Cette élection sans passion qui peut bouleverser l'échiquier politique

Publié le par PRG

Le Progrès
Le 23 Mai

Les meetings n'attirent que les obligés et les convaincus. Les sondages prédisent une abstention massive. Le scrutin en France a été rendu illisible par un découpage en grandes régions totalement incohérent. Entre la peur de perdre leur emploi, les mécontentements sociaux diffus, les passionnantes fins de saison sportives et les ponts de mai, les Français ont la tête ailleurs qu'à l'Europe.

Cette élection du 7 juin ne s'annonce pas vraiment « sexy ».

En plus, les partis n'y mettent pas du leur. Les programmes ne décoiffent pas, ne brillent pas par leur imagination. Chacun ressort des thèmes ressassés depuis 10 ans, de campagnes en congrès, accommodant tout cela à la sauce européenne. Ainsi, le FN rabâche sa préférence nationale, de Villiers son non à la Turquie, Besancenot l'interdiction de licencier, les Verts le zéro OGM et le 30 % bio.

Le PS croit-il motiver l'opinion avec son stop Barroso? (Barro qui?). L'UMP ne dit toujours pas comment il compte moraliser le capitalisme financier. Bayrou dénonce les transferts d'usines vers les pays de l'est sans apporter de solutions.

La campagne officielle qui s'ouvre aujourd'hui fera-t-elle s émerger de grandes idées et de vrais débats. L'harmonisation fiscale, le transport des marchandises, l'adéquation de la formation aux métiers de demain, le vieillissement de la population, la sauvegarde de l'industrie, la construction politique de l'Europe… Non, les débats donc les enjeux resteront franco-français.

Pourtant tous ont peur de ce scrutin. Tous sauf Nicolas Sarkozy.

Il a été vacciné : en 1999: tête de liste de feu le RPR cette année là, il a subi la pire déculottée pour un candidat de droite. Il s'en est remis. Dix ans plus tard, le Président sait qu'il peut compter sur un noyau dur d'électeurs mobilisés donc sur un score situé entre 25 % et 30 % selon le curseur de l'abstention. Personne ne peut en dire autant. Les sondages annoncent le PS entre 20 % et 23 %. Comme avec Mitterrand en 1979, Jospin en 1984, Fabius en 1989 considérés alors comme des battus. Comme aussi du temps de François Hollande en 1999 et 2004, désigné... grand vainqueur parce qu'arrivé nettement en tête. Aux Européennes comme au tour de France, le score compte moins que le classement.

Le PS aborde la campagne avec deux problèmes majeurs

Le sien d'abord. «Les socialistes feraient mieux de parler un peu moins entre eux. Il faut enterrer son ego» implorait encore hier le jeune porte-parole Benoît Hamon. Querelles de personnes, batailles de courant, têtes de listes contestées, haines recuites dominent toujours l'actualité des socialistes, brouillés avec leurs alliés les plus fidèles comme les radicaux de gauche. Le PS ne se remet pas de cette élection interne calamiteuse, de cette guerre des dames qui perdure. Aubry ne se remettrait pas d'une défaite de plus de 5 points d'écart. Et Royal sera tenue responsable de la situation.

«L'autre problème, c'est que toutes les listes sont antisarkoziennes» soupire Jean-Christophe Cambadelis, membre du bureau politique. De Besancenot à Le Pen via le Modem ou la Nouvelle gauche de l'alliance Melenchon- communistes, le point numéro un du programme de campagne, c'est cogner sur la politique du gouvernement et le style du Président. L'Europe arrive loin derrière d'autres thèmes très franco-français. Les mécontents auront donc un choix très large. En plus de celui de l'abstention . «Selon les sondages, il y a 73 % d'anti-sarkosystes» veut se rassurer Cambadelis. Oui, mais ceux qui restent suffisent à la victoire du Président.

Pascal Jalaber

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