Gauche - Et maintenant ? Dans les coulisses des tractations...

Publié le par PRG

Mission impossible pour Royal ?
 
A la veille d'un long week-end, les socialistes faisaient sonner les téléphones portables, à la recherche d'une majorité stable pour le congrès de Reims. "Ca s'annonce très très compliqué pour Royal, analyse un dirigeant du parti. Les ambitions de Vincent Peillon compliquent les alliances avec la nouvelle génération type Hamon. François Rebsmanen paraît hors-jeu et n'est pas content. Quant à Gérard Collomb, il fait déjà des œillades à Aubry."  La présidente de la région Poitou-Charentes devrait réunir, selon nos informations, son conseil politique à déjeuner lundi pour faire le point sur sa stratégie et maintenir l'unité de sa motion.
 
Chez Martine Aubry, "on va observer tranquillement Ségolène tenter de construire une majorité jusqu'en milieu de semaine prochaine mais si elle échoue, cas le plus probable, ce sera à nous de prendre la main car notre motion est aujourd'hui le seul pôle de stabilité du parti", affirme un des soutiens de la maire de Lille. Cette dernière ne veut pas prendre, aux yeux des militants, la tête d'un "Tout sauf Royal", mais rassembler in fine tous ceux qui refusent une victoire de l'ex-candidate. "Et ça fait du monde, chez Hamon, chez une partie des partisans du maire de Paris et chez les rocardiens", affirme cette même source qui voit dans le bon score de Royal "un cadeau empoisonné" pour elle.  
 
Hollande a bien du mal à reconnaître la victoire de Royal

 
Premier à réagir vendredi matin sur RTL, François Hollande. Encore patron du PS pour une dizaine de jours, il a affirmé que l'arrivée de Ségolène Royal en tête du vote des militants "n'est pas le scénario le plus simple pour le parti". C'est surtout pas le scénario qu'il avait envisagé; il confiait à ses proches il y a encore quelques jours qu'il ne "voyait pas l'ex-candidate filer en tête". Du coup, le premier secrétaire sortant, qui soutenait Bertrand Delanoë, a avoué à demi-mot sa déception mais préparé la suite : "ce n'est pas une victoire qui lui permet d'être majoritaire dans le Parti socialiste et c'est bien là le problème", a-t-il dit. "François va encore imaginer mille manoeuvres pour bloquer Ségolène et son équipe", confie un royaliste. Mercredi déjà, la présidente de la région Poitou-Charentes confiait en petit comité : "rien ne les retiendra" avant d'ajouter, la mâchoire serrée, "mais je n'ai pas peur". 
 
Une ex-candidate rassembleuse... et prudente
 
Au micro de France Inter vendredi matin, Ségolène Royal a commencé par parler des "Français qui souffrent" avant de commenter les résultats du vote des militants. La stratégie médiatique cache une stratégie politique. La patronne de la région Poitou-Charentes n'a qu'une obsession : gagner la primaire interne en 2011 pour s'imposer en 2012 dans l'opinion. A-t-elle intérêt dans cette perspective à prendre dès maintenant le parti ? "Il y a trop de coups à prendre, analyse un de ses partisans. Les européennes et les régionales vont êtres difficiles pour la gauche et la conduite du parti lui donnerait une image trop techno et partisane."  Ségolène Royal va donc plutôt chercher dans les jours qui viennent à être le pivot d'une majorité qui lui permettrait de continuer sa progression dans l'opinion, en toute liberté. 
 
 "Le vieux parti est mort"
 
Un soutien de Martine Aubry se satisfait du score réalisée par la maire de Lille. "C'est la fourchette basse de ce qu'on avait prévu car on s'est fait piquer 2000 voix dans le Pas-de-Calais. Sans cela, on dépassait largement Delanoë", explique-t-il. "Une chose est sûre, c'est la mort du vieux parti et de la direction sortante. Ségolène n'a pas prix une voix à Martine ou Hamon mais à l'alliance Delanoë-Hollande. Dans toutes les petites fédérations notamment rurales, les militants ont voté pour celle qui promettait le changement et qui tapait le plus fort sur Sarko. L'establishment parisien en prend une nouvelle fois pour son grade".
 
"Mais que va faire Bertrand ?"

 
Silencieux depuis l'annonce des résultats, Bertrand Delanoë encaisse la défaite. Il va réfléchir avec ses proches dès cet après-midi au meilleur moyen d'aborder le congrès. "C'était sa motion, c'était sa campagne dans laquelle il s'engageait personnellement, c'est donc un désaveu personnel pour lui", fait remarquer un militant parisien proche de Manuel Valls. Peut-il se présenter encore au poste de premier secrétaire ? "Il ne peut plus prendre le risque, répond un député strauss-kahnien. Il va essayer de faire alliance avec Martine mais il a commis l'erreur de faire campagne contre elle et non pas contre Ségolène, contrairement à ce que lui conseillait Jospin. Du coup, Lionel n'a même pas été voté, impensable !'. 
 
Valls favorable à une solution Peillon
 
Manuel Valls peut être satisfait de son engagement aux côtés de Ségolène Royal. "La rénovation vient de gagner une première manche. Espérons que le vieux parti est mort et enterré", affirme l'un de ses partisans. "La force de notre motion, c'est le collectif et les nouveaux visages et Ségolène a bien compris son intérêt à mettre en avant une nouvelle génération", poursuit-il. "Pour nous, la bonne solution c'est Vincent Peillon à la tête d'une direction très collégiale et renouvelée".  Elle aurait l'avantage de satisfaire également Jean-Noël Guérini et le maire de Lyon Gérard Collomb qui ont tout fait pour que la présidente de la région Poitou-Charentes mette sa candidature "au Frigidaire", définitivement... La solution Peillon pourrait toutefois se heurter aux intérêts de François Hollande ou d'autres car il a "une marge de progression médiatique et politique". François Rebsamen, en bon soldat,  pourrait alors être une solution plus consensuelle.... 

Bayrou, ciment d'un front anti-Royal ?
 
Dans sa réaction sous forme de communiqué la nuit dernière, Bertrand Delanoë a peut-être donné l'un des clés des alliances à venir : il n'est pas question pour sa motion de rejoindre un bloc qui s'accommoderait d'une alliance avec un parti qui "ne s"assumerait pas clairement de gauche", sous-entendu le MoDem de Bayrou. En milieu de journée, Benoît Hamon a fait de même sur i-Télé :  "nous ne voulons pas de contrat de gouvernement avec le MoDem".  Depuis le début de la campagne pour le congrès, Martine Aubry et ses alliés fabiusiens et strauss-kahniens sont sur la même ligne. Or Ségolène Royal a répété vendredi matin qu'il fallait parler avec tout le monde. Ce refus d'une alliance future avec François Bayrou peut-il rassembler Delanoë, Aubry et Hamon ?  Possible mais reléguer les 29% de Royal dans la minorité semble impensable, aux yeux des militants et de l'opinion.  
 

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