Proche-Orient : le coup d'Etat permanent, ça déchire grave sa mère

Publié le par PRG

Rue89  le 13 Février 2009

Plus que jamais, les Israéliens ont besoin d'un De Gaulle (et les Palestiniens d'un Garibaldi mais c'est une autre histoire).

La relation de De Gaulle à Israël -et aux juifs en général- a toujours été quelque chose de confus et d'ambigu. La fameuse sortie sur le "peuple d’élite, sûr de lui et dominateur" est loin de raconter toute l'histoire et le soutien de la France à Israël jusqu'en 67, année de la guerre des Six-Jours, pourrait quasiment être comparé à celui que lui apportent aujourd'hui les Etats-Unis. Pour autant, s'il avait vraiment souhaité avoir un impact décisif sur l'avenir du jeune Etat, au-delà de la fourniture d'avions de chasse et de pataugas, Mongénéral se serait débrouillé pour lutiner une jolie sabra avant de l'abandonner, enceinte jusqu'aux yeux, dans un kibboutz du Negev. Le fruit de leur furtive relation aurait alors grandi (forcément), fait des études de sciences politiques entre deux épluchages de pommes de terre collectivisées et, laissant parler ses gènes, offert à sa patrie une constitution toute neuve en même temps qu’une stratégie de décolonisation crédible.

Ceux pour qui le concept d’un Israël démocratique relève de l’oxymore, occupés qu’ils sont à dénoncer les crapuleries de Tsahal comme l'expression même du sionisme, en doutent peut-être mais, ce dont ce pays a essentiellement besoin, c’est d’une bonne dose de coup d’Etat permanent -d’une bonne grosse lampée de loi fondamentale modèle 58 en lieu et place de cette vague "déclaration de principes" héritée des Anglais. Car franchement, pour ne pas remarquer qu'une "hyper-démocratie" permettant à plus d’une trentaine de partis de briguer le parlement, dans le cadre d’un système de proportionnelle intégrale (2% des voix suffisent à décrocher un siège), est le principal obstacle à la résolution du problème palestinien, il faut avoir de sérieuses difficultés à calculer des pourcentages...

Pas moins de douze formations sont d’ailleurs parvenues à glisser une sandale à la Knesset ce coup-ci, et l’on voit le bordel qui en découle à l'heure des coalitions. Entre des députés arabes exigeant la dissolution du pays et des illuminés en redingote lituanienne demandant le doublement de sa superficie, on trouve tout chez les Samaritains (rires dans la salle): des gauchistes, des socialistes, des libéraux, des centristes, des nationalistes modérés, des ultra-nationalistes, des pro-Russes, des quasi-fascistes… Tout ce petit monde se subdivisant en outre en autant de factions prêtes à changer de cheval à mi-course si l’herbe devient ponctuellement verte ailleurs…

On aime bien, chez nous, se plaindre de la bipolarisation qui va de pair avec le scrutin uninominal majoritaire à deux tours de la Ve République. C’est que la proportionnelle intégrale à l’israélienne, Saint Graal des vrais démocrates, serait effectivement le moyen de permettre à Lutte ouvrière, à la Ligue communiste révolutionnaire, à la gauche alternative, au PCF, aux communistes non-PCF, au PRCF, à la Gauche Alternative, au Parti humaniste, au Parti socialiste, aux Verts, aux Verts européens, au Parti occitan de gauche, au Parti radical de gauche, au Nouveau Centre, au Mouvement démocrate, à Debout la République, au CNPT, à l’UMP, au Parti radical, au Mouvement pour la France, à l’Alliance patriotique/MNR, au Parti occitan de droite, au Parti des musulmans de France, à la France en action, à la France Bonapartiste et au Mouvement écologiste indépendant, bref, à notre propre petite trentaine de formations politiques à ambitions législatives, de se partager le palais Bourbon. On imagine la cohésion et le pragmatisme pour l’élaboration d’un plan de relance anticrise, dans ce contexte… Alors un plan de paix avec l'ennemi mortel, tu parles!

Las, le grand Charles était fidèle (ça nous change de ses successeurs) et son ADN réformateur ne se promène pas du côté de la mer Morte. Il n'est donc pas encore né, le type avec un grand nez (comme de Gaulle, voyons! Pour qui me prenez-vous?) qui portera un bipolarisme efficace sur les fonts baptismaux, convaincra une majorité d’électeurs que, dans la vie, il faut savoir ce qu'on veut et, surtout, ira expliquer aux colons de Hébron qu’il les a compris avant de leur inaugurer un ministère des Rapatriés... Tout ça n’aiderait pas nécessairement les Palestiniens à se dénicher un unificateur laïque à la Garibaldi en parallèle, mais ça nous changerait de l’ordinaire.

Ah, vous êtes sûr qu’il n’a jamais passé une nuit dans un kibboutz, le général? Vraiment certain?


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