Jean-Louis Borloo cache bien son jeu

Publié le par PRG

Paris Match le 18 Septembre 2008

Politique.
Après sa "révolution verte", le ministre du Développement durable va-t-il revenir sur l’échiquier de la "politique politicienne"? Pour l'instant, il se dévoile le moins possible.

Quand Jean-Louis Borloo se charge d’un dossier, c’est forcément une révolution. Maire de Valenciennes, la ville connaît une ­explosion du taux de croissance qui « dépasse même celui de la Chine ». ­Ministre de la Ville, il crée un programme de plus de 40 milliards d’euros pour la rénovation urbaine dans les quartiers. Ministre de l’Emploi, il ­annonce une baisse du chômage, inédite depuis vingt ans, qui aura lieu. Borloo, c’est le contraire d’Attila, partout où il passe, l’herbe repousse. Logique donc qu’il soit l’artisan de la « révolution verte ». Bientôt il présentera le projet phare – annoncé comme une « mutation économique, industrielle, écologique » – de ce ministère « unique au monde » qui regroupe à la fois l’Energie, les Transports, l’Environnement et l’Aménagement du territoire.


Cerise sur le gâteau : comme le montre notre sondage, cet homme de droite parmi les plus populaires de France sait le rester. Tout comme il a su passer de l’ère Chirac à la présidence Sarkozy. Nommé en 2002, il est le seul – avec MAM – à être encore ministre aujourd’hui. Avec Nicolas Sarkozy, les rapports n’ont pour autant pas toujours été simples. « Ils se regardent de loin, Sarkozy ne lui fait pas confiance », confie un ancien ministre.


Après sa « révolution verte », quelle carte Borloo va-t-il jouer ? Bien qu’il prétende que cela ne l’intéresse pas, il pourrait revenir sur l’échiquier de la « politique politicienne », céder à la tentation du centre. Alors que le centre droit se cher­che une identité, un chef, n’est-il pas celui qui aujourd’hui l’incarne le mieux ? En ­témoigne le succès des universités d’été du Parti radical valoisien à Montélimar. Parmi les participants, l’UMP Yves Jégo estime que « le parti radical et Jean-Louis Borloo sont un pivot de la branche ­sociale-démocrate ». « Or la gauche de la droite, c’est là où devraient se jouer les élections de 2012 », analyse le secrétaire d’Etat à l’Outre-mer. Comme par ­hasard, c’est là que les projets de formations patinent le plus. Alors que François Bayrou tente de se rapprocher du PS, les Progressistes d’Eric Besson auraient abandonné toute ambition ­politique. Quant à Hervé Morin, il peine à donner au Nouveau Centre l’image d’un vrai parti avec des militants.


Quid du Parti radical ? Son ambitieux secrétaire général, le député de Meurthe-et-Moselle Laurent Hénart, admet qu’il existe « un vrai espace politique au centre, large et balkanisé ». « Aujourd’hui il faut clarifier les choses, nous verrons ensuite, à l’approche des échéances, comment la majorité présidentielle voudra s’organiser », avance-t-il, prudent. Le programme du Parti radical sera refaçonné par des conventions thématiques – comme celles qu’or­ganisait Emmanuelle Mignon pour l’UMP –, puis rédigé sous forme d’un « manifeste radical » en 2010. Une prochaine réunion des cadres aura lieu en janvier à... Valenciennes.


Jean-Louis Borloo refuse tout commentaire qui dépasse le cadre de ses fonctions ministérielles... «Il a un boulevard devant lui, confie un dirigeant de l’UMP, mais il ne veut pas le prendre, sinon il aurait accepté de discuter avec les radicaux de gauche quand ils ont voté la réforme consti­tutionnelle. » « Borloo a des troupes, un leadership, quelques parlementaires, il rassemble au centre, cela aurait pu mordre, mais il n’a pas eu envie de mettre le turbo. » Lors du campus UMP le 7 septembre dernier à Royan, le numéro 2 du gouvernement a assuré le service minimum. Evitant la place qui lui était réservée au milieu de la rangée, il s’est assis dans un coin, loin des caméras. Dans son entourage, on confie que son « timing » en politique n’est pas encore venu. Sous-entendu : 2012, c’est encore loin. Le ministre « durable » veut ­prendre son temps.

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