C Taubira PRG: La grève générale révélatrice d'un malaise général

Publié le par PRG

PARIS, 16 février 2009 (AFP) - La grève générale qui paralyse les Antilles revèle un malaise général dans l'outre-mer français sur le plan économique et social, sur un fond historique marqué par l'esclavage, selon des acteurs et observateurs du conflit qui entrera mardi dans sa cinquième semaine.

"Que voit le Guadeloupéen après 60 années de départementalisation? Des prix plus élevés que dans l'hexagone, un revenu par habitant très inférieur à la moyenne nationale, des enfants sur-diplômés au chômage, et des métropolitains qui occupent des postes de cadres dans le privé comme dans la haute fonction publique étatique", résume Patrick Karam, guadeloupéen, délégué interministériel pour l'égalité des chances des Français d'outre-mer.

De fait, les quatre départements français d'outre-mer sont les régions de l'UE qui connaissaient les plus forts taux de chômage en 2007, selon les chiffres d'Eurostat.

Le taux de chômage y dépasse partout les 20%, deux à trois fois plus qu'en métropole.

Le nombre de Rmistes est très élevé (144.063 fin 2007), couvrant 17,8% de la population, contre 3,1% en métropole.

Le taux de couverture des importations par les exportations est très bas (6,2% en Guadeloupe), la part des emplois publics très élevée (38,7% de la population active en Guadeloupe, 37% en Martinique), avec des surrémunérations de 35 à 40% pour les fonctionnaires titulaires.

Mais derrière ces réalités et les revendications sociales qui en découlent, se profile, selon M. Karam, "un questionnement fondamental de la société guadeloupéenne sur son identité, ses institutions et pour un petit groupe, son appartenance à l'ensemble français".

Pour le romancier martiniquais Patrick Chamoiseau, "la revendication autour du pouvoir d'achat en Guadeloupe et en Martinique est l'expression d'un mal-être existentiel d'ordinaire silencieux".

Selon lui, "quand les manifestants chantent dans les rues de Pointe-à-Pitre +La Guadeloupe, c'est à nous! La Guadeloupe, c'est pas à eux", ils s'élèvent contre la persistance de l'esprit colonial".

Pour M. Chamoiseau, "pour sortir de la crise, il faut, bien sûr, satisfaire les revendications sur le pouvoir d'achat, mais surtout se débarrasser de cette tutelle coloniale qui nous maintient dans l'irresponsabilité et la dépendance".

Pour la députée PRG de Guyane Christiane Taubira, qui s'est jointe aux manifestants guadeloupéens, "c'est un problème social et historique".

"Il y a aux Antilles des disparités sociales cruelles qui viennent directement, historiquement, de l'esclavage", affirme-t-elle.

Selon elle, "une caste détient le pouvoir économique et en abuse" et "cette puissance est encore plus importante en Guadeloupe qu'en Martinique, même si elle se voit moins. Là, on frôle l'apartheid social".

Roger de Jaham, président-fondateur de "Tous créoles", tente de relativiser les choses. Il a publié une liste pour montrer, par exemple, que si un quart de la grande distribution est entre les mains des békés, le reste appartient à des familles mulâtres, noires ou d'origine chinoise (les Ho-Hio-Hen) qui ont fait fortune.

Il n'en reste pas moins que beaucoup de choses sont très mal vécues sur place, affirme M. Karam, comme le "désintérêt des médias nationaux et une méconnaissance totale des réalités de nos pays". Sans oublier "les parlementaires obsédés par les niches fiscales lorsqu'elles sont en outre-mer".

Et cela ne fait pas si longtemps que l'on entend le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer Yves Jégo dire qu'aux Antilles, "il y a un problème de monopole, celui d'une économie insulaire, héritière des comptoirs".

Ou le président Sarkozy appeler à "une meilleure répartition des richesses" outre-mer.

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