François Bayrou, pomme de discorde du PS

Publié le par PRG

Le Point le 10 novembre
"Il se trouve qu'on peut être en tête et avoir des positions qui empêchent de rassembler une majorité", a lancé dimanche sur Europe 1 le bras droit de Bertrand Delanoë, Harlem Désir, alors que les militants socialistes ont placé jeudi la motion de Ségolène Royal en tête en vue du congrès de Reims . Dans le viseur de Désir, entre autres, la stratégie d'alliance au centre de l'ancienne candidate à la présidentielle. Une stratégie tellement rédhibitoire pour Henri Emmanuelli que l'acolyte de Benoît Hamon, représentant de la gauche du PS, en appelle lundi dans Le Parisien à ce que "les amis de Martine Aubry, de Bertrand Delanoë et les siens s'entendent", pour barrer la route de Royal. "Ces trois motions sont d'accord sur l'essentiel : l'opposition à un contrat de gouvernement avec le centre".

En effet, la motion (texte programmatique) "Clarté, courage, créativité", emmenée par Bertrand Delanoë, affirme : Les alliances "doivent être à gauche", "pour les solidifier à tous les niveaux, du local au national, nous devons proposer à nos partenaires Verts, communistes, radicaux de gauche, républicains, des formes permanentes (...) d'actions communes (...) quant au centre, constatons lucidement qu'il n'est pas à gauche (...) le MoDem et son leader ont les yeux rivés sur 2012, misant sur l'échec de Nicolas Sarkozy et sur le nôtre". La motion "Un monde d'avance, reconstruire l'espoir à gauche" de Benoît Hamon va plus loin, considérant comme un "préalable", le "refus d'alliance au centre". "Le grand rassemblement de la gauche est le seul moyen d'éviter la multiplication des clivages artificiels, de reconstruire une gauche de débat et de lutte, pour jeter les bases d'un puissant parti du progrès." Quant à la motion de Martine Aubry "Changer à gauche pour changer la France" elle stipule : "Avec nous, c'est clair : il n'y aura pas de renversement d'alliance au profit du centre (...) le rassemblement de la gauche est prioritaire." Néanmoins, la Dame des 35 heures a fait alliance avec le MoDem à Lille aux municipales de mars dernier et son texte précise qu'il n'est "pas exclu" que le "PS agisse avec d'autres démocrates".

Vers un front anti-Royal ?

Et que dit donc la motion de Ségolène Royal ? "Nous gardons bien sûr la stratégie d'alliance né à Épinay. Elle consiste d'abord à rassembler toute la gauche." Un "rassemblement ouvert à tous ceux qui veulent offrir à la France des perspectives nouvelles. À partir de là, il est possible et nécessaire de réunir (...) l'ensemble des démocrates qui partagent des valeurs communes avec nous". François Bayrou n'est pas loin. Ségolène Royal a d'ailleurs raconté dans son livre Ma plus belle histoire, c'est vous , publié à la rentrée 2007, avoir proposé au troisième homme d'être son Premier ministre en cas de victoire à la présidentielle. Il ne paraît dès lors pas incroyable qu'elle envisage d'ouvrir les discussions avec la formation du Béarnais. C'est ainsi qu'en septembre dernier son bras droit Vincent Peillon, dont le nom circule pour succéder à François Hollande, a assuré dans Libération : "Il faudra bien entrer dans un débat sincère [avec le MoDem, ndlr] qui pourrait à terme déboucher sur un contrat de gouvernement."

Ces velléités d'aller voir au centre se solderont-elles par la constitution d'un front anti-Royal ? Hamon, Delanoë et Aubry se serviront-ils de ce point de clivage pour justifier le refus d'une alliance avec la présidente de Poitou-Charentes ? Vincent Peillon a d'ores et déjà quelque peu infléchi son discours - sans le renier - en cette période d'âpres négociations. "Des alliances au centre ? Pas nécessairement", a-t-il lancé dimanche sur le plateau de l'émission Riposte, sur France 5 . Et de se lancer dans une tirade sans concession sur le patron du MoDem : "C'est quoi, le centre? Il est où, Monsieur Bayrou ? Il explique qu'il est un grand opposant à Nicolas Sarkozy mais il siège au Parlement européen, où je suis, avec les libéraux. La question qui se pose, elle n'est pas posée aux socialistes, elle est posée à monsieur Bayrou. Quand vous dites que vous être un opposant à Nicolas Sarkozy mais que vous ne soutenez pas Ségolène Royal au second tour de la présidentielle, vous faites élire Monsieur Sarkozy. Vous ne pouvez pas être à la fois le pyromane et le pompier !" Il en trouvera peu, au PS, pour le contredire sur ce point.

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