Bayrou, l’homme qui parle à l’oreille de la gauche

Publié le par PRG

Libération le 27 Avril 2009
Drôle de cas que celui de François Bayrou. Selon notre sondage Viavoice (1), le leader centriste apparaît bel et bien comme une des principales figures de l’antisarkozysme. Mais dans ce rôle d’opposant numéro 1 qu’il revendique dans son livre «Abus de pouvoir» (Plon) qui sort jeudi, il est devancé par Ségolène Royal et Olivier Besancenot. De plus, 41 % des Français souhaite une alliance PS-Modem pour gouverner le pays.

Une troisième place d’opposant pour une pole position

Avec 21 % des Français à le considérer comme une des personnalités politiques qui s’opposent le mieux à Nicolas Sarkozy, le président du Modem devance certes Martine Aubry. Mais se retrouve derrière Ségolène Royal (29 %), sa concurrente à la dernière élection présidentielle, et derrière Olivier Besancenot (26 %). Pour 18 % des sympathisants de gauche, le Béarnais incarne mieux cette figure du meilleur d’opposant que Dominique Strauss-Kahn (15 %) ou que Bertrand Delanoë (11 %). A six semaines des européennes, généralement défavorables à la majorité en place, les électeurs, tentés d’envoyer un signe fort de défiance au gouvernement, se retournent donc naturellement vers le PS. Ou ils optent pour des voies plus radicales comme celle d’Olivier Besancenot. D’autant que l’entourage du chef de l’Etat ménage assez ostensiblement le leader du Nouveau Parti anticapitaliste. Une manière de diviser la gauche. Mais cette stratégie pourrait servir les intérêts de François Bayrou. En 2007 déjà, une majorité de Français le jugeait comme le plus à même de l’emporter devant le candidat de l’UMP. A force de jouer l’affaiblissement des socialistes, Sarkozy prend le risque de faciliter l’accession au second tour de la présidentielle d’un adversaire capable de l’emporter face à lui, en attirant sur son nom une partie des bulletins de gauche.

Les électeurs de gauche tentés par une union

La possible présence du candidat du Modem au second tour de la présidentielle de 2012 entraîne forcément la question des alliances. Et là, les socialistes risquent d’être plongés dans un abîme de perplexité. A 41 % (contre 52 %), les personnes interrogées se déclarent favorables à une alliance de gouvernement entre le Modem et le PS. Un taux qui s’élève même à 56 % chez les électeurs de gauche et à 65 % chez les sympathisants socialistes, à 64 % pour les proches du Modem. La stratégie des alliances s’était déjà imposée en 2007, au lendemain du premier tour, quand Ségolène Royal avait voulu se rapprocher de François Bayrou. Elle continue à diviser les socialistes. Récemment encore, François Hollande proposait au centriste «une clarification des convergences et des divergences» et, le cas échéant, d’«en tirer les conclusions». Une option prématurée pour le patron du Modem. Bayrou a donc réussi une partie de son pari initié lors de son refus d’appeler à voter Sarkozy au second tour de la présidentielle et lors de la création du Modem, en décembre 2007. Il a réussi à faire oublier ses habits d’ancien homme de centre droit, de président de l’ex-UDF et ses passages successifs dans des gouvernements de droite. Le leader centriste est désormais socialo-compatible.

Grincements de dents à droite

Conséquence de ce glissement à gauche, les sympathisants de droite cultivent désormais à son égard un fort sentiment de mauvaises opinions à plus de 61 %. Plus de la moitié des personnes interrogées (57 %) avoue avoir une bonne opinion de lui. Une proportion qui grimpe même jusqu’à 71 % chez les sympathisants socialistes.

Trois ans pour se construire une stature de présidentiable

Si Bayrou est jugé honnête (67 %), compétent (61 %) et dynamique (59 %), un Français sur deux seulement (51 %) le considère comme ayant la stature d’un homme d’Etat et 44 % sont d’un avis inverse. Seulement 44 % le trouvent «rassembleur», sans doute le revers de son rôle d’opposant à Sarkozy. Une faiblesse qui risque de lui compliquer la tâche en 2012.

(1) Sondage réalisé du 23 au 25 avril 2009 auprès de 1 020 personnes.

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