Prêt à entrer à Bercy, Juppé zappe son serment bordelais

Publié le par PRG

Rue89 le 12 Avril 2009
« Je n'exercerai pas de mandat national. » Alain Juppé avait seriné la même rengaine tout au long de la
campagne des municipales de mars 2008 dans sa ville de Bordeaux. Ejecté de son siège de ministre de l'Environnement après un seul mois en fonction pour cause de défaite aux législatives en juin 2007, il savait que seul le crédo local pouvait lui assurer une survie politique.

Une ritournelle particulièrement entendue lorsque, toujours durant les municipales, une rumeur persistante bruissait : l'ancien Premier ministre serait catapulté au ministère de l'Economie dès sa réélection acquise. Là encore, l'intéressé s'était fendu d'un démenti cinglant :

« Je vois en permanence circuler dans la presse, je ne sais pas d'où ça vient, sans doute de mes adversaires, l'idée que je pourrais entrer au gouvernement au lendemain de ma réélection (…) Je vous le redis avec la plus grande fermeté : je n'en ai aucunement l'intention. »

 

Pas d'arrivée à Bercy donc, ni à aucun autre poste au sein du gouvernement « ni ce soir, ni demain, ni pendant toute la durée de mon mandat ». L'ancien Premier ministre voulait une campagne lo-ca-le. Pour rompre d'ailleurs avec tout symbole de politique nationale, aucun logo UMP ne figurait sur son matériel de campagne.

« Quel que soit les chants des sirènes »

La tactique fut gagnante et la victoire « au-delà de [ses] espérances ». Il l'emporte dès le premier tour avec 56,62% des suffrages -son meilleur score jamais atteint dans la capitale girondine- contre 34,14% des voix pour la liste PS-PRG-Verts-PC menée par le président socialiste de la région Aquitaine, Alain Rousset.

Aussi large soit-elle, il continue, au soir de la victoire, de distiller la même promesse : « Je me consacrerai, comme je l'ai dit, à gérer ma ville, quel que soit les chants des sirènes. » Oui, il est « attaché au mât bordelais ». (Ecouter le son)

 

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Et le maire fraîchement réélu de Bordeaux de se comparer à Ulysse, son Odyssée à lui étant de parvenir à retrouver toute sa splendeur dans son fief, après sa condamnation à un an d'inéligibilité dans l'affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris et son exil de douze mois au Québec.

« Je ne mangerai plus de cerises en hiver »

Les promesses en politique passent toutefois plus vite qu'un aller-retour outre-Atlantique. Un an après son plébiscite bordelais, il revient aux affaires nationales et internationales. Dans les médias d'abord, où la promotion de son dernier livre « Je ne mangerai plus de cerises en hiver » (éd. Plon) lui donne l'occasion de donner son avis -nécessairement critique- sur tous les sujets :

Sur le G20 : « S'agissant de la relance, on trouve peu de choses dans la communiqué final. Certes les moyens du FMI sont triplés, mais c'est pour lui permettre de venir en aide aux Etats menacés de faillite et, avec la Banque mondiale, aux pays en développement. Pour ce qui est des pays riches frappés par la récession, aucun engagement nouveau. » (Le 5 avril, sur son blog)

Sur le pape : « Ce pape commence à poser un vrai problème. Qu'une gamine de 9 ans qui a été violée, dont la vie est en danger, soit excommuniée, c'est une absence de charité chrétienne extraordinaire. Aller dire en Afrique que le préservatif aggrave le danger du sida, c'est d'abord une contrevérité et c'est inacceptable pour les populations africaines et pour tout le monde. » (Le 18 mars, sur France Culture)

 

« Si mon expérience peut servir, oui, pourquoi pas ?  »

Mais les médias ne lui suffisent pas. Interrogé samedi par Le Parisien sur le point de savoir s'il est « prêt à mettre son expérience au service du pays », Alain Juppé ne botte plus en touche. Au contraire, il répond sans ambages :

« Oui, car je reste passionné par les questions politiques, au sens le plus noble du terme, c'est-à-dire les grands sujets nationaux ou internationaux. »

 

Car revoilà le nom de l'ancien inspecteur des finances sur toutes les lèvres pour remplacer Christine Lagarde à Bercy, à la faveur d'un remaniement pressenti après les élections européennes de juin. Plus de démenti donc, ni même de précautions, pour l'ex-chiraquien, à l'idée de travailler à un poste-clé de la sarkozie :

« Je souhaite que le Président réussisse, je ne suis pas du tout dans une stratégie de critique ou d'affrontement à son égard, ce qui ne m'empêche pas de m'exprimer quand je ne suis pas d'accord. Si, par ailleurs, mon expérience peut servir, oui, pourquoi pas ?  »

 

Publié dans article sur le PRG

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