Outre-Mer:Taubira élue PRG des DOM TOM à l' Elysée

Publié le par PRG

Métro le 17 Février 2009

La mobilisation contre la vie chère s’intensifie chaque jour un peu plus aux Antilles. En Guadeloupe, où des barrages routiers sont mis en place, la situation s’est encore détériorée lundi soir, avec une nuit de désordres et de violences. Alors qu'aucune issue au conflit ne se dessine, Nicolas Sarkozy recevra demain à l'Elysée des élus des départements d'Outre-Mer. Christine Taubira, député (PRG) de Guyane qui participera à cette réunion, nous livre son analyse de la situation.

Quel est votre sentiment sur le regain de tension en Guadeloupe et sur les violences qui ont eu lieu lundi soir ?

La source des débordements, ce sont les forces de gendarmerie. Pendant plus de trois semaines, il y avait des dizaines de milliers de personnes dans les rues, une mobilisation générale, et il n’y a pas eu le moindre incident. Et on envoie des forces de l’ordre pour bousculer les gens. L’Etat reste dans une culture de la réponse répressive à des manifestations sociales. C’est très douloureux pour les Guadeloupéens. Il y a trop d’événements dans leur histoire où ça s’est passé comme ça. A chaque fois qu’il y a eu une lutte sociale dans l’île, il y a eu des morts, et ça reste dans leur mémoire.

Comment vous jugez la manière dont le gouvernement a géré cette crise ?

Comme il le fait à chaque fois pour l’Outre-Mer, le gouvernement s’est réveillé tardivement. En Guadeloupe, il a fallu attendre huit ou dix jours de mobilisation pour que Yves Jégo dise qu’il était prêt à discuter, à condition que le calme revienne. Vous imaginez ça sur le territoire hexagonal, une région entière bloquée, où les gens ont une plateforme de revendications, où il y a une intersyndicale, des interlocuteurs, et où on attend dix jours de blocage complet avant de dire qu’on va considérer les choses ? La deuxième faute, c’est que lorsque Yves Jégo, après s’être mis à l’écoute, a été rappelé en France pour faire valider les négociations par le Premier ministre, il est revenu en disant : « je n’ai jamais dit ça ». la parole de l’Etat a été reniée.

Qu’est-ce que vous attendez de la réunion de jeudi à l’Elysée ?

A priori pas grand chose, mais la situation aux Antilles est tellement grave que je n’ai pas envie d’être négative. Le point positif, c’est que le président de la République a fini par se réveiller. Au stade où nous en sommes, il n’y a que la parole la plus solennelle de l’Etat qui puisse débloquer les choses. Lorsque l’Etat est à ce point impuissant face à une petite caste qui contrôle les affaires, quand il se contente de ressasser qu’il va saisir la justice et qu’il ne le fait pas, et surtout qu’il s’est engagé et à renier sa parole, il faut recrédibiliser cette parole. Maintenant, je serai d’une très grande sévérité s’il ne se passe rien. Je ne traverse pas l’Atlantique pour écouter des salades, j’espère qu’il sortira quelque chose de cette réunion.

Yves Jégo dit vouloir travailler à la transparence des prix à la consommation dans les DOM. Vous y croyez ?

Non, il n’arrête pas de le dire et ne fait rien. On sait qu’il y a des transgressions à la loi contre la concentration dans la distribution, un monopole sur la fourniture du carburant, un duopole sur le transport maritime… Il faudrait aussi s’attaquer au lobby de la puissance d’importation. L’import, la dépendance, c’est ça qui a permis d’ériger des fortunes. Mais l’Etat se défausse, et le patronat ne veut pas se casser la tête avec ça. Le gouvernement reste dans des logiques d’exonération des charges sociales et fiscales. On engraisse les entreprises afin qu’elles fassent un petit geste pour leurs salariés, que personne ne vient vérifier. Les disparités sociales sont trop grandes dans les Antilles, il faut s’attaquer au développement économique de ces territoires.

Publié dans Le PRG dans la presse

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