Européennes : temps de parole, le cadeau fait à François Bayrou

Publié le par PRG

Rue 89 le 15 Mai 2009
Pressenti au gouvernement, le président des centristes au Sénat lui a offert un cadeau d'adieu : vingt minutes de spots électoraux.

François Bayrou présente les listes du Modem le 20 avril (Philippe Wojazer/Reuters)

Attention, modèle de tambouille politique ! Dans les deux dernières semaines de campagne des élections européennes, du 25 mai au 5 juin, les partis politiques en lice se partageront trois heures de spots électoraux sur les télévisions et radios publiques.

Les groupes parlementaires, à l'Assemblée nationale et au Sénat, parrainent les partis politiques de leur choix pour deux de ces trois heures d'antenne. Six partis se partageront ce temps de parole. La dernière heure sera divisée entre dix-huit autres partis qui en ont déjà fait la demande (NPA, FN, Europe Ecologie…), s'ils déposent une liste dans au moins cinq circonscriptions.

Dans ces six partis qui trusteront télés et radios, on retrouve évidemment l'UMP, le PS, le Nouveau Centre, le PCF, mais également, et c'est plus surprenant, le PRG et le MoDem. Surprenant pour le PRG car ils ne devraient pas présenter de listes aux européennes, mais ont un groupe au Parlement (ils pourraient soutenir un autre parti ou critiquer le mode de scrutin). Et pour le MoDem, puisqu'il ne dispose pas de groupe ni à l'Assemblée nationale ni au Sénat.

Qui a donc permis au parti de François Bayrou de disposer de vingt minutes de spots multidiffusés (deux heures divisées par six partis) au lieu des trois minutes et vingt secondes qui reviendront aux autres partis qui n'ont pas été parrainés ? Réponse : le groupe Union centriste du Sénat, au sein duquel les alliés au MoDem n'ont pourtant pas la majorité !

La voix prépondérante de Michel Mercier

Selon nos informations, la scène se déroule il y a quinze jours, lors d'une réunion dudit groupe. Un vote est organisé parmi les vingt-neuf membres. Résultat : vingt-deux suffrages exprimés, onze pour, onze contre. Mais le vote du président de groupe, le sénateur du Rhône Michel Mercier, est prépondérante. Et ce dernier a opté pour le parrainage du MoDem.

La décision a de quoi interpeller. Si Michel Mercier demeure trésorier du MoDem, il n'est plus depuis longtemps sur la même ligne politique que François Bayrou. Le président du MoDem s'est mué en farouche opposant à Nicolas Sarkozy, qui le lui rend bien ; alors que le trésorier du même parti est plus que pressenti pour faire son entrée au gouvernement, via le ministère de l'Agriculture que laissera vacant Michel Barnier.

Pour comprendre ce vote, il faut se plonger dans les affres des divisions centristes. Si à l'Assemblée les choses sont claires (le Nouveau Centre a vingt-et-un députés, le MoDem trois), c'est loin d'être le cas au Sénat.

Sur les vingt-neuf membres du groupe Union centriste, dix sont au Nouveau Centre et dix-neuf à l'UDF-MoDem (cette dénomination demeure pour des raisons de financement des partis politiques). Mais, parmi ces dix-neuf, seuls six soutiennent François Bayrou. Les treize autres sont en majorité derrière l'ex-ministre Jean Arthuis, réunis sous la bannière Rassembler les centristes, dans l'attente d'un hypothétique rassemblement.

Michel Mercier tente lui, tant bien que mal, de maintenir une certaine cohésion : avoir un groupe permet de peser sur les débats au Parlement. « Il fait aussi le job pour Nicolas Sarkozy », commente un membre du Nouveau Centre. Traduction : il incite ses collègues à voter en faveur des textes du gouvernement.

« Leur long passé politique commun »

Pourquoi l'oeil de Nicolas Sarkozy a-t-il donc fait ce cadeau à François Bayrou ? L'intéressé a refusé de répondre aux questions de Rue89, mais le décryptage est aisé pour l'un de ses collègues au Sénat :

« C'est un dernier cadeau à Bayrou pour solde de tout compte de leur long passé politique commun, avant que Mercier ne rejoigne probablement le gouvernement. Il y a une sorte de boyscoutisme chez les centristes… L'Elysée n'en a tenu rigueur à personne dans le groupe, ils ont été grands seigneurs dans cette affaire. »

 

Les sénateurs encartés au Nouveau Centre, qui ont tous voté contre cette initiative, rongent leur frein en silence, même s'ils disent comprendre le sens du choix de Michel Mercier, davantage politicien que politique. L'un d'eux :

« Ce n'est pas un choix politique. D'ailleurs, on n'aurait pas dû voter, il ne fallait pas parrainer de parti. Mais bon, on a quand même une vie de groupe à gérer et il y avait quelques tensions. On ne voulait pas continuer à faire la guerre à Bayrou. Et c'est aussi un enjeu démocratique car Bayrou va faire au moins 10% aux européennes. »

 

« J'espère que Bayrou aura un sursaut d'éthique »

Jean Arthuis avait lui choisi de voter blanc. L'influent président de la commission des Finances au Sénat ne souhaitait pas s'opposer par principe au parrainage du MoDem par le groupe Union centriste, malgré ses craintes :

« Parrainer est un grand mot, disons qu'on ne s'y est pas tous opposés. Essentiellement pour ne pas victimiser Bayrou : qu'aurait-il dit si nous avions décidé du contraire ? Mais j'espère qu'on n'aura pas à la regretter et que ça lui permettra d'exprimer ses idées sur l'Europe. Parce que, pour l'instant, on semble déjà dans une pré-présidentielle. J'espère qu'il aura un sursaut d'éthique. »

 

Des craintes que la publication du récent livre de François Bayrou, « Abus de pouvoir » (éd. Plon), ne devraient pas faire s'envoler. Le président du MoDem y dépeint un Nicolas Sarkozy en « enfant barbare ». On a hâte de voir ce que cela donne en vidéo.

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