Bayrou, l'ego centriste

Publié le par PRG

La Dépêche du Midi le 8 Avril 2009
éditorial
I l suffit de publier un livre, et si possible une manière de pamphlet par lequel on dénonce les abus supposés du prince, pour qu'aussitôt son auteur apparaisse aux yeux des chroniqueurs avec l'auréole du rebelle. C'est ainsi de François Bayou et de son livre, « Abus de pouvoir » (Éditions Plon), réquisitoire appuyé contre le régime sarkozyen, et qui, dans le rayonnage politique, pourrait connaître deux semaines de succès. Au moins parle-t-on de lui, ce qui est essentiel lorsqu'on imagine répondre à un destin.

Passons sur sa diatribe contre le Président. Elle recense en quelque sorte tout ce qui a déjà été écrit et redit sur Nicolas Sarkozy, « l'enfant barbare », son entourage, ses affidés et la propension du pouvoir à combler les puissants et les riches. Au-delà de quelques bons mots qui veulent égratigner, l'intérêt de ce genre d'exercice, lorsqu'il est signé par un homme politique, est précisément d'accoucher une perspective politique, une théorie, sinon les prémices d'un programme. En la matière, rien ou trop peu.

Tout y passe pourtant des valeurs qui lui sont chères : la République, la laïcité ou encore l'humanisme. Elles lui sont chères mais il n'est tout de même pas le seul à partager ces valeurs, initiées de longue date par les radicaux, ceux qu'on appelait alors les républicains, puis par une grosse partie de la gauche française. Quant à la famille d'origine de notre bon apôtre, la démocratie-chrétienne, elle a longtemps douté de la République et si peu prisé la laïcité - lui-même, ancien ministre de trois gouvernements de droite, ayant tenté de réformer la loi Falloux chère aux laïques ! - qu'on se demande en définitive si notre Béarnais n'a pas viré casaque pour des motifs, louables peut-être, mais résolument terre-à-terre : la présidentielle de 2012. On l'a vite compris : c'est sa vraie bataille, la seule qui va bien à son ego-centrisme.

Le choix, pour Bayrou, était d'une grande limpidité politicienne. Jamais, en dehors de Giscard en 1974, le centre-droit n'a été en mesure d'emporter une élection nationale. De Barre à Balladur, ses candidats ont toujours été devancés par la droite pure et ses gros bataillons. élevé au centre-droit, notre Bayrou tire, au soir du premier tour de la présidentielle 2007, une conclusion évidente : il lui faut désormais se positionner au centre-gauche. Ici, l'horizon lui paraît dégagé par les divisions socialistes. Celles-ci sont forcément sa seule chance.

Mais qu'un(e) candidat(e) s'impose à gauche et l'échafaudage Bayrou s'écroule. Il serait ainsi naïf de l'imaginer cédant aux sirènes sur sa gauche. Dans sa dialectique, pas de place pour la moindre connivence, puisque c'est sur les bordures du PS qu'il veut chasser, c'est sur ce terrain qu'il lance ses chevaux les plus iconoclastes - à commencer par Jean-François Kahn.

Mais un livre-brûlot ne dure que le temps de tourner les pages, une posture de rebelle ne résout en rien les problèmes du moment, et un calcul politique, si futé soit-il, ne fait pas un commencement de doctrine

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