Étienne Forest et la politique : l'engagement sans compter

Publié le par PRG

La Voix du Nord le 23 Mai 2009

RENCONTRE 
Étienne Forest a été un agitateur d'idées durant la campagne des municipales lilloises, militant notamment pour une autre façon de faire de la politique. S'il faisait parfois figure d'Indien dans la ville, il y a surtout laissé des plumes.

PAR EMMANUEL CRAPET

Étienne Forest, candidat social-démocrate aux dernières élections municipales, a fait pile poil le score qui avait été annoncé dans les sondages un mois avant le scrutin : 1 % des voix. Au regard de l'abstention fleuve de mars 2008, ça fait 642 Lillois qui ont soutenu le centriste jusque dans les urnes. Le gaillard avait pourtant sué sang et eau durant les six mois qui ont précédé l'élection. « On a essayé d'innover dans la façon de faire campagne », résume l'intéressé. Il a organisé un concert de rap à la Halle aux sucres on l'a croisé en ville sur un pousse-pousse tous les jours, il trouvait une façon originale d'occuper le terrain.

Paradoxalement, dans les états-majors des partis politiques, on disait de la candidature d'Étienne Forest qu'elle était une virgule dans Les Misérables mais, dans le même temps, on présentait le personnage tantôt comme un trublion tantôt comme un farfelu. En 1989, quand il s'était présenté sur la liste Lille-Quartiers, on lui avait taillé le même costard. Il n'est ni trublion ni farfelu. En revanche, il aura été un caillou dans la chaussure de Jacques Richir, empêchant le candidat du MoDem d'aller plus loin que les 7 %.

Étienne Forest a quitté le paysage médiatique, mais pas la scène politique. À la fin de l'année dernière, Martine Aubry a moyennement apprécié son « entrée » dans la majorité municipale, par le truchement de son adhésion au Parti des radicaux de gauche (cher à Jacques Mutez). Dès que des boucliers se lèvent en ville, certains, sous le beffroi, se demandent s'il n'y a pas du Forest là-dessous ; c'est lui prêter une influence que lui-même récuse.

La piscine de Fives

En revanche, il reste un observateur attentif de la vie de la cité. Il s'intéresse au devenir de Saint-Sauveur (où il avait rêvé pendant la campagne d'un quartier du futur avec de grandes tours), de Fives (« La piscine qu'on annonce sur le site de FCB, c'était dans notre programme ») ou des Bois-Blancs...

Il a aussi été contraint de lever le pied et de prendre du recul. « J'ai trop forcé sur la machine », dit le Lillois. Avoir battu le pavé de 6 h à minuit pendant six mois, ça a laissé des traces : « J'ai eu des petits problèmes de santé », reconnaît-il encore. Un diabète s'est déclenché tout de suite après les élections. Étienne Forest a payé de sa personne mais également au sens premier du terme. Jouer en politique dans la cour des grands a un prix : 35 000 E. « J'ai vendu des actions pour 20 000 E - c'était juste avant la crise, c'est un moindre mal ; et j'ai fait un emprunt pour les 15 000 restants que je continue à rembourser tous les mois.

 » Pour mémoire, il faut avoir fait plus de 5 % pour être remboursé par l'État de ses frais de campagne. «  J'ai pris personnellement ce risque financier. Je n'ai pas voulu mettre en danger les gens qui m'ont accompagné. » Professionnellement, Étienne Forest n'a pas non plus totalement repris une activité normale. L'industrie pharmaceutique qui l'emploie depuis une vingtaine d'années et dans laquelle il tient des responsabilités syndicales s'est réorganisée. Il ne s'occupe plus des appels d'offre mais se retrouve sur la route pour aller à la rencontre de ceux qui luttent contre la sclérose en plaques.

Publié dans article sur le PRG

Commenter cet article