Tapie-Bayrou : pourquoi ils se haïssent

Publié le par PRG

Paris Match le 18  aout 2008

Je n’en ai rien à foutre de Bayrou ! » Au téléphone, Bernard Tapie se fâche. Depuis la sentence arbitrale dans l’affaire du Crédit lyonnais, rendue le 11 juillet, les deux hommes sont officiellement en guerre. Déjà, lors de la dernière présidentielle, l’ancien patron de l’OM avait le député des Pyrénées-Atlantiques dans son viseur. Le match est amusant. Les deux ont gravi l’échelle sociale pour devenir ministres, sont des imprécateurs hors pair et ont mis leur famille au cœur de leur vie. Pourtant, impossible de faire plus différent que ces deux personnages : le voyou versus l’honnête homme, le bling bling versus le gentleman fermier, le juron facile versus le mot choisi... Des antagonismes que l’on pourrait décliner à l’infini. Comme le rappelle un familier de Tapie, « il représente tout ce que Bayrou déteste : l’arrivisme, l’affairisme... Et de l’autre côté, Tapie n’aime pas qu’on le chatouille ! » Jamais amis donc, ils n’ont, assure le patron du MoDem, jamais déjeuné ensemble, même si Tapie a tenté de le rencontrer. « Pendant la présidentielle, confie-t-il, quand c’était devenu crédible que je sois au second tour, il m’a appelé à diverses reprises pour m’amadouer. Mais j’ai refusé tout contact avec cet univers-là, avec ces manœuvres. » Et d’ajouter : « Il a été condamné au moins à six reprises pour corruption, fraude fiscale, abus de biens sociaux... Si on fait la somme de ses condamnations, on arrive à dix ans de prison ! » Reste un ami commun, Jean-Louis Borloo, que Bayrou ne voit plus guère et qui n’a jamais joué les intermédiaires.


C’EST UNE LARGE BRECHE QUE
L’AFFAIRE TAPIE A OUVERTE A BAYROU


Seules, ces oppositions ne peuvent expliquer la violence du combat. « Ce n’est pas une affaire personnelle, assure Marielle de Sarnez. François se bat pour l’impartialité et contre l’arbitraire. » Depuis longtemps, les déboires du Crédit lyonnais l’intéressent. « Il suivait l’affaire avant avec Charles de Courson, affirme Jean Peyrelevade, l’ancien patron du Lyonnais devenu vice-président du MoDem. Quand la sentence arbitrale a été prise, il est parti seul en première ligne de manière extrêmement violente. Depuis, il a la volonté absolue d’aller jusqu’au bout sur le plan politique. » En toile de fond de ce match Bayrou-Tapie, c’est cette vieille haine opposant depuis treize ans Tapie à Peyrelevade, qui se rejoue. Et ce dernier fournit les éléments à Bayrou : « Quand je dis “Tapie ment”, il me répond “Montrez-moi les preuves” et me met au défi de les rassembler. » Un proche de l’ancien ministre de la Ville se souvient : « Pour moi c’est d’abord lié à Peyrelevade. Il l’a ruiné, assassiné, humilié publiquement. Tapie le hait. En 1994, il m’avait dit : “Je le réduirai en bouillie.” »


A cette guerre s’ajoute un enjeu territorial pour le centre. « Tapie répète que, pour lui, la politique, c’est terminé, affirme Bernard Castagnède, son copain du Parti radical de gauche. Mais Bayrou peut imaginer qu’il puisse revenir. Et comme il cherche à capter le centre gauche, il a besoin de s’assurer que Tapie reste en dehors. » Et si l’un est passé de la gauche à la droite, l’autre penche de plus en plus vers la gauche. C’est d’ailleurs la raison du boulevard que cette affaire a ouvert pour Bayrou : « La gauche est très gênée car Tapie est sa créature, analyse Charles de Courson. Et une partie de l’UMP craint que cette affaire ne se transforme en une affaire de droite. Bayrou s’est engouffré là-dedans en se disant que la gauche était neutralisée et la droite hésitante. » Et de l’autre côté, Tapie aussi y trouve son compte, s’amuse un bon connaisseur de l’homme : « Bayrou est un punching-ball fantastique. Taper sur lui le met bien avec la droite et avec la gauche, et ça l’amuse de dire qu’il n’est rien ! »


Le match est donc loin d’être terminé, même si, de l’avis de tous, les voies de recours pour casser la sentence arbitrale sont infimes. « On analyse pour voir dans les affirmations de Tapie, dont plusieurs étaient ouvertement fausses, s’il y a des éléments de droit qui n’ont pas été respectés, affirme Bayrou. Tous les jours apparaissent de nouvelles révélations qui pourraient peut-être nous permettre un recours en annulation de la sentence. » Avec l’espoir d’obtenir une commission d’enquête parlementaire, plus contraignante, qui ­implique une déposition sous serment. Et surtout, que l’opinion publique réagisse en se saisissant de l’affaire. Pas de quoi inquiéter Tapie, assure Maurice Lantourne, son avocat : « Bayrou tente de surfer sur une vague qu’il essaye de créer. C’est de la démagogie. La décision rendue par la sentence arbitrale est définitive. »

Publié dans article sur le PRG

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