Lois mémorielles: les historiens et Taubira à l'Assemblée

Publié le par PRG

Une partie d'entre eux juge légitime que le législateur se préoccupe des manuels scolaires.

Rarement un travail parlementaire si important aura suscité une telle indifférence des médias. La mission d'information de l'Assemblée sur les questions mémorielles - créée en mars après la polémique née de la proposition de Nicolas Sarkozy de confier à chaque élève de CM2 la mémoire d'un enfant juif mort en déportation - se réunit mardi. Et les questions sur la table restent explosives : le Parlement doit-il légiférer sur l'histoire ? Comment éviter le risque d'une «guerre des mémoires» et d'une concurrence des descendants de victimes ?

Plusieurs historiens ou intellectuels auditionnés ont estimé contre toute attente qu'il était légitime pour le législateur de se préoccuper du contenu des manuels scolaires. Évoquant la polémique née en 2006 d'un amendement - finalement abrogé - qui invitait à faire figurer dans les manuels scolaires le «rôle positif» de «la présence française outre-mer», Pierre Nora a admis que, pour certains historiens, «par nature, les lois faites par la gauche sont bonnes et celles votées par la droite sont mauvaises». Jean Favier a reconnu que «les orientations politiques» des universitaires n'é­taient pas toujours sans incidence.

 

Polémique sur l'esclavage

 

Pour Jean-Denis Bredin, «il faudrait que l'on communique les programmes au Parlement afin que celui-ci puisse, à tout le moins, signaler ce qui ne lui semblerait pas raisonnable». Paul Thibaud a conclu que «c'est aux hommes politiques de poser des questions aux historiens» et que «les programmes scolaires ne sont pas uniquement affaire de spécialistes».

Les échanges ont parfois été vifs. À un historien qui a rappelé qu'un spécialiste de l'esclavage, Olivier Petré-Grenouilleau, a été poursuivi pour «apologie de crime contre l'humanité» pour avoir déclaré que l'esclavage n'était pas un génocide, Christiane Taubira, député PRG de Guyane et auteur de la loi en question, a répondu «le succès (du livre d'Olivier Petré-Grenouilleau, NDLR) a été une conséquence de la polémique et il faut aussi que cela soit dit».

Ministre de l'Outre-mer au moment de cette controverse, Hervé Mariton (UMP, Drôme) a révélé qu'il avait souhaité recevoir Olivier Petré-Grenouilleau dans le cadre de la préparation de la cérémonie de commémoration de l'abolition de l'esclavage du 10 mai 2007, et que ses services lui avaient alors demandé d'y renoncer. Pris à parti par George Pau-Langevin, député PS de Paris et représentante de la diversité, Alain Finkielkraut a notamment répondu que l'enseignement «doit se défaire de cette tentation thérapeutique visant à faire retrouver à tel ou tel son estime de soi».

Le président de l'Assemblée, Bernard Accoyer, qui préside les travaux de la mission, devrait rendre un rapport d'étape dans le courant d'octobre.

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