L'ombre du remaniement, Roger-Gérard Schwartzenberg PRG interesse Sarkozy

Publié le par PRG

Le Figaro le 21 novembre 2008

Une nouvelle donne début 2009 ? Les ministres sont inquiets. Ils savent que « personne n'est protégé ». Et que certains élus socialistes sont prêts à franchir le Rubicon.

I l est excellent ! C'est dommage qu'il soit parti chez Sarkozy ! » Ségolène Royal peut avoir des regrets. En regardant Eric Besson commenter le congrès de Reims à la télévision, elle n'a pu s'empêcher d'avoir cette réflexion, révélatrice du désarroi des socialistes. Un désarroi ressenti jusque dans les allées du pouvoir où des contacts ont été pris par « une demi-douzaine d'élus socialistes », qui font part de leurs états d'âme et font passer des messages comme quoi ils pourraient travailler avec Nicolas Sarkozy s'il décidait de remanier son gouvernement. Eric Besson se sentira moins seul, comme André Vallini, dont le nom revient sans cesse, malgré les démentis du député de l'Isère.

Cette question du remaniement taraude toute la classe politique en ce moment, anticipant le début de l'année prochaine qui ouvrira une nouvelle séquence. Les ministres consultent les conseillers de l'Elysée, les membres de cabinet s'inquiètent pour leur avenir, mais Nicolas Sarkozy ne parle de ses intentions à personne. « C'est le trou noir du mois de janvier », comme le surnomme un conseiller ministériel, résumant l'expectative des politiques devant le calendrier : fin de la présidence française de l'Union européenne, renouvellement du conseil national de l'UMP, disposition permettant aux ministres de redevenir automatiquement parlementaires votée, le faisceau d'indices est suffisamment fort pour autoriser toutes les conjectures sur un éventuel remaniement.

D'autant qu'il y a aussi les contraintes liées aux prochaines européennes. Michel Barnier a fait savoir qu'il souhaitait quitter le gouvernement pour mener campagne. Les noms des centristes Maurice Leroy ou François Sauvadet sont cités pour le remplacer au ministère de l'Agriculture. Nicolas Sarkozy souhaite que Rama Yade conduise la liste en Ile-de-France mais elle résiste. La promesse du porte-parolat de l'UMP n'a toujours pas fait fléchir la secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme. Son comportement semble agacer un tantinet le chef de l'Etat dont l'attitude vis-à-vis de ses ministres a changé. « Il veut qu'on lui obéisse », explique un conseiller ministériel.

« Les ministres doivent faire très attention. C'est la période de tous les dangers pour eux », confirme un conseiller de l'Elysée. Car le remaniement s'apparente au jeu des chaises musicales. En ce moment tout le monde danse mais lorsque Sarkozy arrêtera la musique, il manquera forcément des chaises ! Et visiblement personne n'est à l'abri, pas même les membres du G7, ces ministres que le Président réunit pour parler politique, comme jeudi dernier. « Quand il a compris que personne n'était protégé, l'un d'eux est devenu livide », s'amuse un proche de Sarkozy.

Car le Président ne juge plus ses ministres de la même façon depuis qu'il s'occupe en première ligne de la crise financière internationale. Un passage dans les médias ne suffit plus à s'attirer les félicitations. Et les petits jeux politiciens ne l'amusent pas en ce moment. « Il y a un tas de choses puériles qui l'intéressent moins », confirme l'Elysée. A deux reprises, il s'est agacé en Conseil des ministres ces dernières semaines. Une fois contre Rachida Dati et sa présentation du projet de loi sur la récidive. La semaine suivante contre l'absentéisme au Conseil des ministres. « La présence n'est pas facultative », a-t-il assené à son gouvernement.

En homme qui n'aime pas qu'on lui dicte son agenda, Nicolas Sarkozy maintient le suspense sur ce qu'il fera l'année prochaine. Il sait que la crise ne lui donnera pas une marge de manœuvre très grande. L'un des enseignements du G20 de Washington a été que tous les dirigeants semblaient excessivement pessimistes sur l'avenir et l'ampleur de la crise économique. Dans ce cadre, difficile de déstabiliser un gouvernement avec un remaniement de grande ampleur. S'il n'est plus question d'un changement de titulaire à Matignon, Sarkozy pourrait dans un premier temps changer les attributions des uns et des autres (il a évoqué le ministère de la Défense pour Rachida Dati, par exemple), puis de modifier en profondeur au lendemain des européennes. D'autant que le chef de l'Etat a toujours en tête le même triptyque : diversité, rajeunissement et ouverture. Une ouverture qui ne passe pas seulement par les socialistes. L'attitude des radicaux de gauche en juillet dernier, permettant, par leur vote, de faire passer la révision constitutionnelle, devrait leur valoir de faire entrer l'un des leurs au gouvernement. Récemment, Nicolas Sarkozy a évoqué le nom de Roger-Gérard Schwartzenberg. Mais l'échafaudage reste fragile. « Attention ! ça risque de faire grincer l'UMP », prévient un élu.

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