Les européennes, nouvel épisode des aventures de Bayrou

Publié le par PRG

Rue 89 le 19 Mai 2009

C'est la dernière tendance : les élections du 7 juin ne seraient qu'un sondage pour savoir qui pourrait battre Sarkozy en 2012.

 Cochez l'une des deux réponses suivantes :

- Le candidat du PS, parce qu'il pourra rassembler la gauche, l'extrême gauche, et entraîner des électeurs venant d'ailleurs ;
- François Bayrou, parce qu'il dépassera le clivage gauche-droite et offrira une solution à tous ceux qui voudront en finir avec le sarkozysme.
Poser ce genre de question a-t-il un sens trois ans avant l'échéance ? Non, bien sûr. Pourtant, on ne parle que de cela, au point que les élections européennes du 7 juin semblent n'avoir qu'un enjeu en France : le PS va-t-il sauver ou, au contraire, voir remis en question son rang de parti de second tour, face à la droite, dans la compétition présidentielle ?

Bayrou, une posture mitterrandienne pour un résultat à la Poher ?
Cette extravagance est largement une création médiatico-éditoriale centrée -c'est le cas de le dire- sur la personne de François Bayrou. En lieu et place d'un débat européen complexe, mais seul pertinent (et seul capable de donner aux gens envie d'aller voter, puisque c'est de l'Europe qu'il s'agit), on nous sert un nouvel épisode de « Jacquou le Croquant contre le comte de Nansac ». Plus banalement, c'est toujours le monsieur qui n'arrête pas de vous expliquer tout le mal qu'il faut penser de la présidence de la République aussi longtemps que ce n'est pas lui qui l'exerce.

Appuyé sur un succès de librairie qu'il est impossible de chiffrer, le député des Pyrénées-Atlantiques se réinvente aujourd'hui en nouveau Mitterrand, qui viendrait régénérer la gauche comme le député de la Nièvre dans les années 1970. Ce scénario trouve preneurs, qui oublient que ledit Mitterrand avait participé à des gouvernements de gauche (dignement avec Mendès France, piteusement avec Guy Mollet, mais bon) et qu'il dirigeait lui-même, au début de la Ve République, une formation non pas du centre, mais de gauche.

S'il faut trouver un précédent au parcours qu'imagine Bayrou, c'est celui d'Alain Poher en 1969. Propulsé au second tour par l'effondrement des socialistes, ce démocrate-chrétien, président du Sénat, avait tenté de rassembler tous les antigaullistes contre Georges Pompidou, lequel l'avait emporté dans un fauteuil.

Le PS est-il aujourd'hui dans une situation comparable ? Le score que les sondages lui promettent correspond au niveau où il s'est presque toujours situé depuis trente ans que les élections européennes existent, entre 20% et 23% des suffrages exprimés. Il y a eu deux exceptions : 1994, quand la liste conduite par Michel Rocard est descendue à 14,5% (après la raclée des législatives de l'année précédente et concurrencée par la liste radicale de gauche de Bernard Tapie), et 2004, année où le PS, sous la direction de François Hollande, avait atteint près de 29% dans une dynamique de colère contre Jacques Chirac et de revanche sur la présidentielle de 2002.

Quant au MoDem, qui voudrait déposséder le PS de l'accès au second tour de la présidentielle, il est situé loin derrière par les sondages. Rien n'indique un mouvement vers le parti centriste. Au contraire, les électeurs de Bayrou qui s'étaient reportés sur Sarkozy, au second tour, il y a deux ans, ne reviennent pas vers le MoDem. Où sont-ils ? Mystère. Pas à l'UMP, en tout cas, puisque malgré son alliance avec le Nouveau Centre, elle atteindrait un score légèrement inférieur à celui de son président en 2007.

Quoi qu'il en soit, autant qu'à l'écart entre le score du PS en 2004 et aujourd'hui, le député des Pyrénées-Atlantiques et ses thuriféraires devraient s'intéresser à l'écart entre les voix qu'il a obtenues en 2007 et celles dont son parti est crédité maintenant. Un gros quart de ses électeurs, à voir les sondages, n'est pas convaincu par son activisme.

Ce que l'on attend du PS
Pour le Parti socialiste, un résultat autour de 22%, inférieur d'environ 4 points à celui de Ségolène Royal au premier tour de la présidentielle, serait, par rapport à cette élection, une déperdition comparable à celle de l'UMP et moindre que celle du MoDem. Cependant, le pic de 2004 indique que le PS avait été capable, alors, de fédérer le mécontentement des électeurs de gauche qui avaient voté pour Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen en 2002 et qui se sentaient floués. Pourquoi ne bénéficie-t-il pas davantage de l'hostilité envers Sarkozy dont retentit la sphère médiatique et que vérifient, à un degré moindre, les sondages ?

Peut-être parce que l'antisarkozysme ne souffle pas aussi fort que l'a cru Martine Aubry quand elle placé sa campagne sous le signe du vote-sanction. Sans doute aussi parce que, s'il s'agit d'exprimer son exécration du président de la République, il y a des vecteurs plus percutants que le Parti socialiste : Olivier Besancenot ou François Bayrou.

Mais l'explication principale de la performance moyenne promise aujourd'hui au PS tient dans le fait que, de ce parti, on attend autre chose : un projet et, en l'espèce, un projet européen. Sa direction a fini par le comprendre et parle du « Manifesto », programme du Parti socialiste européen. Ce qui manque toujours, c'est un objectif, une personne pour l'incarner et une stratégie pour l'atteindre. Par qui remplacer José Manuel Durão Barroso à la présidence de la Commission, avec quels alliés et pour faire quoi ?

Photo : François Bayrou et Marielle de Sarnez à un meeting à Paris le 13 mai 2009 (Gonzalo Fuentes/Reuters).

 

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