Sénat : la balle au centre (PRG, NC, Modem)

Publié le par PRG

Profession politique le 12 Février 2009
*Sénat : la balle au centre*

*Depuis le renouvellement de septembre 2008, le groupe UMP au Sénat n'a
plus de majorité absolue et doit composer avec les centristes et les
radicaux, qui comptent profiter de ce rôle d'arbitres. Focus sur ce
nouvel équilibre des forces au sein de la Haute Assemblée.*

/"Copé devrait se faire hara-kiri !"/ s'amuse le sénateur centriste de
l'Eure Hervé Maurey, qui a défendu au Sénat, avec succès, la hausse de
la redevance, lors de l'examen de la loi sur l'audiovisuel public (/"Moi
//vivant, il n'y aura pas d'augmentation de la redevance télé"/, avait
claironné le patron des députés UMP). /"Après mon discours à la tribune
qu'ils ont jugé très dur, ils sont tombés des nues !"/ se souvient Hervé
Maurey. La majorité était pourtant prévenue que les centristes
n'allaient pas voter le texte en l'état, mais ce n'est qu'après cet
épisode que le cabinet de la ministre de la Culture a appelé le groupe
pour trouver un compromis.../ /L'épisode illustre la nouvelle donne au
Sénat : l'UMP n'avait déjà plus la majorité absolue, mais depuis le
renouvellement de septembre dernier, la majorité sénatoriale ne peut
désormais "gouverner" qu'avec le soutien des groupes centriste (UC-UDF)
et radical (RDSE). Si l'un des deux lui fait défaut, l'autre devient
alors incontournable.

*Bonne ambiance*

Ce nouveau rapport de forces n'est pas encore acté par tous les
sénateurs UMP. Une question de temps, selon l'un d'entre eux, Patrice
Gélard, qui prévient : /"Il faut être pragmatique : si on veut que les
lois passent, il faudra désormais faire des concessions au centre."/
Prendre en compte les centristes/ "ne fait pas franchement partie de la
culture UMP/, note Hervé Maurey. /Ce sont quand même les héritiers du
RPR et de Chirac qui disait des centristes : /« Ces gens-là, ça se roule
dans la farine pour se faire frire »/."/ Certes, selon le président du
groupe UC-UDF, Michel Mercier, les centristes ne montreront pas
forcément leurs/ "biceps tous les jours"/. Mais parfois, l'appétit vient
en mangeant. /"Les centristes pourraient peut-être s'opposer plus, mais
il n'y a que les cinq sénateurs MoDem qui sont vraiment indépendants"/,
tranche le président du groupe PS, Jean-Pierre Bel. La sénatrice MoDem
Jacqueline Gourault lui donne raison : /"Une partie de notre groupe fait
l'appoint en permanence, l'exécutif fait ce qu'il faut pour cela"/,
dit-elle.

Les radicaux -- majoritairement à gauche -- se satisfont de cette
nouvelle donne. Le président, du groupe, Yvon Collin (PRG), évoque une
/"nouvelle ambiance, //beaucoup plus agréable" /et poursuit : /"Le
groupe UMP exerçait une chape de plomb, un règne sans partage, sans
concession, excepté des bricoles, des miettes." /Il cite lui aussi
l'exemple du texte sur l'audiovisuel public pour illustrer cette
nouvelle capacité de /"défier l'Assemblée"/.



*Moins de bipolarisation*

Aujourd'hui, deux facteurs ont changé la donne, selon Yvon Collin :/ /le
resserrement du bloc droite-gauche, donc, mais aussi le nouveau
président/, /Gérard Larcher, /"qui est ouvert, et qui veut remettre la
politique au coeur du Sénat"./ Le changement d'ambiance, selon lui, se
voit là aussi. Exemple avec la conférence des présidents, qui n'est
plus/ "une chambre d'enregistrement". "On bâtit avec le ministre des
Relations avec le Parlement un ordre du jour où chacun peut s'exprimer,
avec le souci d'efficacité et d'image du Sénat"/, note Yvon Collin.

Nombreux sont ceux qui voient dans ce nouveau rapport de forces une
chance pour que la Chambre haute retrouve sa mission originelle :
/"bonifier"/ les textes. Ainsi, pour le centriste Jean Arthuis, /"cela
permet au Sénat d'être bien dans son rôle, en échappant encore plus au
fait majoritaire et à la bipolarisation. C'est salutaire, car sans cela,
il y aurait un risque de clonage entre l'Assemblée et le Sénat."/ Pour
peser encore plus, un rapprochement entre les groupes UC-UDF et RDSE est
à l'étude, et ne suscite l'hostilité que des sénateurs du Nouveau
Centre. /"Il n'y a pas d'urgence,/ dit le président du Parti radical de
gauche, Jean-Michel Baylet./ Mais si ces deux groupes sont capables de
créer des passerelles, voire plus -- constituer un groupe commun -- ils
seront déterminants sur les textes qui passent au Sénat, et décisifs
pour une future majorité, en 2011."/ De leur côté, Yvon Collin et Michel
Mercier militent pour que les 29 centristes et les 17 radicaux se
rassemblent.



*En attendant 2011...*

Et déjà, les deux groupes apprennent à travailler ensemble. /"On ne se
parlait pas avant/, dit le président du groupe RDSE, Yvon Collin. /Il ne
s'agit pas de fusion, ni de confusion, il s'agit de se parler et de voir
ponctuellement ce que nous pouvons faire ensemble." /Selon Jean Arthuis,
/"quand on a une position qui permet de peser sur les décisions, il faut
être en mesure d'assumer ses responsabilités. Pour l'assumer, il faut un
groupe structuré et doté de moyens appropriés." /Notamment pour disposer
d'un effectif permettant d'être présent continuellement dans les
commissions et en séance publique/. "Tout milite pour privilégier un
groupe d'une cinquantaine de personnes, plutôt qu'un groupe de trente
personnes",/ conclut le président de la commission des finances du Sénat.

*Bientôt un parti pour Arthuis ?*

Refusant la ligne d'opposition du MoDem, ou de la majorité avec le
Nouveau Centre, l'association créée par Jean Arthuis, Rassembler les
centristes, qui vient d'élire son premier bureau exécutif, a séduit la
moitié du groupe centriste. En attendant de devoir se prononcer plus
clairement, tous les membres du groupe -- excepté ceux qui sont affiliés
au Nouveau Centre -- ont apporté leur financement public à l'UDF-MoDem :
une partie allant à l'UDF, l'autre au Modem, sachant que les actifs de
l'UDF sont gérés de manière transitoire par un collège où le président
du MoDem détient la majorité. /"François Bayrou s'est engagé à nous
reverser la moitié de nos dotations pour faire vivre notre mouvement"/,
nous précise Jean Arthuis. Michel Mercier, trésorier de l'UDF et du
MoDem, le confirme. Le sénateur de la Mayenne ne souhaite pas
ressusciter la formation créée par Valéry Giscard d'Estaing, mais il
pourrait fonder un nouveau parti, dès la fin de cette année.

Entretien

*Michel Mercier :/ "Le centre détient la clé du Sénat en 2011"/*

*Entretien avec le président du groupe UC-UDF à la Haute Assemblée.*

*Comment voyez-vous cette nouvelle configuration du Sénat ?*

L'UMP n'avait déjà plus la majorité absolue, mais maintenant c'est plus
clair : il n'y a plus de majorité sans une partie du groupe centriste,
ou une partie du groupe RDSE, ou des deux. Au-delà des chiffres, il y a
une réalité politique et humaine : que pèse-t-on vraiment ? Il faut
savoir user avec tact de ce pouvoir qui nous est donné.

*C'est-à-dire ?*

On ne va pas dire tous les matins qu'il n'y a pas de majorité sans
nous ! Le Sénat, quoi qu'on en dise, est plus représentatif de la
réalité politique du pays que l'Assemblée, car il n'y a pas de majorité
claire. Après, il faut que notre influence se manifeste sur nos valeurs,
sur nos idées. Nous avons montré que nous voulions construire un
audiovisuel public fort. La question de la nomination du président de
France télévisions n'est pas tout. Depuis toujours, c'est l'exécutif qui
nomme le président de l'audiovisuel public, et ça me paraît normal,
puisque l'État est l'actionnaire unique. Nous voulions qu'il dispose de
ressources propres et pérennes.



*Et vous avez eu gain de cause sur la redevance...*

Oui. Je ne suis pas pour augmenter les impôts, mais si on avait pu
choisir autre chose que la redevance, nous l'aurions fait. Donc elle
sera augmentée, et plus que ce que nous avions souhaité (de 116 à 122
euros en 2010, soit 120 millions de plus par an pour France Télévisions,
ndlr).

*Vous avez aussi manifesté votre mécontentement sur le plan de relance...*

*Vous avez commencé à travailler avec le groupe RDSE. L'idée d'un
rapprochement qui rassemblerait une cinquantaine de sénateurs de vos
deux groupes avance-t-elle ?*

Ce groupe central personnifierait l'esprit sénatorial : tolérance et
ouverture. On regarde les textes avant de les juger, pas l'inverse.

*Quant à la liberté de vote dans vos deux groupes...*
J'y tiens comme à la prunelle de mes yeux.

*Peut-on imaginer que ce regroupement se concrétise plus rapidement ?*
L'imagination est la folle du logis. Il faut construire des habitudes.
C'est ce groupe qui détient la clé du Sénat en 2011. J'y pense, comme le
président du groupe RDSE, Yvon Collin, tous les jours. Le président du
Sénat, Gérard Larcher, y pense aussi tous les jours...

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