Les trois derniers scrutins européens

Publié le par PRG

Le Monde le 3 Juin

En 1994, un an avant l'élection présidentielle qui portera Jacques Chirac à l'Elysée, le scrutin du 12 juin est marqué par l'effondrement de la liste socialiste conduite par Michel Rocard. Avec 14,4 % des voix, l'ancien premier ministre n'est qu'à 2 points du souverainiste Philippe de Villiers (12,3 %), qui remporte sa première grande victoire en agrégeant l'électorat de droite hostile à l'Europe. L'aventure personnelle de Bernard Tapie, qui s'est obstiné à maintenir sa liste radicale avec les encouragements de François Mitterrand, porte un coup rude au PS et à Michel Rocard. Quelques jours après l'élection, mis en minorité au conseil national, M. Rocard démissionnera de son poste de premier secrétaire. La droite, alors au pouvoir (Edouard Balladur est premier ministre), se réjouit de son avance sur le PS. Mais le score à deux chiffres du Front national (10,5 %), en légère baisse par rapport à l'élection européenne de 1989 (11,7 %), stabilise le parti de Jean-Marie Le Pen à un niveau élevé dont il ne décrochera plus jusqu'au 21 avril 2002.


En 1999, le séisme frappe cette fois la droite. Alors qu'en Europe les partis conservateurs triomphent et que le Parti socialiste européen (PSE) perd 34 sièges, les divisions de la droite française sur la question européenne et le retour au bercail des radicaux permettent au PS, alors au gouvernement sous la houlette de Lionel Jospin, d'arriver en tête. Le parti de Jacques Chirac, le RPR, a d'abord choisi Philippe Séguin, opposé au traité de Maastricht, qui a démissionné le 16 avril. Nicolas Sarkozy l'a remplacé au pied levé, mais l'UDF de François Bayrou, "séguino-incompatible", a fait liste à part. Le résultat est rude pour le parti de M. Chirac (12,8 %), qui arrive derrière Philippe de Villiers (13 %). Les Verts, conduits - déjà - par Daniel Cohn-Bendit, devancent de 3 points le PCF, et deviennent la deuxième force de la "gauche plurielle".

En 2004, le scrutin a lieu un an avant le référendum sur la Constitution européenne, mais aussi trois mois à peine après les élections régionales qui ont vu le PS rafler 20 régions sur 22. Dans la dynamique de cette victoire, il poursuit sa course avec un score écrasant (28,9 %) de 12 points supérieur à celui de l'UMP. Le parti du premier ministre Jean-Pierre Raffarin est en outre talonné par François Bayrou, encore président de l'UDF, qui frôle les 12 %. Le FN, à qui l'atomisation de la droite avait porté préjudice lors du scrutin de 1999 (5,6 %), retrouve la santé et double pratiquement son score (9,8 %).

Christine Garin

Publié dans article sur le PRG

Commenter cet article