La mémoire de l'esclavage

Publié le par PRG

Ouest France le 10 Mai 2009

Aujourd'hui 10 mai, nous commémorons l'abolition de l'esclavage qui a constitué un crime contre l'humanité. La loi Taubira du 10 mai 2001 le dit ainsi : « La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du XVe siècle aux Amériques et aux Caraïbes, dans l'océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime l'humanité ».

Cette loi qui porte le nom d'une députée de Guyane est une avancée majeure au pays des droits de l'homme, où l'esclavage n'a été aboli qu'en 1848 un siècle avant la déclaration universelle des droits de l'homme de1948, car elle marque un pas décisif dans la marche du temps.

Jusqu'à ce que la loi mette fin à ce commerce, l'asservissement des uns par les autres a toujours accompagné les mouvements de l'histoire, quand les vainqueurs s'arrogeaient toute puissance sur les vaincus, quand le privilège distinguait l'homme libre de son serviteur. Avant que la traite européenne ne prenne une ampleur mondiale à partir du quinzième siècle, ce commerce était déjà largement pratiqué en Orient comme en Afrique où ce sujet reste tabou aujourd'hui encore.

Les pyramides d'Égypte, la grande muraille de Chine comme toutes les merveilles du monde, le Taj Mahal aussi bien que nos châteaux forts, tous les temples à la gloire de l'art doivent certes leur beauté au génie des architectes mais ils portent aussi le poids de l'esclavage. Toutes leurs pierres sont liées par le sang de la souffrance des hommes que d'autres hommes ont asservis, quand l'homme était réduit à n'être qu'un moyen alors qu'il est une fin. Le progrès de l'homme a été de lui redonner son statut : un homme est libre, un homme est un homme et cela vaut de tous temps car sans universalité rien n'a vraiment de sens. La notion de crime contre l'humanité n'est pas anachronique : la qualité d'homme ne se partage pas. Nos ancêtres serfs comme les esclaves sujets du « code noir » de Louis 14 étaient bien des hommes !

La mémoire a un visage : les Antilles métissées ou chabines et mulâtres sont le témoignage vivant que la colonisation s'est nourrie de l'esclavage.

La mémoire est un rempart contre les tentatives d'embellissement des civilisations. La mémoire de la traite transatlantique devrait suffire à écarter toute velléité d'accorder à la colonisation le bénéfice de prétendus effets positifs.

Il est bien que cela soit inscrit dans la loi qui protège l'homme contre lui-même.

Hervé Bertho

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