Taubira PRG: "Pour Sarkozy, l'Outre-mer c'est terra incognita"

Publié le par PRG

Par Julien Martin | Rue89 | 20/02/2009 | 20H15


 Julien Martin

L'omniprésident semblait s'être mué en un Président transparent. Un mois après le début de la crise en Guadeloupe, Nicolas Sarkozy est enfin sorti de son mutisme et a proposé jeudi une série de mesures économiques pour les Antilles. Christiane Taubira, députée PRG de Guyane, a commenté ce plan de 580 millions d'euros, ce vendredi à "Parlons Net", le club de la presse Internet de France Info, dont Rue89 est partenaire. (Voir la vidéo)

 

Le retour sur le devant de la scène du chef de l'Etat s'est articulé en deux temps. Après une rencontre avec les élus d'Outre-mer jeudi après-midi, Nicolas Sarkozy est intervenu dans la soirée sur RFO, pour mettre fin au "profond malaise qui étreint un nombre croissant" d'Antillais et pour présenter ses trois mesures phares:

"Pour soutenir le pouvoir d’achat, nous avons décidé avec le Premier ministre, avec le gouvernement, que l’Etat exonèrera de toutes les cotisations sociales, à la fois patronales et salariales, les augmentations que les entreprises vont accorder à leurs salariés et c’est bien aux entreprises de payer les salaires.

"Les règles du RSA seront également adaptées pour les 110 000 foyers concernés dans les départements d’Outre-mer, afin de permettre au total une amélioration du pouvoir d’achat des travailleurs à bas salaires de l’ordre de 200 euros.

"Pour réduire les écarts de prix inacceptables avec la métropole, j’ai demandé à la grande distribution de s’engager sur une liste de produits de référence qui seront désormais commercialisés à un prix plus proche de celui de la métropole."

Monopole sur l'essence et "apartheid social"

Un "geste" salué par Christiane Taubira, mais elle attend de "voir ce qui va en sortir":

"On verra si le gouvernement est rentré de vacances, car pour l'instant, à part l'envoi de troupes supplémentaires de gendarmes mobiles, le gouvernement n'a accompli aucun acte."

Et de dénoncer le "reniement" d'Yves Jégo, secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer, et surtout le non-rôle de sa ministre de tutelle, Michèle Alliot-Marie:

"Elle a été ministre de l'Intérieur au bout d'un mois, et n'a pas été ministre des Collectivités locales et de l'Outre-mer."

La députée de Guyane décortique les véritables problèmes qui saignent les Antilles. Des problèmes économiques, avec le monopole de la Société anonyme de la raffinerie des Antilles sur l'essence, alors même qu'ont été relevées "des pratiques au moins suspectes dans la formation des prix par la Sara".

Des problèmes sociétaux aussi, avec le racisme, cette "ligne de couleur" qui sépare les Antillais, matérialisée notamment par "des quartiers résidentiels où vous n'avez que des blancs avec des clôtures qui font deux fois [sa] taille" et qui conduisent à ce qu'elle n'hésite pas à appeler un "apartheid social".

L'absence de prise en compte de ces problèmes par le gouvernement "ressemble a du mépris", poursuit-elle, "même si c'est plus profondément à [son] avis de la méconnaissance". La palme en reviendrait au Président: "Pour Sarkozy, l'Outre-mer c'est terra incognita." Il faudra plus que des millions alignés sur la table pour y remédier.


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