Européennes: une abstention record relativiserait la portée des scores

Publié le par PRG

PARIS, 4 juin 2009 (AFP) - Une abstention record, proche ou supérieure à 60%, est attendue dimanche aux élections européennes, selon les derniers sondages, ce qui inquiète les partis en lice et devrait relativiser la portée politique de leurs scores.

L'abstention est "le pire adversaire", déclarait dès mi-mai Michel Barnier, tête de liste UMP en Ile-de-France.

Et à J-3, les appels à voter se multipliaient. Jeudi, Nicolas Sarkozy a demandé aux Français de défendre leurs "convictions" en allant voter et sur son site Désirs d'avenir, Ségolène Royal les a invités à se déplacer "massivement".

Les instituts de sondage s'accordent sur une abstention historique le 7 juin. Ipsos table sur une fourchette entre 58 et 62%, Ifop cite le chiffre de 63%. En 2004, elle s'était élevée à 57,2%.

Or, à un tel niveau, "chaque camp va avoir des pertes, mais inégalement réparties", analyse Jérôme Fourquet, d'Ifop.

Les jeunes et les catégories populaires sont les plus susceptibles de s'abtenir, selon les instituts, ce qui pourrait pénaliser le NPA d'Olivier Besancenot et aussi le Front national.

Pour le parti de Jean-Marie Le Pen, à l'"abstention sociologique" s'ajoute une "abstention politique", l'électorat du FN étant plutôt hostile à l'Europe, explique M. Fourquet.

Même l'UMP, dont l'électorat, plus âgé, est traditionnellement plus mobilisé, pourrait être touché, peut-être victime de son avance continue dans les sondages, qui découragerait certains de se déplacer.

Toutefois, Gaël Sliman (BVA) observe qu'une faible participation profitera "forcément à l'UMP". Ce sont les électorats "les plus structurés" qui se déplaceront dimanche, plus âgés, plus favorisés, c'est-à-dire "le coeur de l'électorat UMP".

C'est le NPA qui devrait le plus souffrir, s'accordent Gaël Sliman et François Miquet-Marty (Viavoice), car son électorat puise davantage chez les jeunes et dans les minorités.

Pour expliquer le peu d'attrait des Français pour le scrutin européen, des constats sont faits régulièrement: Europe lointaine, Parlement méconnu, euro-circonscriptions artificielles.

Mais d'autres explications peuvent être avancées. Ces élections ne sont pas "la préoccupation" des citoyens. Ce scrutin est "décalé", "incongru", juge M. Miquet-Marty.

En outre, les principaux partis ont choisi de faire une campagne courte, et "on ne corrige pas en trois mois ou en trois semaines de campagne trente ans de silence" sur l'Europe, a noté M. Barnier.

Mais le désintérêt des Français prendrait aussi ses racines en 2005, selon le leader du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon.

"Des gens ont l'impression qu'on se moque d'eux parce que quand ils ont voté en 2005, on n'a tenu aucun compte de leur vote non", a-t-il dit, affirmant que le traité de Lisbonne, ratifié par le Parlement en 2008, n'est que "le copié-collé" de la Constitution européenne rejetée par les Français.

Si deux Français sur trois boudent les urnes dimanche, la photographie politique sera "tronquée" et l'interprétation devra être "prudente", averti M. Fourquet.

Un parti sera en tête et donc vainqueur, l'UMP à en croire les sondages, mais il ne faudra pas en tirer des conclusions trop affirmées notamment sur les régionales de 2010, dont les enjeux et le scrutin (à deux tours) sont différents, explique l'analyste d'Ifop.

"Il faudra tempérer les enseignements sur les élections ultérieures", abonde M. Miquet-Marty.

Pour autant, selon Gaël Sliman, quel que soit le taux de participation, "in fine, on fera le total des voix de droite et des voix de gauche", "on se focalisera sur l'écart entre l'UMP et le PS".

 

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