Parlons Net : interdire les listes Dieudonné, mode d’emploi

Publié le par PRG

Cette semaine Parlons Net reçoit Roger-Gérard Schwartzenberg, RGS pour "faire vite", il vient de publier L’Etat Spectacle 2 aux éditions Plon, suite de L’Etat Spectacle publié en 1977.

 

Ancien président du mouvement des radicaux de gauche, ancien ministre, ancien député, ancien député européen, ancien élu local, Roger-Gérard Schwartzenberg est avant tout professeur de droit. Avec lui on évoquera l’actualité de la semaine, l’Etat spectacle et internet bien sûr, le parti socialiste, les européennes, les radicaux, Bernard Tapie et aussi l’état de la recherche et de l’université française.
La communication gangrène la politique. Fort de ce constat, RGS dresse une classification par genres. Il y a les « dirigeants de charme », les Ségolène Royal, Cristina Kirchner, Ioulia Tymochenko, qui usent de leur pouvoir de séduction. Mais également les « common people », ces politiques qui jouent la carte de l'ordinaire pour parvenir à leurs fins, tels François Fillon ou Jean-Pierre Raffarin.

Nicolas Sarkozy se retrouve, lui, taxé d'« hybride ». Celui qui ne se prive jamais de charmer son auditoire ne perd pas non plus une occasion de faire montre de son attachement à la culture populaire : le chef de l'Etat se dit « enfant de la télé », a beaucoup « souffert » à la lecture de « La Princesse de Clèves », écoute Johnny et Obispo dans son iPod…

« Négationnisme et antisémitisme le plus odieux »

Il est toutefois un ovni politique que l'ancien député-maire de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne) se refuse à classer : Dieudonné, un « bouffon triste » faisant preuve « d'un négationnisme et d'un antisémitisme le plus odieux ».

Raison de cette saillie ? La polémique qui enfle autour de la participation alléguée d'une liste autoproclamée « antisioniste » et menée par Dieudonné en le-de-France aux élections européennes du 7 juin prochain.

« Est-ce qu'on peut se présenter aux élections avec un programme ouvertement antisémite ? » s'est récemment questionné Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée. Avant de préciser que l'étude d'une interdiction était en cours :

« Les pouvoirs publics sont en train de voir si ces initiatives tombent sous le coup de la loi. »

 

Une déclaration loin de faire l'unanimité dans le cercle politique. « A quoi joue l'Elysée et à quoi joue M. Guéant ? Pourquoi ce coup de pub ? » s'est offusqué Benoît Hamon, porte-parole du PS. A l'instar du président du MoDem, François Bayrou :

« Cette déclaration du secrétaire général de l'Elysée, c'est une manière de le mettre en scène. »

 

« Notre ami Guéant, notre attaché de presse »

L'intéressé n'a d'ailleurs pas manqué de s'engouffrer dans la brèche. « Nous allons répondre à M. Guéant, notre ami Guéant, (…) notre attaché de presse », a lancé Dieudonné ce vendredi, rapporte Reuters, lors d'une conférence de presse dans son théâtre de la Main d'Or, où il présentait ladite liste :

« Nous avons été extrêmement vigilants sur le fait qu'il n'y a absolument aucun antisémite dans la liste. (…) Il y a en revanche énormément d'antisionistes. (…) Nous sommes le seul mouvement antisioniste face à une multitude de partis qui sont quand même essentiellement gangrenés par le sionisme. »

 

Reste que la présentation de cette liste, sur laquelle figure l'écrivain ex-FN Alain Soral et le président du Parti antisioniste de France Yahia Gouasmi, ne signifie pas que Dieudonné se présentera bien aux élections européennes. Encore faut-il qu'elle soit acceptée et surtout complète, comme l'a relevé Reuters :

« La liste fournie par les proches de Dieudonné ne comportait ce vendredi que 17 noms alors que la loi en réclame 26 pour être recevable dans la circonscription Ile-de-France. La clôture des listes est fixée au 22 mai. »

 

Quoi qu'il en soit, Alain Soral a estimé que les élections européennes « ne servent pas à grand chose », le Parlement européen n'étant qu'une « chambre d'enregistrement » et la campagne une simple « tribune » pour lutter contre le « puissant lobby sioniste ».

« Obligés de financer une propagande raciste »

Faisant fi une fois de plus de l'impact médiatique, de la publicité que cela peut faire ou non à Dieudonné, Roger-Gérard Schwartzenberg affirme qu'il est tout de même « en accord » avec la « démarche légitime » de Claude Guéant, car « la campagne de Dieudonné va être une campagne antisémite ». Et de se justifier en s'appuyant notamment sur le système de financement politique français :

« L'Etat et les contribuables seraient alors obligés de financer une propagande raciste. »

 

RGS, agrégé de droit public à l'âge de 26 ans et professeur depuis quarante ans à l'Université Panthéon-Assas à Paris, s'interroge cependant sur le moyen de parvenir à cette interdiction (invalidation des listes, sanction d'éventuels propos tenus durant la campagne…) et aurait préféré que Claude Guéant attende d'être « sûr de pouvoir mener à bien cette opération au plan juridique » avant d'en parler publiquement.

« Parlons Net », le club de la presse Internet de France Info, animé par David Abiker, avec Xavier Monnier de Bakchich.info, Eric Mettout de Lexpress.fr et Julien Martin de Rue89.

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