Les "Primaires ouvertes" dernières chance du PS?

Publié le par PRG

Le Monde le 28 Avril 2009
Et si l'organisation de primaires ouvertes aux sympathisants pour désigner le porte-drapeau socialiste en 2012 constituait la dernière chance du PS ? La dernière chance de remporter la présidentielle mais aussi d'échapper à un inexorable déclin. De Manuel Valls à Arnaud Montebourg en passant par Piere Moscovici, ils sont nombreux à s'en dire persuadés. Non pas que les primaires constituent une panacée. Ce mode de désignation, perfectionné par les américains, les grecs ou les italiens dans des contextes très différents représente, selon ses partisans, une condition nécessaire mais pas suffisante pour revitaliser la gauche. En revanche, pour ses détracteurs, de telles primaires placeraient le PS sur une pente savonneuse et en feraient un ersatz du parti démocrate américain. Loin de la tradition séculaire de la gauche française.


S'il est une question qu'il faudra bien trancher dans un proche avenir, c'est bien celle-là. D'ailleurs, la discussion est déjà officiellement lancée. Un groupe de travail (animé par Arnaud Montebourg et Olivier Ferrand, président de la fondation Terra Nova) réunit chaque semaine des représentants de toutes les sensibilités du PS afin de baliser le terrain. Fin juin ou mi-juillet un rapport dressant l'inventaire des points de convergence et de divergence sera présenté devant le Bureau national. Il servira de base aux débats qui devront déboucher, en décembre, dans le cadre de la convention nationale de la rénovation. A l'orée d'un débat qui devrait rebondir dans les mois qui viennent, on peut d'ores et déjà passer en revue les tenants et aboutissants de ces primaires ouvertes.

LES ATOUTS- Inviter les électeurs de gauche à choisir, sans intermédiaire, celui ou celle qui portera leurs couleurs face au président sortant constituerait un formidable levier pour lancer la candidature socialiste plaident les convaincus. Fort(e) d'un soutien populaire - on évoque la participation de quatre millions d'électeurs - autrement plus large que celui engendré par le vote de 200 000 adhérents du PS en 2006, le ou la candidat(e) bénéficierait d'une légitimité considérable et d'une vraie « vitesse acquise » au moment de lancer sa campagne. Ces serait aussi un bon moyen de faire le plein des voix de gauche dés le premier tour. Face à Nicolas Sarkozy investi par l'UMP sans réel concurrent, François Bayrou désigné par Marielle de Sarnez et Olivier Besancenot intronisé par un NPA au fonctionnement guère moins archaïque que feue la LCR, le candidat socialiste pourrait se prévaloir de l'onction démocratique. En outre, ces primaires ouvertes aux sympathisants imposeraient au PS de sortir de ses enjeux internes pour s'ouvrir enfin vers l'extérieur en mettant en exergue des éléments de débat susceptibles de concerner l'opinion de gauche. L'antithèse du congrès de Reims, en quelque sorte. Last but not least, cette consultation à laquelle les participants s'inscriraient contre le versement de 5 ou 10 euros permettrait de financer la campagne électorale grâce à un système de « petits dons ». Comme celle de Barack Obama, pardi.
LES RISQUES - A contrario, les adversaires des primaires font valoir que ce système qui n'a eu d'effet positif qu'une fois sur deux en Italie enfermerait pendant plusieurs mois le PS dans une campagne électorale interne, forcément éprouvante, éventuellement déprimante et d'autant plus violente qu'elle se tiendrait sur la place publique. En fait, leur principale objection porte sur la conception du parti induite par un choix qui aboutirait de facto à retirer aux adhérents du parti socialiste la responsabilité de choisir leur présidentiable. Contraint de complaire aux sympathisants, ce dernier serait immanquablement tenté de se fier plus volontiers aux sondages qu'aux fruits des réflexions de l'intellectuel collectif que constitue le parti. Bref, le PS deviendrait un rassemblement de supporteurs chargés de coller des affiches et de faire du porte à porte une fois tous les cinq ans. Risque connexe; augmenter le risque de voir le candidat, consacré par les sympathisants, se dresser ccontre la direction du parti, élue par les militants.

LES QUESTIONS A TRANCHER - Elles sont nombreuses et touchent au calendrier (opter pour le printemps ou l'automne 2011 ?), à des considérations techniques (pourra-t-on voter via internet ?) et, surtout, politiques. Certains suggèrent d'élargir la primaire aux autres partis de la gauche. Hypothèse peut envisageable dans la mesure où ces derniers seraient quasiment sûrs d'être battus tout en se privant des aides publiques liées à une candidature présidentielle. D'autres interrogations surgissent. Quels critères de sélection adopter pour faire émerger les candidats à la candidature et organiser leur confrontation publique ? Organisera-t-on un ou deux tours de scrutin ? Devra-t-on faire adopter le programme du parti avant les primaires ? Et dans l'affirmative, comment obtenir de l'heureux élu qu'il s'y conforme ? On le voit, rien n'est simple.

QUI EST POUR ? A priori, les pro-primaires sont aujourd'hui les plus nombreux. Parmi les plus chauds partisans, on recense les signataires de la motion E de ségolène Royal, les strauss-kahniens de toutes obédiences et les amis d'Arnaud Montebourg qui, après la VI ème République, se considère investi d'une nouvelle mission historique. Les partisans de Benoît Hamon ne sont pas contre.

QUI N'EN VEUT PAS ? François Hollande est opposé aux primaires au nom du maintien de la primauté des militants. Et peut-être aussi parce que sa cote de popularité dans l'opinion lui offre assez peu de chances d'être plébiscité par les sympathisants. Pour les mêmes raisons, Laurent Fabius voit les primaires ouvertes d'un très mauvais œil. Cela posé, on peut retourner le compliment et remarquer que les personnalités les plus en cour dans les sondages - Ségolène Royal mais aussi DSK - sont celles qui réclament l'organisation de ces primaires avec le plus d'insistance. Reste le cas de Bertrand Delanoë. Evoquer la désignation du candidat socialiste à la présidentielle par les sympathisants peut provoquer des montéers d'urticaire dans les rangs de sa famille d'origine, celle des jospiniens. Or, le maire de Paris sait aussi qu'il est sans doute plus populaire dans l'opinion publique que dans les rangs de son propre parti. Alors, il préfère dégager très loin en touche lorsqu'on lui pose la question...

ET QU'EN PENSE MARTINE AUBRY ? Cette problématique va à l'encontre de la stratégie de la première secrétaire qui, soucieuse de conserver tout son petit monde autour d'elle, se garde bien d'évoquer la perspective de la présidentielle. C'est pourquoi elle a réprimandé Arnaud Montebourg, trop prolixe à son goût à propos des primaires. Et décidé de repousser à la fin de l'année l'organisation de la convention consacrée à la rénovation qui devra faire trancher la question par les adhérents.

En conférence de presse, chaque fois que les primaires reviennent sur le tapis, Martine Aubry répond que d'autres dossiers sont plus urgents. Pour elle, il faut d'abord rénover le parti et son programme avant de se préoccuper de la désignation de son champion. Ce raisonnement, qui a sa logique, indique que la première secrétaire ne considère pas les primaires ouvertes comme un élément central de la modernisation du PS. Dans son entourage, on juge qu'il serait « anormal » d'accorder au sympathisant « qui ne s'est donné que le mal de se déplacer » un pouvoir de décision égal à celui du militant dévoué et fidèle. Peut-être, Martine Aubry considère-t-elle que donner les clés de 2012 aux sympathisants avantagerait Ségolène Royal alors que le vote des adhérents du parti lui serait plus favorable. Une opinion qui pourrait évoluer si, d'aventure, la maire de Lille prenait de l'assurance à la tête du PS.

Jean-Michel Normand

Publié dans article sur le PRG

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