"L'Etat spectacle 2", de Roger-Gérard Schwartzenber PRG : la politique sous anesthésie

Publié le par PRG

Le Monde le 1 Juin

S'il existait un prix de la déprime accordé à un livre, L'Etat spectacle 2, de Roger-Gérard Schwartzenberg, pourrait figurer au palmarès. Cela fait plus de trente ans que l'auteur observe la prise de possession de la politique par l'image, qui réduit le combat des idées à un affrontement de personnes et, en définitive, à un concours de marketing. Nous sommes arrivés, estime-t-il, au "stade suprême de l'exhibition politique". Recevez dès 9 heures les titres du journal à paraître dans l'après-midi Abonnez-vous au Monde.fr : 6€ par mois + 30 jours offerts Sur le même sujet "La politique, autrefois, c'était des idées" ; aujourd'hui, ce ne serait plus qu'"attitudes et postures", "artifices et illusions". Principale responsable de cette dégradation, ce que l'ex-ministre de la recherche (2000-2002) et toujours président d'honneur du Parti radical de gauche appelle la "médiasphère" et, au premier rang, la télévision. La télévision est devenue, en un demi-siècle, la principale source d'information mais aussi d'asservissement de la pensée politique. L'écrit, lui, qui privilégie l'analyse et le jugement au pathos et à l'émotion, est en crise. "Plutôt qu'une tribune, la télévision est devenue une vitrine", analyse Roger-Gérard Schwartzenberg. Les personnages qui occupent le devant de la scène politique sont désormais ceux qui ont su le mieux apprivoiser l'outil télévisuel. Il en dresse la typologie. Ce n'est pas la partie la plus passionnante de l'ouvrage, même si elle foisonne de références. La politique est-elle condamnée à se laisser submerger par la "dictature de l'image" ? Pour l'auteur, les choses sont claires : "La politique de l'image, c'est la fin de la politique." Cela signifie que la séduction - du latin seductio, action de corrompre - aura pris le pas sur la conviction. Qu'en définitive se détachera du casting celui ou celle qui, entouré de ses spin doctors et autres experts communicants, sera passé maître dans l'art de manipuler l'information. "Miser sur l'Etat spectacle, c'est miner la démocratie", déplore l'ancien député au Palais-Bourbon et au Parlement européen. Le choix des citoyens, observe-t-il, n'est plus entre des programmes, des idées, des opinions. La communication ne s'encombre pas de cela. Elle préfère les images aux idées. Le summum de la démission - de la part des médias - fut atteint lors de la dernière campagne présidentielle lorsque les images des meetings de Nicolas Sarkozy étaient fournies aux télévisions par la société de production mise en place pour la campagne du candidat. Contrôle absolu. L'auteur, cependant, nous invite à ne pas baisser les bras. "La meilleure arme, rappelle-t-il, c'est l'information." Puissent les médias ne pas l'oublier.

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