Ce que Sarkozy veut changer

Publié le par PRG

Le Figaro 5 Juin 2009
Carl Meeus

Le chef de l'Etat ne veut pas lier l'action de son gouvernement aux résultats du scrutin de dimanche. Remaniement et modification des structures gouvernementales seront pourtant au menu des prochaines semaines.

Le 7 juin ne marquera pas un tournant dans le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Quel que soit le résultat des élections européennes de dimanche, le chef de l'Etat ne veut pas en faire un événement politique majeur.

Tout d'abord parce qu'il sait que ces élections n'ont jamais véritablement structuré la vie politique nationale. Favorisant la dispersion, ce scrutin peut briser des carrières (comme celle de Michel Rocard en 1994), mais confirme rarement une ascension. Sinon, Bernard Tapie, Charles Pasqua, Philippe de Villiers ou Jean-Pierre Chevènement auraient connu un autre destin.

Ensuite, parce que le taux d'abstention élevé ne permet pas d'avoir une vision précise de l'état des forces politiques. Si Nicolas Sarkozy n'a pas l'intention de s'exprimer solennellement à l'issue du vote, le chef de l'Etat sera dimanche à l'Elysée avec ses plus proches conseillers pour tirer les premières leçons d'un scrutin où les listes UMP-Nouveau Centre étaient les seules à défendre sa politique. Si la coalition hétéroclite des oppositions ne l'inquiète pas pour le moment, l'absence de réserves de voix pourrait se révéler délicate pour les prochaines élections - régionales, présidentielle et législatives. La question de l'existence, au côté de l'UMP, d'un parti ami captant l'électorat centriste sera inévitablement posée dès la semaine prochaine. Nicolas Sarkozy y est-il prêt ? Rien n'est moins sûr ! «Il préférera toujours un adversaire à un ami nuancé», regrette un élu.

Depuis plusieurs semaines, ceux qui participent tous les mardis au petit déjeuner de la majorité ont constaté que le Président intervenait moins et demandait davantage leur avis à ses convives. Evitant de dévoiler ses choix futurs pour ménager un effet de surprise, Nicolas Sarkozy veut également montrer qu'il a changé avec la crise. Fini la période où tout pouvait arriver lors d'un déplacement, une phrase malheureuse dans un discours sur les enseignants-chercheurs et leurs résultats «médiocres», une réplique un peu trop spontanée lors de sa visite au Salon de l'agriculture - le désormais fameux «casse-toi, pauvre con!». Depuis, l'image du Président est mieux contrôlée, ses sorties plus maîtrisées. «C'est un effort qu'il s'impose», confirme un de ceux qui travaillent avec lui. Les déplacements dans les lycées où il écoute davantage qu'il ne parle, évitant d'interrompre ses interlocuteurs, illustrent parfaitement ce nouveau style. «Il fait des efforts pour retrouver la dimension présidentielle», assure un de ses proches. «C'est l'effet d'une réflexion sur lui-même, complète un autre. Ce n'est pas de l'éloignement, mais davantage de maîtrise et de recul.»

Pas de réponse politique à la crise économique

Dans cette optique, le chef de l'Etat ne veut pas donner l'impression de ne s'occuper que de politique politicienne en passant son temps à concocter le prochain remaniement. Il l'a répété à plusieurs reprises à ses interlocuteurs : il ne veut pas que les Français pensent qu'il apporte une réponse politique à une crise économique mondiale.

Pour autant, annoncée par l'Elysée depuis plusieurs mois, rendue obligatoire par les départs au Parlement européen du ministre de l'Agriculture, Michel Barnier, et de la garde des Sceaux, Rachida Dati, la modification de l'équipe gouvernementale risque d'occuper les esprits dès le lendemain de ce 7 juin. Même si l'Elysée dispose de plusieurs semaines pour remplacer les nouveaux élus qui n'entreront au Parlement qu'à partir du 13 juillet, il voudra peut-être éviter le feuilleton médiatique des rumeurs sur les noms des nouveaux entrants et des futurs sortants.

A ce petit jeu, Claude Allègre a pris une longueur d'avance sur les autres impétrants. Mais, à l'instar de ces coureurs cyclistes qui lancent une échappée trop loin de la ligne d'arrivée, il a pris le risque d'être rattrapé et de retomber dans l'anonymat du peloton. Comme le rappelle un ami de Nicolas Sarkozy : «Tout président de la République a horreur de lire dans la presse ce qu'il va faire.» Et s'il considère que l'ancien ministre de Lionel Jospin est un formidable «agitateur d'idées», il pourrait lui préférer un radical de gauche comme Roger-Gérard Schwartzenberg, qui a déjà occupé la fonction de ministre de la Recherche sous Jospin, de 2000 à 2002. L'appel historique des radicaux de gauche à ne pas voter pour les listes du PS le 7 juin ne devrait pas rester sans réponse politique de l'Elysée.

D'autant que Nicolas Sarkozy considère que les vertus de l'ouverture existent toujours. Certes, les personnalités de gauche qui franchissent le Rubicon n'apportent pas de voix à la droite, mais elles permettent au chef de l'Etat d'éviter les mauvaises querelles comme les attaques sur la mainmise d'un clan. Au-delà des noms régulièrement cités (les centristes Maurice Leroy et Michel Mercier, le socialiste guadeloupéen Victorin Lurel ou le radical corse Paul Giacobbi), il y a tous ceux qui envoient spontanément leur candidature au secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, dont le bureau croule sous les CV de ceux qui se vantent d'avoir travaillé dix ans sur tel sujet ou d'avoir été rapporteur au Parlement sur tel autre.

Mais davantage que les titulaires de portefeuille ministériel, la réflexion du chef de l'Etat et de ses conseillers porte sur les nouvelles priorités de l'action gouvernementale. Sans vouloir amorcer dès à présent l'acte II de son quinquennat, Nicolas Sarkozy devrait apporter quelques inflexions à son action. La question de la ruralité fera l'objet d'un projet de loi d'ici à la fin de l'année. Le chef de l'Etat veut en faire une de ses priorités. De même, dans le cadre de la réforme de la justice, il y aura des avancées importantes sur les libertés, notamment sur la détention préventive mieux encadrée. Nicolas Sarkozy n'a pas l'intention d'enterrer la réforme des collectivités locales ni l'ouverture du capital de La Poste. Il devrait également prendre de nouvelles initiatives sur le développement durable.

«Arrêtez de me parler des sondages »

Mais surtout, le chef de l'Etat va devoir trancher un débat entre ses conseillers et ses ministres sur l'opportunité de poursuivre le rattachement de l'Emploi à Bercy ou au contraire de le faire revenir dans le giron du ministère du Travail. «C'est une vraie valeur ajoutée d'avoir mis l'Emploi à Bercy, juge un conseiller du Président. Dans la crise, on voit l'intérêt d'avoir une seule structure pour gérer les accidents industriels.» Ira-t-il aussi jusqu'à accéder à une demande récurrente de la CGT d'avoir un ministère de l'Industrie autonome, qui marquerait la volonté de l'Etat de mener une véritable politique industrielle ?

«Arrêtez de me parler des sondages! Ce qui compte, c'est ce que l'on fait», a récemment lancé Nicolas Sarkozy à ses conseillers qui lui montraient sa cote de popularité. Le chef de l'Etat sait que les difficultés sont devant lui. Depuis le début de la crise, la cellule économique lui apporte tous les jours sur son bureau une note de trois pages sur l'évolution de la conjoncture. Il en ressort que la France s'en sort finalement mieux que ses voisins et qu'un certain nombre d'indicateurs redeviennent positifs. Mais les économistes lui ont également expliqué qu'il y aurait un décalage d'au moins six mois entre la véritable sortie de crise et la perception par les Français d'une amélioration de leur situation. C'est ce temps-là qu'il va devoir gérer à partir de la rentrée de septembre. Il pourra alors méditer ce proverbe ivoirien que son ami Brice Hortefeux aime à citer : «Quelle que soit la durée de la nuit, le soleil finit par arriver.»

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