Annick Girardin députée PRG: Il y a d'autres outre-mer, sauvons Saint-Pierre-et-Miquelon!

Publié le par PRG


Annick Girardin
députée PRG

Le 7 Mars 2009
Députée de Saint-Pierre-et-Miquelon, je voudrais vous parler de
mon pays, cet autre outre-mer, dont on ne parle jamais, celui de
l'Atlantique Nord. Un outre-mer fait de froid et de brume.

C'est la collectivité la plus proche de la métropole (5000
km), mais certainement la plus éloignée des préoccupations
métropolitaines et la plus méconnue aussi. Ce "morceau" de
France insolite au large du Canada, souffre depuis des décennies
d'une crise économique aigüe et du désintérêt du pouvoir
parisien.
Nous sommes 6000 Français, descendants de Bretons, de Basques et de
Normands à batailler avec opiniâtreté depuis 500 ans pour y
vivre.

Mais il est bien difficile de se faire entendre lorsque l'on
représente une si petite population. C'est notamment un obstacle
auquel je me heurte, chaque jour, dans mon travail de parlementaire.

L'actualité de Saint-Pierre-et-Miquelon n'est pas de celle
qui fait la une des quotidiens et l'ouverture des journaux
télévisés. Pourtant, il y a urgence à réagir et à
prendre conscience que la seule et unique terre de France en Amérique
du Nord pourrait dans quelques années se retrouver à
l'abandon, aussi déserte que les Terres australes…
Droits de pêche, un intérêt majeur pour la France

Traditionnellement, Saint-Pierre-et-Miquelon a constitué un
intérêt économique majeur pour la France, en raison des droits
de pêche attachés à sa zone économique exclusive des 200
milles.

A partir de 1988, l'interprétation divergente de cette règle
internationale a engendré un contentieux sérieux entre la France
et le Canada. Le différend fut tranché par le Tribunal
d'arbitrage international de New-York en 1992. Et les
conséquences furent dramatiques pour l'archipel: sur les 48 000
km2 de zone économique que revendiquait la France, le tribunal
n'en accorda que 12 400.

Cette humiliation diplomatique n'a d'autre cause que la
négligence et le peu d'intérêt du ministère des Affaires
étrangères pour ce dossier. Là où le gouvernement canadien a
mobilisé durant deux années les compétences d'une
soixantaine de fonctionnaires et juristes pour préparer ses
plaidoiries, son homologue français a, quant à lui, mis à la
disposition des élus de l'archipel, 3 fonctionnaires et
juristes... quelques mois avant l'audience!

Cette sentence a durablement marqué la population locale qui l'a
ressentie comme une injustice et un abandon de Paris. L'avenir de
toute une collectivité a été sacrifié sur l'autel des
bonnes relations commerciales avec le Canada.

Face à ce comportement pour le moins timoré, notre puissant voisin
s'est même permis en 1996 de repousser, par décision
unilatérale, la limite de sa zone économique, enclavant ainsi
totalement l'archipel dans les eaux canadiennes. Ceci sans aucune
contestation de la France!

Cette attitude hégémonique, associée au moratoire canadien sur
la morue, a donc décapité une activité sur laquelle reposait
l'économie de l'archipel depuis des siècles.
Revendiquer le plateau continental étendu de Saint-Pierre-et-Miquelon

Dans un tel schéma, le déclin semble inexorable, d'autant que
beaucoup de clignotants économiques et démographiques sont au
rouge. Malgré tous les efforts de diversification, la pêche ne
représente plus que 3000 tonnes de captures par an, contre 8000 en
1992. Le fret maritime (source d'importation de la quasi-totalité
des produits et aliments consommés localement) marque un repli de 40%
en 2008. Entre 1999 et 2006, la population a chuté de 3%, et cette
tendance se poursuit.

Il existe pourtant un espoir. Nous ne réclamons pas de nouvelles
subventions (nous ne voulons pas d'une économie sous perfusion)
mais "simplement" une décision politique du président de
la République, en revendiquant au nom de la France, le plateau
continental étendu de Saint-Pierre-et-Miquelon.

Alors que les perspectives en matière d'hydrocarbures et de
pêche sont réelles dans l'Atlantique Nord, notre seule option
repose désormais sur l'extension du plateau continental, sur
lequel l'Etat côtier concerné exerce des droits souverains sur
son exploration et sur l'exploitation des ressources naturelles.
Juridiquement, la sentence du tribunal arbitral de 1992, que nous ne
voulons pas remettre en cause, reconnaît explicitement la
possibilité de cette revendication.

L'envoi par la France d'une lettre d'intention auprès de
l'ONU formulant celle-ci permettrait de préserver nos droits et
d'ouvrir le dialogue avec les autorités canadiennes pour une
véritable intégration de Saint-Pierre-et-Miquelon dans une
région en plein "boom" économique, notamment grâce à
l'exploitation des hydrocarbures (de 2002 à 2007 la province de
Terre-Neuve a affiché un taux de croissance de son PIB de 76%!).

Là, réside la seule et unique hypothèse pour sauver
l'archipel: aboutir à une solution équitable sur la gestion de
cette zone qui pourrait, éventuellement, donner lieu à une gestion
concertée avec le Canada, dégageant ainsi de vraies perspectives
de coopération régionales et laisserait envisager un avenir pour
l'archipel.

Mais pour cela, la France doit impérativement faire valoir ses droits
dans la région et déposer sa lettre d'intention avant la date
butoir du 13 mai 2009. Après il sera définitivement trop tard.

Jusqu'à présent, les gouvernements successifs, s'appuyant sur les
conseils "entêtés" du Quai d'Orsay, ont toujours refusé
d'entamer cette démarche afin de ne pas froisser ce pays
"ami". C'est pour cette raison qu'un Collectif citoyen
s'est créé en février dernier et a adressé à Nicolas
Sarkozy un courrier lui demandant solennellement d'effectuer cette
démarche auprès de l'ONU Ce courrier a été
symboliquement déposé au représentant de l'Etat à
Saint-Pierre-et-Miquelon par une délégation du Collectif,
accompagnée par plus de 700 personnes (plus de 10% de la population).

Assurée de nombreux autres soutiens, notamment celui de la Commission
des affaires étrangères de l'Assemblée nationale
(présidée par le député UMP du Val d'Oise, Axel
Poniatowski) qui s'est s'est déclarée, le 10 décembre 2008,
favorable à cette démarche et l'a fait savoir par courrier
dès le mois de janvier au Premier ministre, toute la population reste
mobilisée et attend la position du président de la République.

Alors que Jean-Louis Borloo vient de lancer le 27 février, le
"Grenelle de la mer", dont l'objectif annoncé est de doter notre
pays d'une véritable stratégie nationale, il serait
inconcevable que la France, forte de ses 11 millions de km2 de ZEE
répartis sur la planète (deuxième rang mondial), abandonne
sciemment, ne serait-ce qu'un bout de son territoire maritime.


Publié dans article sur le PRG

Commenter cet article