Radicalement votre.

Publié le par PRG

Sud Ouest le 28 Mars 2009

1948-1999. Dès ses 18 ans, l'étudiant en droit adhère au Parti radical, sous l'aile de Jacques Chaban-Delmas

Radicalement vôtre


Au terme, quasiment, d'une rétrospective qui nous aura fait redécouvrir l'orateur, le jouisseur, le provocateur et l'humaniste que fut Michel Crépeau tout au long de sa vie, il semble ainsi que ces traits de caractère illustrent en fait l'exacte définition du radicalisme de gauche. « Cette joie de vivre, le fait de croquer la vie à pleine dent et ce culte de l'entier, ce sont nos valeurs », répète aujourd'hui Jean-Michel Baylet, le président du PRG, qui lui rendra hommage demain matin à La Rochelle.

Alors étudiant en droit à Bordeaux et sous l'influence de Jacques Chaban-Delmas, c'est en 1948, dès ses 18 ans, que Michel Crépeau rejoint les rangs d'un Parti radical qu'il n'aura jamais, ou presque, la tentation de quitter. Un peu plus tard, en Charente-Maritime, c'est sous l'aile du sénateur André Dulin qu'il épanchera chaque semaine son radicalisme à « La Dépêche d'Aunis ».

Réforme constitutionnelle, guerre froide ou d'Algérie, antagonisme droite-gauche, tout est alors bon pour noircir des colonnes entières.

Bernard Tapie

Mendésiste passionné, il n'aura ensuite de cesse d'ancrer le Parti radical à gauche. « Pierre Mendès-France restera, plus que tout autre, son phare et son guide jusqu'au bout », expliquait en 2006 Pierrette Crépeau, sa première épouse (1). C'est donc avec méfiance d'abord, puis avec colère ensuite, que Michel Crépeau assiste successivement à la montée en puissance de Jean-Jacques Servan-Schreiber et Bernard Tapie. Il regrettera la « dérive droitière » du premier - élu en 1969 à la tête d'un parti déjà en crise - à l'aide d'arguments particulièrement implacables : « Le radical provincial comprenait mal un type qui bouffait des yaourts et buvait de l'eau de Vittel. Il était un peu mégalo, il faut dire. » Quelque temps plus tard, Michel Crépeau fondait le MRG. Quant à l'annonce de la candidature de Tapie aux Européennes de 1994, l'élu rochelais Jean-Pierre Chantecaille s'en souvient encore. « Nous sommes entrés ensemble dans la salle du conseil. Il savait que le parti voulait un élu de Charente-Maritime sur sa liste, alors il a prévenu tout le monde : "Vous êtes libres d'y aller, mais sachez que plus jamais vous ne travaillerez avec moi." »

Intransigeant, mais aussi borné parfois ont pensé certains lors de cette candidature à la présidentielle en 1981, qui ne l'empêchera pourtant pas de devenir l'un des ministres de Mitterrand.

Un quart de siècle après avoir récolté une belle veste et seulement 2,21 % des suffrages, force est de constater que ses héritiers ne font guère mieux. « Je pense que le courant humaniste des radicaux est beaucoup plus important que ça dans la population, notamment en Charente-Maritime, mais les gens, désormais, votent utile », assure malgré tout Jean-Pierre Chantecaille.

« Une grande fierté »

Mais au-delà de l'oeuvre environnementale rochelaise invoquée parfois jusqu'à la caricature, que reste-il aujourd'hui de l'oeuvre politique de Michel Crépeau ? « Eh bien justement, cette oeuvre environnementale », insiste Jean-Michel Baylet. « Nous en gardons, au PRG, une grande fierté parce que Crépeau fut le premier à avoir eu le courage et l'intelligence d'associer le développement durable à la gestion d'une collectivité locale, et avec une tout autre efficacité que les écologistes intégristes. »

Un patrimoine également revendiqué par Yann Juin, le jeune président des Radicaux de gauche en Charente-Maritime - par ailleurs maire d'Esnandes - héritier au sens quasi premier de Michel Crépeau. « Je l'ai connu lorsque j'avais cinq ans, il était venu inaugurer mon école. Le radicalisme, et son radicalisme à lui, ne sont pas morts. Le problème, c'est que nous sommes peut-être trop en avance sur notre temps, comme il le fut à son époque. Ce fameux développement durable bien sûr, de l'écologie humaniste, sans tout sacrifier à la nature, ça, c'est une vision profondément radicale. Et quand on écoute le programme de sa campagne présidentielle de 1981, on a l'impression qu'il avait déjà trouvé des solutions à la crise qui nous secoue aujourd'hui. Mais le PRG continue d'être victime de la bipolarisation de la vie politique, et peut-être aussi d'un déficit de pédagogie. Pourtant je suis convaincu que le PRG, et notamment ses valeurs laïques et républicaines, ont de l'avenir. Il suffit de voir le rejet du communautarisme dans les banlieues, voilà une différence essentielle avec certaines municipalités socialistes. Jamais un radical n'acceptera, par exemple, de séparer les hommes et les femmes dans les piscines. »

Quel avenir pour le PRG ?

Terminons par le petit bout de la lorgnette. Autrefois abonnés aux premières places en Charente-Maritime, les radicaux de gauche ne doivent-ils pas aujourd'hui leurs strapontins électoraux qu'à la mémoire de Crépeau, que le Parti socialiste continue ici d'entretenir ? « Ca m'étonnerait franchement », s'enflamme Yann Juin. « S'il reste par exemple autant de maires radicaux au sein de l'agglo rochelaise, c'est parce que nous remportons de vrais combats. Idem pour les cantonales, où des socialistes francs-tireurs n'ont pas hésité à batailler avec nous, comme à La Jarrie ou à Courçon. Mais regardez plutôt du côté de Saintes, où nous avons atteint les 16 % aux municipales, alors le PS, allié au PC et aux Verts, a fait péniblement 28 %. »

(1) « Michel Crépeau, une image rochelaise », d'Olivier Ginestet, publié chez Geste éditions.

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