui. 80 % refusent de considérer que les patrons auraient moins peur d’embaucher s’ils avaient le droit de licencier plus facilement et 85 % sont pour augmenter les impôts sur les entreprises qui délocalisent. Et on n’assiste à aucun raz-de-marée en faveur d’un durcissement répressif et xénophobe, le nombre de ceux qui considèrent qu’il y a trop d’immigrés en France tombant même à son niveau de 1988. En revanche, il y a une demande de reprise en main et d’autorité, par exemple dans l’idée que les chômeurs pourraient retrouver du travail s’ils le voulaient vraiment. La stratégie de la droite est de jouer sur ces divisions, de dresser les pauvres contre plus pauvres qu’eux. En 2007, le problème est que la gauche incarnée par Ségolène Royal n’a pas mené la bataille sur le terrain économique et social, quant à la gauche de la gauche, elle est restée inaudible du fait de ses divisions. Sarkozy a alors empoché la mise sur le pouvoir d’achat, l’idée de « travailler plus pour gagner plus ». Il est apparu comme offrant une issue.

À quelles conditions la gauche peut-elle espérer regagner les catégories populaires ?

Stéphanie Vermeersch. Le problème est qu’on assimile les catégories populaires à la pauvreté. Mais quand on regarde les enquêtes, on s’aperçoit que 48 % des Français ne sont pas partis en vacances cette année. Est-ce que cela veut dire que 48 % des Français sont pauvres ? Dans le même temps, une majorité de Français dit appartenir à la classe moyenne. On est donc face à un spectre très large, de revenus, de conditions de vie, qui n’entend pas l’appartenance à la classe moyenne de la même façon. Pour quelqu’un qui se situe en bas du spectre, ce sentiment est celui d’une appartenance à la société, qui correspond à une inclusion à la société de consommation. Le cadre supérieur qui se dit appartenir à cette même classe moyenne y met une autre signification, qui peut même être contradictoire avec la première, avec l’apparition d’aspirations à la « dé-consommation ». On a donc affaire à une catégorie qui n’existe pas. Pour revenir aux fondamentaux de Bourdieu, on peut dire que les catégories sont l’enjeu de luttes entre les différents groupes et qu’elles n’existent pas en tant que telles. On peut alors s’interroger pour savoir si l’une des clés pour la gauche ne serait pas de casser ce mythe, pour renouer avec les attentes de milieux populaires qui ne se réduisent pas aux pauvres. C’est une question complexe. Quand François Hollande, par exemple, a laissé entendre qu’à 4 000 euros par mois, on est riche, il fait un tollé. En même temps, le salaire médian en France est de 1 360 euros. Est-ce que, dans ces conditions, 4 000 euros pour une personne seule ce n’est pas être riche ? Une partie de ceux qui se croient classe moyenne sont aisés, voire très aisés. On a très peu conscience de la position dans laquelle on est, plus on monte dans l’échelle sociale et moins on a le sentiment qu’on est haut. La gauche a un travail pédagogique à faire qui consiste à expliquer qu’une partie de la population qui se croit dans la classe moyenne fait partie en fait des milieux populaires, dont il faut prendre en compte les problèmes et les craintes. C’est un travail de réappropriation d’une identité qui a décliné.

François Miquet-Marty. Les électeurs de gauche expriment trois attentes. La première est celle d’une crédibilité de l’offre politique. Le PS est jugé peu crédible pour 61 % des Français qui stigmatisent ses rivalités internes. Olivier Besancenot est extrêmement médiatisé mais il est considéré comme étant dans la protestation et l’incantation, et ne se situe pas dans l’efficacité de l’action politique pour améliorer les choses. L’attente d’une force politique qui puisse répondre à cette demande de crédibilité est décisive. Deuxième exigence, celle de solutions concrètes. Que proposent les leaders de la gauche pour que cela aille mieux ? Là aussi, s’exprime une demande de sortie de l’incantation. Troisièmement, les électeurs attendent que la gauche se différencie de la droite et de la politique de Nicolas Sarkozy, en réaction à un PS qui a oscillé jusqu’à prendre position sur les thèmes sécuritaires, ou sur la notion de libéralisme considérée jusqu’alors comme un marqueur entre la gauche et la droite. Cette attente s’adresse à tous les partis politiques de gauche.

Michel Simon. Le brouillage des repères de classes s’est opéré en deux sens : d’abord avec les transformations du travail, qui ont affecté l’identité des ouvriers et des employés. Mais si, « en bas », on ne sait plus très bien qui l’on est, on ne sait plus non plus qui sont ceux qui dirigent « en haut », des puissances financières anonymes ayant tendance à se substituer au patron qui avait un nom et un visage. Si l’on veut que les repères et les identifications de classes progressent à nouveau, il faut commencer par regarder « en haut » vers cette « upper class » qui bénéficie d’un bouclier fiscal l’exonérant de l’impôt, à l’exemple du RSA.

Stéphanie Vermeersch. Le concept de classe moyenne a été créé pour éviter d’évoquer l’affrontement entre bourgeoisie et couches populaires. Les partis qui l’utilisent espèrent en tirer un profit sur le plan électoral. Or cela ne se passe pas ainsi. Et le raccourci est sans doute mortifère à long terme. Il faudrait au contraire avoir le courage de parler des différences, des divergences au sein de la société pour les prendre en compte et trouver un discours rassembleur. Mais les catégories sont définies par les dominants, ceux qui ont le pouvoir économique, politique, médiatique, culturel. Les journalistes notamment, ainsi que certains chercheurs, participent à l’imposition de thématiques qui reflètent leurs intérêts et leur propre regard. On parle beaucoup des « bobos » alors que le concept de travailleur pauvre a du mal à émerger. On parle beaucoup de la garde partagée, des familles recomposées, du statut du beau-parent, de l’homoparentalité, etc. Autant de sujets qui intéressent surtout des couches urbaines, moyennes et moyennes supérieures. Et très peu des grossesses précoces plus nombreuses dans les milieux populaires. Quant à l’immobilier à Paris, c’est une caricature, régulièrement un hebdo en fait sa une, donne les prix du mètre carré. Mais on ne fait pas l’état des lieux du logement social.

Michel Simon. La statistique sociale ne nous donne pas le moyen de saisir le groupe le plus dominant, celui qui accapare le plus gros des richesses. Des travaux comme ceux de Monique Pinson-Charlot et Michel Pinson sur la grande bourgeoisie, d’Anne-Catherine Wagner sur les classes et la mondialisation, d’Olivier Godechot sur les « working rich », ces curieux salariés que sont les traders, sont donc essentiels pour comprendre notre société. Il est certain qu’entre les autres catégories sociales existent des contradictions très fortes. La représentation des distances et antagonismes sociaux diffère du tout au tout, selon qu’on intègre dans l’analyse ces réalités (et leurs corrélats en termes de puissance sociale, de revenus, de patrimoines, etc.) ou qu’on les « oublie ». Ici, nous sommes trois chercheurs, et si on regarde le travail réalisé par l’ensemble des chercheurs, y compris ceux de l’INSEE, on voit que leur fonction critique est considérable.

Stéphanie Vermeersch. Cependant, le regard critique que le monde de la recherche peut impulser est dépendant du milieu médiatique. Et cette partie de l’iceberg susceptible d’influer sur le politique n’est pas la plus représentative de la recherche critique. Par exemple l’idée des classes moyennes à la dérive a irrigué le débat politique. Selon moi, cela a été catastrophique.

François Miquet-Marty. La question des classes sociales et de leur découpage est très importante. Si on n’éprouve pas la fierté d’appartenir au milieu prolétaire, on préfère être catégorisé dans la classe moyenne. Et, comme le montre l’enquête publiée dans l’Humanité, on a peur qu’une politique de redistribution forte entraîne la perte de ce qu’on a gagné avec difficulté. On touche là quelque chose de décisif pour le Parti communiste et pour la gauche tout entière. Aujourd’hui, au-delà des notions de classe moyenne, inférieure, dominante, la moitié des Français s’estiment en régression sociale. Et ce peut être des cadres comme des personnes aux revenus très faibles. À la présidentielle de 2002, ceux qui avaient ce sentiment ont plutôt voté à l’extrême droite et à lême gauche. Les clivages deviennent donc très nets.

Avec la question des classes sociales, nous sommes entrés dans la bataille idéologique. La droite et Sarkozy se sont vantés d’avoir gagné sur ce terrain. Quels points d’appui aurait la gauche pour en reprendre le leadership ?

François Miquet-Marty. La reconquête idéologique passe par des mots d’ordre, un combat d’idées. Au fond, par des symboles et de la mémoire. Quelles sont les grandes personnalités de la gauche ? Quels sont ses symboles ? Quelles sont les valeurs autour desquelles tout cela s’organise ? À propos des catégories dominantes, quand on demande aux gens qui a du pouvoir en France, les réponses sont : les grandes entreprises, les firmes multinationales. C’est un marqueur important. La bataille idéologique se réactive avec la contestation de plus en plus forte de la mondialisation économique libérale, avec l’augmentation des injustices au niveau planétaire, avec la crise des subprimes. Les gens attendent un projet pour demain, des leaders qui portent cette bataille et qui en aient la légitimité.

Michel Simon. La bataille idéologique passe par des symboles mais aussi par des débats, des explications. Elle doit être intimement liée à l’action et aux luttes, celles des travailleurs sans papiers, celles sur la santé, sur Edvige, etc., qui dessinent des convergences très larges. Elle doit irriguer et éclairer toutes les pratiques militantes, toute l’activité de la gauche et se mener aussi en son sein. Mais la bataille décisive se jouera au niveau des propositions - je rejoins ce qui a été dit sur les attentes concrètes.

N’y a-t-il pas un problème de crédibilité du changement et des propositions faites ?

Michel Simon. Un catalogue de mesures ne peut emporter l’adhésion s’il ne s’inscrit pas dans une cohérence d’ensemble, si on ne donne pas à voir les gisements de ressources, si on ne s’adresse pas de façon très différenciée aux individus et aux groupes sociaux, tout en montrant les convergences qui peuvent faire bouger les rapports de forces. C’est donc à mesure qu’on mène la bataille qu’on peut trouver les réponses. Je reviens aux travailleurs sans papiers. Qu’est-ce qu’on ne nous disait pas sur l’incapacité définitive de ces catégories de se battre vu le rapport de forces, la précarité de leur situation, etc. Il y a donc des potentialités, mais la pente est raide.

François Miquet-Marty. Dans une grande enquête annuelle sur l’identité de la gauche, 70 % de ses sympathisants disent de façon récurrente que le monde manque de rêve et d’utopie. Néanmoins, si on propose des solutions de transformation un peu radicales, ils sont très prudents. Ce qu’ils recherchent c’est un idéal réalisable. « L’évolution révolutionnaire » de Jaurès, c’était cela. Les gens ont besoin de rêves et de solutions très concrètes pour que leur quotidien s’améliore.

Nicolas Sarkozy a réussi à rassembler sur ses thématiques puisque, au-delà de son électorat des milieux aisés, des personnes des milieux populaires ont voté pour lui. Est-ce qu’il existe pour la gauche un gisement de rassemblement ?

François Miquet-Marty. La gauche doit réussir à convaincre que des changements importants peuvent être réalisés. Or seulement 43 % des Français estiment cela possible. D’autre part, aux élections présidentielles, les premiers tours ont donné entre 40 % et 45 % à la gauche. Il y a donc un problème arithmétique. D’où la tentation, au PS, de se rapprocher du centre. La chance de la gauche c’est le fait que 20 % à 30 % des Français ne se déclarent ni à gauche ni à droite et qu’il est possible de fédérer au-delà de son camp. Mais il faut une dynamique. Dans un univers très médiatique, celle-ci peut s’enclencher autour d’une personnalité porteuse d’un projet et de l’idée selon laquelle les solutions proposées seraient bénéfiques pour le plus grand nombre. C’est ce qu’a fait François Mitterrand dans les années soixante-dix. Ce n’est donc pas inaccessible. D’autant qu’aujourd’hui il y a à gauche des travaux de chercheurs, une effervescence dans les partis, des militants souvent très motivés, des électeurs en attente. Une cristallisation de tout cela est possible. Même si Nicolas Sarkozy regagne en popularité, la situation de la gauche est peut-être moins difficile qu’on ne le dit parfois.

Stéphanie Vermeersch. Il faut identifier les cibles, ceux à qui on veut s’adresser, montrer qu’au-delà du public légitime, voire habituel, de la gauche, d’autres publics ont aussi à gagner, sur le long terme, dans ce qui pourrait être mis en oeuvre concrètement. Mais il y a aussi la part d’idéal. En 2002, quand Jospin a lancé : « Mon projet n’est pas socialiste », on a vu ce qu’il lui en a coûté. Les gens sont attachés à l’idéologie tout en étant pragmatiques. Il faut arriver à lier les deux dimensions. Quant à l’arithmétique, elle a ses limites : s’allier avec le Modem, c’est perdre d’un côté ce qui est gagné de l’autre.

Michel Simon. Des convergences de secteurs larges de la société sont possibles, comme le montrent les luttes dans la santé et dans la justice. Cependant, jamais une addition d’intérêts catégoriels n’a fait un grand mouvement historique. Il faut donc que la gauche cesse de donner l’impression de vouloir éviter la question de la redistribution des richesses et de l’inévitable affrontement avec les nantis. Indépendamment des révélations sur les mécanismes, les causes, les acteurs qui nous mènent à la situation actuelle, pour être crédible, il est nécessaire de présenter des éléments de programmes qui soient raisonnablement radicaux. La gesticulation ne sert à rien. Or, entre la gauche du PS et d’autres forces de gauche, il existe des points de convergence, par exemple sur la création d’un pôle public de crédit, qui permettent de montrer que les promesses s’accompagnent de moyens et de mesures réalisables. Deuxième remarque : on fait comme si il n’y avait que le salariat. Je ne dis pas que ce n’est pas la réserve essentielle. Mais se mettre à son compte, créer entre copains une boîte informatique avec des structures plus ou moins coopératives est une démarche liée à l’idée moderne de réalisation de soi. La gauche ne doit pas laisser en friche ce domaine même s’il n’est pas traditionnel pour elle, particulièrement pour les communistes, mais aussi pour les socialistes. Des mesures d’aides à la création d’emplois avec la possibilité pour les collectivités territoriales d’avoir des capacités de décision, d’intervention, voire de contrainte, tout cela me semble devoir être mis en avant. Je ne pense pas que ce soit hors du domaine du crédible.

Table ronde réalisée par Sébastien Crépel et Jacqueline Sellem

Publié dans article sur le PRG

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