L'inexorable chute de la participation aux Européennes

Publié le par PRG

Le Figaro le 28 Avril 2009
Les abstentionnistes sont de plus en plus nombreux à cette élection : ils sont passés, en vingt-cinq ans, de 37 % des inscrits à 57,4 %.

Depuis 1979, date de la première élection du Parlement européen au suffrage universel, la participation électorale hexagonale se réduit comme peau de chagrin. Et les oracles sondagiers sont formels : au soir du scrutin du 7 juin, les abstentionnistes devraient encore constituer le premier parti de France (*).

Au terme d'une croissance quasi linéaire depuis trente ans, l'abstention est passée de 37 % des inscrits en 1979 à 57,4 % en 2004. Désormais, plus d'un électeur sur deux boude les urnes.

En 2004, la division du territoire en huit circonscriptions interrégionales, présentée comme un moyen de rapprocher du terrain les eurodéputés, n'a pas enrayé la désaffection des électeurs. Bien au contraire. La descente aux enfers de la participation va en s'accélérant. En tête du palmarès des records d'abstention, la consultation de juin 2004 a aggravé le score de 1999 (53,24 % des inscrits contre 57,4 % cinq ans plus tard).

Convaincus que leur vote ne changera rien, les Français estiment que le Parlement européen reste trop éloigné de leurs préoccupations quotidiennes. Toutefois, la géographie de l'abstention illustre l'opposition entre la France rurale, plus participative, et la France urbaine, plus abstentionniste. Avec des nuances entre départements « bourgeois », plus civiques, et départements « populaires » plus abstentionnistes : en 2004, la participation du Pas-de-Calais était de 28,3 %. Fait nouveau : les électeurs ont nettement boudé les urnes en Moselle, dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin, trois départements jusque-là très civiques et très proeuropéens.

 

Le traumatisme de 2002

 

Paradoxalement, le scrutin génère un vote d'humeur contre la politique gouvernementale. Cette attitude électorale favo­rise l'émergence de forces protestataires ou thématiques (extrême gauche, mouvements ruraux, etc.) ; outre la «consécration» d'une personnalité (Bernard Tapie en 1999), elle encourage les velléités d'indépendance des petites formations (Verts, PCF, PRG), qui font alors campagne sur leurs propres thématiques, alors que dans les scrutins purement hexagonaux ces petits partis recherchent des alliances avec des formations hégémoniques, notamment avec le PS.

Cependant, le traumatisme de l'élection présidentielle de 2002 a contribué à réduire l'ampleur d'un mouvement où chacun fait campagne sur son programme. En 1999, les listes classées «divers», qui cumulaient 12,4 % des suffrages exprimés, ont perdu la moitié de leurs suffrages (6,2 %) cinq ans plus tard. Cette tendance à la bipolarisation entre la gauche et la droite républicaine a laminé l'extrême gauche et Chasse Pêche Nature et Traditions.

La gauche en général et le PS en particulier ont tiré les bénéfices de ce face-à-face. Avec 28,9 % des suffrages exprimés en 2004, le PS a assuré l'un de ses meilleurs résultats électoraux, asseyant sa domination sur un PCF marginalisé (5,2 %) et sur les Verts (7,4 %), en recul de deux points sur leur score de 1999.

Le scrutin de 2004 a aussi transformé la droite, comparaison faite avec ses résultats de 1999. Certes, elle a pâti de l'affaiblissement des souverainistes à l'étiage : les listes MPF et RPF ont cumulé 8 % en 2004 au lieu de 12 % cinq ans plus tôt. Cependant, avec 16,8 % des voix, l'UMP a amélioré de plus de quatre points le résultat calamiteux des listes RPR-DL de 1999 (12,5 %). Parallèlement, l'UDF a conforté son implantation, notamment dans des terres étrangères à la démocratie chrétienne (Ile-de-France, Sud-Ouest, Est). Elle a capitalisé 12 % des suffrages quand elle n'en recueillait que 9,2 % au scrutin de juin 1999.

Cinq ans après sa scission «mégré­tiste», et malgré la concurrence des souverainistes, le Front national a reconquis la totalité de l'espace de l'extrême droite (9,8 % des suffrages exprimés en 2004, contre 5,7 % des voix exprimées en 1999). Il conserve ses bastions du Nord-Ouest (12,9 %), du Sud-Est et de l'Est (12 %). Sans parvenir, cependant, à s'affirmer en Ile-de-France dont la liste était menée par Marine Le Pen.

(*) Le sondage Eurobaromètre, effectué dans les 27 États membres sur des échantillons représentatifs, État par État entre janvier et février 2009, prévoit une participation de 34 % pour l'ensemble des États de l'Union et de 47 % pour la France.

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