Dominique Besnehard, mousquetaire de la reine

Publié le par PRG

Paris Match le 28 décembre 2008

Son adolescence

«Mes parents, qui tenaient une crèmerie à Bois-Colombes, ont déménagé pour Houlgate quand j’avais 8 ans. La télévision, les livres, le cinéma du casino ont fait mon éducation. J’ai découvert le théâtre en lisant ³L’avant-scène², puis en jouant dans une troupe amateur. Pour mes 10 ans, ma marraine m’a emmené voir Sylvie Vartan à l’Olympia. Son tour de chant fini, elle m’a demandé si je voulais rester pour le groupe suivant. C’étaient les Beatles, totalement inconnus en France, et j’ai dit non ! Je suis arrivé à Paris à 19 ans, en septembre 1973. C’est à ce moment-là qu’a commencé ma vie intellectuelle.»


Berri, une renconte décisive

«J’étais à l’école de la rue Blanche en même temps que Catherine Frot, Jean-Pierre Darroussin et Evelyne Bouix. Le père d’un ami qui était réalisateur m’a donné un livre dont il allait faire une adaptation pour la télé. Il m’a demandé de l’aider à trouver les acteurs. Tous mes noms lui convenaient. Il m’a imposé comme stagiaire. J’y ai côtoyé des comédiens toute la journée. J’ai compris que c’était ce que je voulais faire. L’accessoiriste habitait la même rue que moi. Et l’année suivante, il devait travailler pour « Les doigts dans la tête », de Jacques Doillon, film qui m’a bouleversé. Il a accepté de me présenter au réalisateur, qui a demandé à Claude Berri de me trouver une place sur le tournage d’ "Un sac de billes". C’était en 1975, et Claude et moi, nous ne nous sommes plus quittés. Il m’a fait faire le casting du « Jouet » avec Pierre Richard, m’a imposé dans tous ses projets.
C’est grâce à lui que je suis devenu directeur de casting.»


Son métier d’agent

«Pendant vingt ans, je me suis mis au service des autres : des actrices, des metteurs en scène. De ma passion finalement. Toujours dans le virtuel, essayant d’imaginer des solutions, des castings pour des longs-métrages qui allaient se tourner dans six mois, un an ou peut-être jamais. C’était frustrant, même si je me suis attaché à défendre le cinéma d’auteur et la télévision. Quand je suis arrivé chez Artmedia, en 1985, une personne s’occupait de la télévision alors qu’il y avait dix agents pour le cinéma. Je me suis battu pour que le petit écran soit revalorisé en y faisant tourner Nathalie Baye ou Pierre Richard. Je me suis occupé de Véronique Genest et de Josée Dayan.»


L’angoisse du dimanche soir

«Le week-end, je devais lire trois ou quatre scénarios pour donner mon avis ou des réponses à mes clients. Certains soirs, l’angoisse et la culpabilité m’assaillaient : « Je n’ai pas fait ça pour telle personne qui est dans une situation difficile. » Je déjeunais avec quelqu’un qui espérait avoir un rôle dont je savais qu’il avait été accordé à un autre. Au bout de vingt ans, j’avais grossi et je m’étais composé un personnage pour ne pas blesser ou casser des gens que j’aimais bien, mais dont la carrière ne démarrait pas comme ils l’espéraient.»


Son pire souvenir

«Lorsque Sophie Marceau a raté son discours pour la cérémonie de clôture au Festival de Cannes. Je l’avais accueillie quand elle était arrivée dans la ville, lui suggérant quelques phrases. Elle venait de participer à une manifestation caritative et avait la tête ailleurs. Le soir, j’étais assis au premier rang quand elle a commencé son monologue. J’ai failli me lever pour aller la chercher sur scène, mais la maîtresse de cérémonie, Kristin Scott Thomas, m’a devancé. Je n’ai jamais été aussi mal à l’aise. Sophie a eu le courage d’assister au dîner qui suivait. Tout le monde lui tournait le dos, sauf Anjelica Huston. J’ai passé des mois à la défendre face à de tristes sires qui l’accablaient.»


L’aventure de « 8 femmes »

«J’ai connu François Ozon après son premier court-métrage. J’ai eu un coup de foudre. Un jour, il me dit qu’il souhaite faire un film dans lequel il n’y aurait que des femmes. A force de chercher, je me souviens que Claude Génia, ma prof de théâtre, avait joué dans « Huit femmes », une pièce de Robert Thomas. Avec ce film, Fidélité Productions a fait l’une de ses meilleures affaires. En échange, je leur avais demandé une faveur : sortir en DVD "Mémoires d’un jeune con", un film qui me tenait à c¦ur car j’avais tiré le réalisateur de prison. Ils ne l’ont pas fait, alors que j’avais monté artistiquement leur film de bout en bout. Tant d’ingratitude m’a décidé à devenir producteur. Désormais, j’organise mon temps, je ne suis plus au service des autres. Mon premier acte de liberté ? Flâner pendant une demi-journée chez les bouquinistes.»


La politique

«La première fois que j’ai parlé à Ségolène Royal, ce fut en 1983 alors qu’elle était conseillère de François Mitterrand à l’Elysée. Elle m’a téléphoné sans me connaître pour me demander mon avis sur une maladie qui commençait à faire des ravages : le sida. J’ai dîné plusieurs fois avec François Hollande et elle par la suite. Elle parlait peu, mais écoutait tout ce qui se disait. J’ai toujours été de gauche, donc il m’a semblé naturel de la soutenir lors de la campagne présidentielle. Le soir du premier tour, j’ai été effondré en regardant son discours de Melle. On aurait dit un zombie ! C’était la preuve qu’elle n’était pas entourée, que personne, au PS, ne voulait qu’elle gagne. Le lendemain, j’ai laissé un message à François Hollande, qui ne m’a jamais rappelé. Et un autre à Ségolène qui m’a rappelé pour me proposer de l’accompagner dans son premier déplacement de l’entre-deux-tours. On devait aller à Montpellier, avec Jean-Louis Bianco, Jean-Michel Baylet et François Ozon. Lui, surtout, et moi, lui avons dit ce que nous avions sur le coeur : qu’elle ânonnait, qu’elle ne savait pas parler en public, qu’elle était trop sèche, etc. Elle nous a écoutés et s’est métamorphosée pour le reste de la campagne. Mais il était trop tard.»


Ce qu’il a apporté à Ségolène

«Je ne suis pas un gourou. J’ai toujours eu plus de respect et d’admiration pour les femmes que pour les hommes : au cinéma comme en politique. A trois reprises, j’ai quitté des dîners où des parangons de la gauche caviar se foutaient d’elle sans la connaître. Je n’ai rien à voir avec ces gens-là. Je lui ai donné confiance en elle, je l’ai fait rire et je lui ai conseillé de mettre de l’humour dans ses interventions. Je l’emmène souvent au théâtre, je la tiens au courant de problèmes du quotidien qui pourraient lui échapper. Je lis les journaux et lui donne la perception que la presse a d’elle. L’été qui a suivi l’élection présidentielle, elle était seule, beaucoup l’avaient abandonnée. Je suis allé la voir dans sa maison de Mougins. C’est là que nous sommes devenus intimes et que l’on ne s’est plus quittés. Aujourd’hui, je lui parle tous les jours, je ne suis pas payé pour cela, et je continue de la vouvoyer. Les récents débats au Parti socialiste ont montré que, hormis Ségolène, aucun des grands dirigeants n’était sincère.»


La politique et le spectacle

«La politique est un milieu machiste alors que le cinéma est le contraire de cela. Autre différence : l’individualisme. Si Luchini et Dussollier étaient au bord du précipice et que l’un d’eux menaçait de glisser, l’autre viendrait le retenir. En politique, c’est le contraire. Si Martine Aubry et Ségolène Royal étaient dans la même situation et que l’une dérapait, je ne suis pas sûr que l’autre la retiendrait. Le soir du congrès de Reims, j’ai vraiment cru que Bertrand Delanoë ne donnerait aucune consigne de vote. C’est ce qu’il m’avait dit. Et nous nous connaissons depuis trente ans. Le lendemain, il appelait à voter pour Martine Aubry. Dans le monde du spectacle, la parole donnée a une vraie importance.»

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