Le nouveau règlement, une occasion de jouer le consensus

Publié le par PRG

Le Monde le 3 Juin

Après l'Assemblée nationale, le Sénat s'est à son tour doté, mardi 2 juin, d'un nouveau règlement. Conséquence de la réforme constitutionnelle, il réorganise les rapports entre majorité et opposition dans le travail parlementaire.

Là où les députés s'étaient déchirés pendant deux semaines pour aboutir à un constat de désaccord, il aura suffi aux sénateurs d'une journée pour parvenir à un résultat plus consensuel. Seuls les sénateurs du groupe communiste et du Parti de gauche, et les Verts, ont voté contre, tandis que le PS et les radicaux de gauche s'abstenaient.
L'ambiance au Palais du Luxembourg est assez différente de celle de l'Assemblée. On a passé moins de temps à des luttes internes", se félicite Gérard Larcher, le président du Sénat, vantant "la qualité du dialogue entre les présidents de groupe". Le sénateur (UMP) des Yvelines va jusqu'à évoquer une "coproduction" entre Jean-Jacques Hyest, le président (UMP) de la commission des lois, et Bernard Frimat, vice-président (PS) du Sénat, membre de cette commission. Il ne tarit pas d'éloges à propos de Jean-Pierre Bel, président du groupe socialiste, dont il loue la "démarche constructive".

Cette apparente connivence entre les deux principales composantes de l'institution a le don d'énerver les groupes dits minoritaires, qui suspectent "les gros" de s'entendre sur leur dos et de ne leur laisser que "des miettes". "Le PS et l'UMP se partagent les postes", peste Yvon Collin, le président (PRG) du groupe Rassemblement démocratique et social européen (RDSE).

M. Bel se défend de toute collusion. "L'opposition n'est pas mieux respectée dans le Sénat d'aujourd'hui que dans celui d'hier", assure-t-il. S'il reconnaît à M. Larcher "un réel savoir-faire" en matière de négociation, il refuse de considérer qu'il incarnerait une "rupture" par rapport à son prédécesseur : "Il est l'otage de sa majorité. Son seul objectif est d'empêcher que la droite puisse devenir minoritaire au Sénat", analyse le sénateur de l'Ariège.

Les équilibres instables nés du dernier renouvellement sénatorial dictent pour partie la ligne de conduite de M. Larcher. La majorité est fragile, l'UMP ne détenant plus "que" 151 sièges sur 343. Il lui faut donc rechercher des alliances, négocier des compromis. La situation n'est pas pour lui déplaire. "Le fait majoritaire est une chose mais, aujourd'hui, il est important de s'adapter à un Sénat qui a une majorité composite", explique-t-il. "Mais c'est aussi une question de culture, ajoute-t-il. Dans cette maison, on préfère le dialogue aux invectives."

M. Larcher joue délibérément la carte du consensus. Le prochain renouvellement aura lieu à l'automne 2011, quelques mois avant l'élection présidentielle. La majorité se jouera à quelques sièges. Le président qui en sortira devra être un fin négociateur.

Patrick Roger

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