Les vrais enjeux des européennes

Publié le par PRG

Valeurs Actuelles le 31 décembre 2008
Six mois avant l’élection, le directeur du département opinion de l’Ifop, Jérôme Fourquet, décrypte pour “Valeurs actuelles” les atouts et handicaps des partis.

Extrême gauche : le hold-up de Besancenot ?

Le facteur trotskiste a programmé son OPA sur l’extrême gauche en deux temps : 1. Le lancement, à la fin du mois, de son Nouveau parti anticapitaliste (NPA) ; 2. Un score à deux chiffres aux européennes (où il n’avait obtenu aucun élu en 2004). Objectif : “ringardiser” et reléguer loin derrière les listes du PC et de Lutte ouvrière afin de s’imposer, dans l’optique de la prochaine présidentielle, comme “le” leader de l’extrême gauche. Le pari est plus ardu qu’il y paraît. Car si Besancenot est populaire dans l’opinion, les sondages démontrent qu’il est loin d’avoir siphonné ses concurrents.

« Il n’est pas (encore ?) hégémonique à l’extrême gauche », note Jérôme Fourquet, qui relève « l’éclatement des intentions de vote » au sein de cette famille politique. “Portées” par la crise, les listes Besancenot sont certes créditées de 8 % aux européennes, selon l’Ifop, mais LO et le PC obtiennent chacun 4 %. Avant même, pour ce dernier, que ne soit annoncée son alliance avec le nouveau Parti de gauche (PG) de Jean-Luc Mélenchon. Et alors qu’il aura, de plus, à affronter la dynamique unitaire mise en place, avec les Verts, par Daniel Cohn-Bendit. Dont il a refusé la main tendue. Ce que ne manquera pas de rappeler, durant la campagne, l’ex-meneur de Mai 68. Toujours très populaire à l’extrême gauche…

PC : Buffet sauvée par son alliance avec Mélenchon ?

« Seul, le parti communiste courrait le risque d’aller à la catastrophe. L’apport, essentiellement d’image, de Jean-Luc Mélenchon et de son nouveau parti lui permettra-t-il de sauver les meubles, voire de rebondir ? C’est l’une des principales interrogations du scrutin », estime Jérôme Fourquet. Pour le vieux PC (5,9 % en 2004) comme pour le tout jeune Parti de gauche, ces élections européennes seront à haut risque. Que l’attelage chute sous les 5 % et le PC démontrera son incapacité à exister sans accords avec le PS ; quant au PG, il aura démontré, à peine né, son inutilité. « Ce sera un test grandeur nature pour Mélenchon et en cas d’échec, peut-être le dernier », résume Jérôme Fourquet, doutant de la capacité de l’ancien socialiste à créer un mouvement sur le modèle de celui d’Oskar Lafontaine en Allemagne (Die Linke) : « La situation outre-Rhin n’est pas la même, dit-il : Lafontaine était une personnalité sociale-démocrate de premier plan, les ex-communistes continuent d’être puissants en Allemagne de l’Est et, surtout, il n’y a pas de partis concurrents à l’extrême gauche. » Reste quelques atouts : la crise mondiale, le souvenir de la campagne unitaire Buffet-Mélenchon pour le non au référendum de 2005 sur la Constitution européenne et l’image, iconoclaste et sympathique, de ce dernier. Mais de là à dépoussiérer celle du PC…

Écolos : Le coup de poker de Cohn-Bendit

Après 1989 et 1999, 2009 ? Tous les dix ans, les Verts réalisent un “coup” aux européennes. En 1989, Antoine Waechter obtenait 10,6 % ; en 1999, Daniel Cohn-Bendit (déjà) atteignait 9,7 %. L’Ifop les crédite, aujourd’hui, de 11 %. Trois raisons à cela : 1. La popularité de Cohn-Bendit, éternel “chouchou” de l’électorat de gauche ; 2. L’union qu’il a su réaliser autour de lui – de José Bové à Antoine Waechter en passant par les amis de Nicolas Hulot ; 3. Le thème de l’écologie, jamais autant présent. « Sauf en cas d’abstention massive, les Verts (1,5 % seulement à la présidentielle) devraient faire bien mieux que leurs 7,4 % de 2004 », assure Jérôme Fourquet. Selon lui, l’eurodéputé (allemand) sortant devrait notamment séduire une part des électeurs PS et centristes de la présidentielle, profitant de ce scrutin sans réel enjeu pour se “défouler”. Restera le plus dur pour des Verts : surmonter leur (prévisible) succès. Jamais, en effet, ceux-ci ne sont parvenus à transformer l’essai des européennes. La faute à cette élection pas comme les autres, qui ne “fixe” pas l’électorat. Mais aussi aux querelles endémiques qui n’ont cessé de secouer la formation écologiste.

PS : Aubry à quitte ou double
« L’image du PS était déjà fortement dégradée avant le congrès de Reims, cela ne l’a pas empêché de remporter haut la main les cantonales et les municipales du printemps dernier », rappelle Jérôme Fourquet. Crédité de 22 % des intentions de vote pour les européennes (à égalité avec l’UMP), le parti socialiste, concurrencé par Besancenot et Cohn-Bendit, aura cependant bien du mal à rééditer son exploit de 2004 : 28,9 % des suffrages. Au-delà du PS, c’est Martine Aubry, sa nouvelle première secrétaire, qui sera jugée. Que ses listes devancent, même de peu, celles du parti majoritaire et elle aura réussi son (premier) pari : rendre au parti socialiste sa place d’opposant numéro un. S’offrant, dans la foulée, un statut de présidentiable pour 2012… Que les listes PS – dont la constitution risque de tourner au casse-tête (qui sacrifier parmi les sortants ? Quelles places offrir aux amis d’Aubry, à leurs alliés et aux opposants royalistes ?) – soient, au contraire, devancées par celles de l’UMP, et Aubry pourrait connaître le même sort que Michel Rocard après son échec de 1994 (14,5 %) : son éviction, à plus ou moins brève échéance, de la tête du PS.

MoDem : Bayrou face à son destin
Pour le parti centriste, les européennes ont toujours été un bon cru. « Contrairement aux néo-gaullistes, le positionnement des centristes sur l’Europe a toujours été clair, souligne Jérôme Fourquet. Le MoDem peut donc compter sur une “clientèle” fidèle. » À laquelle pourraient s’ajouter les nouveaux convertis au discours d’opposition de François Bayrou. Pour l’heure, les sondages le créditent d’un résultat équivalent à celui obtenu en 2004 (12 %). Nettement moins, compte tenu de l’éparpillement des voix, qu’au premier tour de la dernière présidentielle, mais surtout un point seulement devant les listes Vertes de Cohn-Bendit. Or, pour le MoDem, c’est ici, sans doute, que réside le principal enjeu du scrutin : accrocher la troisième place, derrière le PS et l’UMP. « Bayrou peut pâtir, dans l’opinion de droite modérée, de la bonne perception de la présidence européenne de Sarkozy et, chez les électeurs de gauche, de l’attraction pour les listes Cohn-Bendit comme du désir des électeurs socialistes de voter “utile” pour relancer la machine PS », estime Jérôme Fourquet. Une certitude : un échec de Bayrou le handicaperait fortement pour ce qui est son seul véritable objectif : la présidentielle de 2012.  

UMP : Sarkozy et Bertrand en première ligne
Alors que les radicaux de Jean-Louis Borloo et le Nouveau Centre d’Hervé Morin ont longtemps espéré se présenter sous leurs propres couleurs, Nicolas Sarkozy a prévenu : il n’y aura qu’une seule liste de la majorité ! Objectif : “blinder” le score de l’UMP. Avec l’espoir, au mieux d’arracher la première place au PS, au pire de le talonner aux alentours de 22-23 % des suffrages. « Le pari est osé, affirme Jérôme Fourquet, car la crise risque d’atteindre son point culminant au moment des européennes, ce qui favorisera un vote d’opposition au parti au pouvoir. Mais l’UMP semble néanmoins à l’abri d’une catastrophe équivalente à ses 16,6 % de 2004. » Outre le chef de l’État, qui ne pourra, comme lors des municipales, abriter son échec derrière l’excuse d’un scrutin “local”, c’est Xavier Bertrand, le nouveau secrétaire général (à partir de janvier) de l’UMP qui va se retrouver en première ligne. Futur général en chef de la campagne, c’est à lui, au moins autant qu’à Sarkozy, que serait imputé un échec. Afin de s’en préserver, celui-ci dispose d’un atout non négligeable : le rappel – applaudi par l’opinion – des six mois de Sarkozy à la présidence de l’Union européenne. Mais aussi, crise oblige, l’image de “bouclier” qu’a pris l’Europe à cette occasion – réduisant d’autant l’espace des eurosceptiques de droite. Pour l’instant, en tout cas…

Souverainistes : le retour de Villiers ?
Ce fut le “tremblement de terre” du scrutin de 1999 : la liste Pasqua-Villiers (13 %) devançant la liste… Sarkozy (12,8 %). Dix ans après, le président du MPF ne paraît certes pas en mesure de rééditer son exploit, mais dispose néanmoins d’atouts non négligeables. Sa “marque” d’abord : Villiers est un habitué des bons scores aux européennes (6,8 % en 2004, soit les 2/3 du résultat de l’UDF) ; le parrainage, ensuite, que devrait lui apporter Declan Ganley, le chef de file du non irlandais, qui présentera des listes estampillées “Libertas” dans toute l’Europe. « Villiers devrait en profiter, si elle a lieu, de cette alliance, estime Jérôme Fourquet : il apparaîtra moins isolé et porteur d’un vote utile à l’échelle européenne. » Le président du MPF pourrait, de même, bénéficier de la crise au FN et d’un accord avec les chasseurs (1,7 % en 2004). Autre souverainiste, Nicolas Dupont-Aignan vient d’annoncer qu’il présenterait ses propres listes. Celles-ci étant, actuellement, créditées de 1 % par l’Ifop (contre 5 % pour celles de Villiers), le Vendéen – qui ne se remettrait pas d’un échec aux européennes – parie néanmoins sur une alliance in extremis avec le président de Debout la République. Lequel avait appelé à voter pour lui en 2004.

FN : l’heure de Marine ?
Contrairement à une idée reçue, les européennes n’ont jamais été un scrutin facile pour le Front national. Motif : le traditionnel fort taux d’abstention, en particulier au sein de l’électorat lepéniste. Depuis 1984, date de sa percée (10,9 %), le Front (9,8 % en 2004) y a toujours réalisé des résultats (très) inférieurs à ses performances aux autres scrutins. « C’est dire si, alors qu’il traverse sa plus grave crise depuis la scission mégrétiste de 1998, l’élection de juin prochain s’avère particulièrement risquée », explique Jérôme Fourquet. D’autant que dans au moins deux régions, le Sud-Ouest et le Nord, le FN devra affronter des listes dissidentes. Pour autant, les sondages le démontrent : séduit par Sarkozy depuis 2007, son électorat figure aujourd’hui parmi les plus hostiles au chef de l’État. De plus, la crise économique, entraînant une forte augmentation du chômage, devrait transformer, au moins en partie, le vote des européennes en vote protestataire – ce qui a toujours favorisé le FN (aujourd’hui crédité de 7 %). Appelée à succéder à son père en 2010, Marine Le Pen jouera gros : si le Front échoue, c’est à elle, en grande partie, que ses opposants internes en imputeront la responsabilité. En revanche, un rebond – autour de 10 % – démontrerait sa capacité à reprendre le flambeau. Et à représenter son parti à la prochaine présidentielle.

Publié dans PRGcom

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