Guadeloupe : les incendiaires (le PRG, la LCR, le PS)

Publié le par PRG

Guadeloupe : les incendiaires

Crise. Ceux qui soufflent sur les braises...

Arnaud Folch, le 26-02-2009

De la crise sociale à la crise raciale ? Du chef des grévistes, Élie Domota, à Ségolène Royal, en passant par Siné, Besancenot, Bové ou Taubira, ils sont nombreux à attiser les flammes. Faux pompiers mais vrais pyromanes.

Un déferlement de haine anti-Blanc. Passé totalement ina­perçu, comme l’avaient été, dans un premier temps, ses propos supposés antisémites sur Jean Sarkozy, l’éditorial du dessinateur Siné dans son journal Siné Hebdo daté du 18 février, prône carrément le lyn­chage des békés, les Blancs créoles. Le texte mérite d’être cité dans sa (quasi-)intégralité. Le hors-d’œuvre, d’abord. Comme une justification de la ­violence. « La décolonisation n’a rien changé dans les Dom-Tom, commence-t-il. Elle n’a pas perturbé les profiteurs qui continuent de s’empiffrer au détriment des pauvres descendants de leurs esclaves […]. Ces salauds ne se reconnaissent pas racistes, car ils baisent leurs employées de maison, leurs bonnes à tout faire, leurs cuisinières et même leurs doudous qui élèvent leur vilaine progéniture, tout en les sous-payant crapuleusement. »

Vient ensuite un véritable appel au meurtre. « Une anecdote qui m’a toujours réjoui me revient en mémoire, poursuit-il. En Afrique du Sud, au temps de l’apartheid, un esclave tente de convaincre l’un de ses potes, réticent à l’idée de couper la gorge à ses maîtres […] : “Mon patron est cool, pas raciste, ses mômes jouent avec les miens, sa femme m’a même appris à lire, je ne me sens pas la force de faire ce sale boulot ! – Je suis dans le même cas, mon frère, mais ça peut s’arranger… Tu vas aller tuer les miens et je m’occuperai des tiens !” Convaincus et rassérénés, ils conclurent leur pacte par une chaleureuse embrassade. » Précédant le mas­sacre, donc… Pour ceux qui n’auraient pas compris le message (ou pas lu le texte), un dessin, tout aussi explicite : deux “exploités”, dont l’un portant un couteau à la ceinture, tenant des piques au bout desquelles sont plantées les deux têtes sanguinolentes d’un homme et d’une femme – blancs.

Imaginons un instant les réactions que n’auraient pas manqué de provoquer de tels propos et une telle illustration s’il s’était agi d’un journal d’extrême droite réagissant avec la même haine à l’encontre de la population d’origine immigrée à la suite, par exemple, des violentes émeutes de 2005. La classe politique dans son ensemble se serait immédiatement élevée contre le “racisme” de leurs auteurs. De lourdes sanctions auraient été prises. Là, rien. Nul “bien-pensant” n’a davantage réagi à deux des fameuses 132 propositions du LKP (le collectif dirigeant la grè­ve sur l’île) figurant au chapitre “emploi” : « priorité d’embauche pour les Guadeloupéens » ; « embauche obligatoire de Guadeloupéens dans toutes les entreprises qui bénéficient d’aides publiques ». Rien de moins que la revendication, à l’échelle d’une île, de la “préférence nationale” défendue par le Front national – et qui lui vaut d’être ostracisé par l’ensemble des partis.

Pour peu qu’elles se situent du bon côté de la barrière – celui de la dé­fense des “opprimés”, donc du politiquement correct –, toutes les limites peuvent être franchies en matière de provocations ou de propositions. Dès lors, pourquoi les incendiaires se gêneraient-ils ?

Pour l’extrême gauche, la mèche antillaise doit enflammer la France

Flairant le bon coup politique et son inévitable passage aux journaux télévisés de 20 heures, Ségolène Royal s’est ainsi invitée aux obsèques du syndicaliste Jacques Bino (vraisemblablement tué par erreur par ses propres amis grévistes). Dénonçant la « stratégie de pourrissement » du gouvernement et « les gros patrons qui se sont enrichis pendant des années sur le système néocolonial », l’ancienne candidate à la présidentielle, prenant un ton de pasionaria, s’est emportée : « Il faut les faire payer, et tout de suite ! » Faute de quoi, a-t-elle ajouté, c’est à une nouvelle « révolution » qu’il faut s’attendre. Avec une guillotine installée sur la place centrale de Pointe-­à-Pitre ?

« Un comportement de vautour indécent », a réagi le secrétaire d’État aux Transports, Dominique Bussereau, dans le Figaro. Sous le couvert de l’anonymat, un autre membre du gouvernement, très proche de Nicolas Sarkozy, se montre plus sévère encore : « Les vautours se nourrissent de cadavres, ils n’y peuvent rien. Mais en soufflant ainsi volontairement sur les braises, c’est à la guerre civile, et donc à des morts, que risquent de nous conduire de telles déclarations. Cette surenchère permanente n’a qu’un but, ajoute-t-il : faire dégénérer la situation pour affaiblir le chef de l’État, qui doit déjà faire face à la crise économique et à la montée des mécontentements en métropole. »

Ayant, lui aussi, effectué un aller-retour en Guadeloupe, Olivier Besancenot n’en fait pas mystère : pour l’extrême gauche, la mèche allumée aux Antilles doit enflammer l’ensemble du territoire. « Je suis venu prendre exemple sur la grève générale qui a été déclenchée ici », a-t-il déclaré. José Bové, autre invité de dernière heure, en appelait, lui, à la « révolte ». « L’incendie est en train de se propager », déclarait, de son côté, Arlette Laguiller lors de la manifestation de soutien organisée à Paris le 16 février, au côté, notamment, du Cran (Conseil représentatif des associations noires). Et au cours de laquelle fusaient des slogans tels que “Esclavagisme, ça suffit !” ou “Redistribution immédiate des terres !”.

Ajouté à la situation, c’est vrai souvent injuste, et à la maladresse du gouvernement, comment s’étonner, les incendiaires tenant le haut du pavé, que quarante-deux ans après les affrontements sanglants de 1967 (une quarantaine de morts), la Guadeloupe courre, à nouveau, les risques d’une crise grave ? Mais c’est aussi dans la complaisance affichée envers Élie Domota, le leader du LKP, que se trouvent les racines du processus. Car le premier incendiaire, c’est lui ! Au risque de carboniser jus­qu’aux atouts touristiques de “son” île (lire notre entretien avec Léon Ber­trand).

Celui dont Yves Jégo a loué « l’esprit de responsabilité » et au cou duquel s’est pendue la radicale de gauche Christine Tau­bira – chargée d’une mission sur les Dom-Tom par l’Élysée ! – n’est, en effet, pas le modéré qu’il prétend être. Porte-parole du LKP (regroupant 48 organisations), ce… directeur adjoint de l’ANPE locale est surtout, à l’origine, le patron de l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG), laquelle dénonce « le pouvoir colonial français ». « On a voulu discréditer notre lutte en nous accusant de racisme, ce qui est hors de propos, se défend-il dans le JDD. Les békés sont des Guadeloupéens comme les autres […]. Nous avons simplement rappelé que quelques familles descendantes des esclavagistes possèdent beaucoup. » Loin, très loin, des propos – passés tout aussi inaperçus que ceux de Siné – qu’il tenait le 10 février sur Canal 10, une télévision locale. Voilà, alors, ce que déclarait le même Domota : « Si quelqu’un blesse un membre du LKP ou un manifestant guadeloupéen, il y aura des morts, prévenait-il. Il faut qu’on se le mette dans nos têtes : nous disons aux békés que nous ne ferons pas marche arrière […]. Et que si c’est la guerre civile qu’ils veulent, ils peuvent compter sur nous ! »

Les békés ne sont pas les seuls à figurer dans son viseur : les non-grévistes aussi. « Les hommes du LKP procèdent toujours de la même façon, témoigne un commerçant cité par le Point. Ils viennent à plusieurs et expliquent que, si on ne le boucle pas, ce sera ouvert à tout le monde ; bref, c’est rideau ­baissé ou pillage organisé. » Également dans le collimateur des grévistes : les journalistes non sympathisants.

Une note de la DCRI évoque des risques d’“émeutes raciales”

La « presse étrangère », comme l’a dit Domota parlant des envoyés spéciaux venus de métropole. Mais aussi les journalistes locaux. Dénonçant plusieurs « attaques » et « agressions » – dont celles de deux femmes reporters frappées à coups de poing –, une pétition de représentants de la presse antillaise circule, mettant en garde contre un climat « incompatible avec la pratique de la démocratie ».

Publiée par le Canard enchaîné – et là encore passée sous silence –, une note de synthèse de la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), datée du 9 février, avertissait les pouvoirs publics.

Évoquant des risques d’« émeutes raciales », elle affirmait : « On sent à présent poindre et s’installer une hostilité envers les Blancs, non seulement dans les manifestations mais aussi dans la vie courante. » Et de conclure : « L’État doit et se doit de réagir, de reprendre la main et de maintenir ­l’ordre public. » Tenter d’éteindre le feu en lâchant du lest sur les salaires (les fameux 200 euros par mois) ne suffira pas à résoudre la crise en profondeur si, dans le même temps, les incendiaires continuent à l’attiser…

Publié dans article sur le PRG

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