Eclairage - Royal, Delanoë ou Aubry n'impulseront pas le même style au parti. Petit exercice de semi-fiction politique.

Publié le par PRG

SEGOLENE, l'avant-gardiste
 
Le grand changement, on vous avait dit !  Promesse tenue avec dès les premières semaines, un coup de tonnerre : la vente par Ségolène Royal du siège du PS. Au trop bourgeois 7ème arrondissement est préféré le quartier de la Villette, dans le 19e arrondissement de Paris. Dans un vaste espace vitré de 2000 mètres carrés sont installés bureaux paysagers, écrans plats pour suivre les buzz sur le net et, en sous-sol, des baby foot pour se détendre. La nouvelle équipe dirigeante est jeune, métissée, et, par moment, inexpérimentée. Mais Jean-Louis Bianco, Vincent Peillon et Julien Dray jouent les coach et tentent de rattraper les couacs de communication.
 
Manuel Valls a fini par convaincre la nouvelle chef du PS : le parti va changer de nom. Dans un premier acte de web-démocratie participative, les militants sont appelés à imaginer puis choisir une nouvelle appellation. Ce sera "Le Mouvement de la Gauche Démocrate" (MDG), histoire de couper l'herbe sous le pied au MoDem de François Bayrou. L'adhésion passe à 5 euros.  Objectif, tripler le nombre de militants en deux ans. Une vidéo du mythique meeting de Charletty est envoyée avec la carte d'adhésion.
 
"C'était un jeu de rôles ridicules"
 
L'historique bureau national (BN) du mardi soir est supprimé, "c'était un jeu de rôles ridicules", confie un proche de la nouvelle patronne du mouvement. Les "éléphants" voient leur place dans les instances dirigeantes se réduire comme une peau de chagrin, à tel point que certains lancent leur fondation pour exister, dans l'attente de jours meilleurs.
 
Toujours aussi décrié par une grande partie de l'establishment politico-médiatique, le show du Zénith devient un rendez-vous annuel, avec déclinaison chaque mois dans les grandes villes de France. Ségolène Royal balaie d'un revers de main les critiques sur "l'icône charismatique", persuadée que l'émotionnel collectif importe désormais autant en politique que les programmes rationnels. Sa prestation est devenue plus adroite, la tunique Antik Batik sur un jean reste de mise et fait florès chez les jeunes supportices du MDG.
 
Des "soirées fraternelles ?"
 
Côté discours militant, la présidente de Poitou-Charentes élimine "tout ce qui n'est pas compris des Français"; contributions, motions, conseil national, et autres fêtes de la rose sont désormais bannis du vocabulaire du mouvement. Certains militants proposent de rebaptiser "les réunions de sections" en "soirées fraternelles", au grand dam de certains franc-maçons du parti.
 
Pour bâtir son futur programme présidentiel, Ségolène Royal utilise massivement les notes de ses amis sociologues ainsi que les remontées du terrain. Si elle continue de réconcilier les socialistes avec l'économie sociale de marché et avec "l'ordre juste" en matière de délinquance, elle n"hésite plus à dénoncer "la mâchoire du capitalisme libéral américain", tant elle croit l'opinion en attente de sécurité économique avec la crise. A force de réunions tardives avec son groupe d'économistes dans son bureau de La Villette, elle parvient à gagner le respect de ses pairs. Quant aux sondeurs, ils ne lui attribuent plus désormais de déficit de "présidentialité". Ségolène Royal est fin prête à prendre sa revanche sur Nicolas Sarkozy, et l'UMP a remballé ses railleries.
 
BERTRAND, le directeur

 
Un leader-manager, on vous avait dit !  Dès son élection par les militants, Bertrand Delanoë transforme les couloirs du parti en une ruche laborieuse pour préparer son affrontement dans quatre ans avec Nicolas Sarkozy. Oubliées les équipe pléthoriques aux titres pompeux, il instaure un secrétariat national resserré avec des fidèles de toutes générations. "Bertrand ne fait pas une fixette sur l'âge, il aime allier l'expérience et le renouvellement", explique un de ses adjoints.

Sur le modèle de ce qu'il a fait à Paris, le nouveau premier secrétaire du PS fixe un plan de travail détaillé à chacun des membres de l'équipe, les méthodes sont inspirées du  privé. Les notes d'une page (pas plus !) sont lues et annotées. Chacun devra rendre des comptes sur les objectifs qui lui ont été fixés lors d'un entretien annuel. Rue de Solférino, on tremble. Certains permanents vont de temps à autres se détendre en écoutant les blagues de François Hollande, l'encombrant allié de Bertrand Delanoë ayant gardé un grand bureau au siège du parti...
 
Les journalistes qui suivent le PS plaisantent avec leurs collègues qui ont couvert l'ascension de Nicolas Sarkozy :  ils sont conviés à des conventions thématiques et décentralisées dès janvier 2009 sur le modèle de celles de l'UMP. Europe, service public, croissance durable sont les premiers thèmes auxquels sont amenés à réfléchir des économistes, des chefs d'entreprise, des syndicalistes réformistes et des sociaux-démocrates européens.
 
Plus de programmes version Hollande
 
Le nouveau PS se veut un parti ouvert sur la modernité économique et sur les corps intermédiaires.  Après chaque convention thématique, Bertrand Delanoë demande illico une synthèse à ses infatigables collaborateurs et fait trancher les options par les militants. Les programmes-catalogues version Hollande sont rangés au placard.
 
Chaque mardi soir, au BN maintenu par le nouveau patron du PS, les débats sont organisés dans une ambiance studieuse. On ne se coupe plus la parole, on ne lit plus son courrier ou ses sms. Régulièrement, Bertrand Delanoë rappelle aux uns et aux autres la nécessité de respecter les décisions collectives, au nom des militants. Les ripostes à la droite sont minutieusement préparées et réparties en fonction des attributions de chacun. Car Bertrand Delanoë a dès le premier jour cette obsession : s'imposer comme l'interlocuteur naturel et efficace du chef de l'Etat dans le champ médiatique, et donc aux yeux de l'opinion. L'opposition a désormais un visage. Plus d'amabilités envers un président qu'il connaît bien. Toujours courtoisement, il veut montrer que "le côté populo de Sarkozy, c'est que du bluff", et que l'homme du peuple, c'est lui.
 
On l'attendait premier secrétaire bobo, il réserve ça aux Parisiens. Dans ses déplacements en régions, le style de Bertrand Delanoë est simple, terne mais direct . "Tiens, revl'a Jospin",  moquent ses détracteurs mais progressivement, ça paye. La crédibilité de l'opposition se redresse dans les sondages et les leaders de droite évoquent en privé un adversaire de taille pour le président en 2012. 
 

MARTINE, la chef de bande
 
Col-le-ctif on vous avait dit !  Martine Aubry à la tête du PS, c'est le retour du "travail collectif", une formule magique répétée sans cesse et toujours, comme pour conjurer des années de haines entre camarades. "La nouvelle première secrétaire rêvait de terminer les réunions de travail par un bon gueuleton tous ensemble, c'est désormais une réalité", confie un membre de sa garde rapprochée. C'est son côté boy scout". 

Mais où est donc passée la parfois cassante ministre du Travail qui défendait autrefois sèchement sa loi sur les 35 heures ?  "Sa large victoire à Lille en mars dernier a levé une chape de plomb. Avec sa victoire au congrès de Reims, elle est totalement transformée", décrypte une des ses amies. A coup sûr, Martine Aubry est une patronne du PS radieuse, après des années difficiles à Lille. Elle distille sa convivialité dans les couloirs de Solférino et blague avec la presse, lors de ses tournées dans "les fédés". L'université d'été de la Rochelle, symbole de toutes les querelles, est supprimée. Le parti reçoit des centaines de lettres de félicitations.
 
Qui dit collectif dit "direction collégiale" : la nouvelle première secrétaire s'est entourée d'un petit groupe de personnes chargé de proposer aux militants l'orientation programmatique et stratégique. "Dans son rapport aux autres, Martine est dans la représentation là où Bertrand aurait été dans l'incarnation", explique le strauss-kahnien Jean-Christophe Cambadélis, éminent spécialiste de la ménagerie socialiste. 
 
4 millions de tracts : "les socialos sont de retour !"
 
Aubry à la place de Hollande sonne aussi la revanche des années Jospin avec un bilan "dont on peut être fier", répète à qui veut l'entendre la maire de Lille. "Martine pense que depuis six ans, la direction du PS n'avait pas assez défendu nos avancées sur le temps de travail, la CMU ou encore le Pacs, explique un conseiller. D'où un boulevard idéologique laissé à la droite".

Dans ses premiers discours aux militants, elle rappelle que si la crise financière a totalement changé le monde, la manière dont se concevait la réforme de 1997 à 2002 peut encore servir de logiciel. La fierté d'être socialiste se fait de nouveau sentir dans les sections où les querelles entre ex-stauss-kahniens, ex-fabiusiens, ex-royalistes, ex-hollandais, ou ex-mitterandistes sont un lointain souvenir. Le PS fait éditer 4 millions de tracts à distribuer dans les manifs contre les plans sociaux, avec en gros caractères rouges : "Les socialos sont de retour !".

Contre les modes et le buzz éphémère
 
Au programme des premiers mois de l'ère Aubry, des conventions thématiques décentralisées pour donner un nouveau corps de doctrine au PS. "La méthode Aubry, ce n'est pas découper les Français en clientèles, c'est partir d'une idée de la République et décliner ensuite un projet de justice sociale", explique un sénateur "fan de Martine". La Politique façon 20e siècle contre le marketing électoral façon 21e. La nouvelle première secrétaire persiste et signe, contre les modes et le buzz éphémère.
 
Dans le boulot, la fille de Jacques Delors partage avec le maire de Paris le même souci du détail, la même ténacité et (parfois) le même sale caractère... "Martine, c'est plutôt le coup de patte, Bertrand, plutôt le coup de sang", sourit un ami commun. Quoi qu'il en soit, le parti est remis au travail, par pôles thématiques.
 
Côté meetings, pas question de planquer la rose sur les affiches : elle est partout remise à l'honneur. Et pas question non plus de miser sur le renfort des "people" pour attirer les caméras. Martine Aubry a l'intuition que "quand on porte haut ses valeurs, les gens comprennent".  Dépassée Martine ? Son fidèle ami Alain Minc la défend dans les médias et affirme que "la gauche a enfin la meilleure leader d'Europe". "Tu verras, en 2012,  ce sera une dure à cuire", plaisante-t-il avec son autre ami, Nicolas Sarkozy.  Le chef de l'Etat acquiesce.

Publié dans PRGcom

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