Nos spots chouchous de Bruxelles

Publié le par PRG

Paru dans Libération du 6 juin 2009
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

En hommage à l'hymne européen et avant le vote de dimanche, « Libération » décerne ses Odes d'or aux meilleurs clips de campagne.

Ode d'or du costume pour Marie-George Buffet - DR

N'en déplaise à François Bayrou, nous aussi, on les aime petits et tout mignons, les spots de la campagne officielle. Car les élections européennes, ce sont aussi ces pastilles rafraîchissant l'haleine politique, exhalant un vent de ­fraternité entre les peuples... Ah, l'Union des gens dont les futurs élus reverseront leurs 7 000 euros d'émoluments à une association humanitaire  ! Oh, Europe Démocratie Espéranto qui veut aider la konstruadon de pli demokratia EŭropUnio  ! Mais les places sont chères. Seules ont droit à un spot, les listes parrainées par des partis ayant des élus au Parlement français, ainsi que celles qui se présentent dans au moins cinq des huit circonscriptions. Du coup, on ne peut que rêver du spot de la liste Cannabis sans frontière. Pour autant, au vu des 23 films, y en a qui ont abusé de l'herbe qui rend sot. Mais tous ont désormais la même chance de remporter une Ode d'or. L'Ode d'or  ? La statuette (un buste de Robert Schumann compressé) créée par Libération en hommage à l'hymne européen l'Ode à la joie de Beethoven qui sacre la stupéfiante créativité des spots de campagne. Nous déclarons la première cérémonie des Odes d'or ouverte.

Ode d'or du doublage
A l'UMP, on est des foufous. On parle tous comme Xavier Bertrand. Ou - allez les gars, sex, and drugs and rock'n'roll - Michel Barnier. Pour séduire le jeune, l'UMP nous a pondu un lip-dub, soit un clip tourné dans une boîte dont les employés chantent sur un air connu afin de souder l'esprit d'entreprise mieux qu'un saut à l'élastique. Là, c'est sur du Xavier Bertrand qu'on fait du play-back. Voilà donc notre Xaxa face caméra (derrière lui, un livre, Environs de la Marne et leurs peintres, mais on s'en fout) qui commence à déblatérer quand soudain, la caméra l'abandonne pour se fixer sur une jeune femme qui mime les mots de Xaxa. Et la farandole s'enchaîne  : une usine dont les ouvriers parlent tous le Bertrand couramment, un tracteur dont descend un paysan vilipendant la Turquie au son de Xaxa et hop, et hop, jusqu'à revenir à Xaxa et son livre Environs de la Mar... mais on s'en fout.

Ode d'or du costume
La récompense ne pouvait échapper à Marie-George Buffet, même si Nathalie Arthaud avec sa panoplie de SuperArletteGirl avait ses chances. Dans le clip du Front de gauche où se succèdent les trois leaders de l'alliance dans une chorégraphie à la Kamel Ouali, Buffet est une prêtresse de la misère sociale jusque dans cette bure noire d'encre qui la vêt. « Arrêtons cela », ­implore-t-elle. Elle lève les paumes, l'étoffe de la bure glisse, dévoilant de blancs poignets aux ­attaches patinées à la distribution de l'Humanité sur les marchés. « Mettez vos luttes dans les urnes », prêche la bure et non, il n'y a pas de ­contrepèterie.

Ode d'or du scénario
Drôle d'histoire que celle d'Annick du Roscoät qui préside le Centre national des indépendants et paysans (CNI). Deux personnes sont venues la voir, dit-elle, pour l'« emmener quelque part ». Annick, il faut dire un peu imprudente, a confié ses clés et sa voiture à la première. Résultat  : « Elle m'a fait faire le tour du village. » Rebelote avec la seconde personne à qui cette écervelée d'Annick confie clé et voiture. « Je me suis retrouvée sur un parking. » Dis donc, Annick, tu serais pas un sous-marin de Cannabis sans frontière, des fois  ? « Moralité  : je garde mes clés, je prends le volant. » Le rapport avec la choucroute européenne  ? En gros, le CNI veut conduire l'Europe. Ou la voiture.

Ode d'or de l'actrice
Remis sans hésitation à Elise. Oui, la Elise du Nouveau centre qui nous explique qu'elle « est née en 1979 », en même temps que les premières élections européennes. Vu la touche d'Elise - cheveux en pétard et air décavé -, on dirait qu'Elise a fait la fête au Macumba depuis 1979. Au fil des ans, Elise passe par les looks les plus improbables (Curiste fluo dans les années 80, chemise de bûcheron et marteau à la main pour casser le mur de Berlin en 1989, tailleur mémère dans les années 2000). Mais pourquoi donc la meilleure actrice  ? Parce qu'Elise est une véritable militante du Nouveau centre (il y en a). Et qu'elle s'appelle en fait Laure. Le changement patronymique est subtil, révèle-t-on chez Hervé Morin  : « Elise... élections... » Capice  ?

Ode d'or du son
Pardon, du fond. Du blanc, du rouge... Un festival permis par les moyens techniques mis à disposition par le CSA. Les riches partis peuvent faire appel à des boîtes de prod pour tourner jusqu'à 50 % de leurs spots. Les autres  ? Ils ont le fond réglementaire. Rouge pour Lutte ouvrière (attention, il y a peut-être un sens caché) où nous sommes au regret de signaler un gros plan tout à fait bourgeois sur Nathalie Arthaud. ­Funky moumoute pour le Modem où l'orange du logo sur le fond blanc vous déclenche un décollement instantané de la rétine.

Ode d'or de l'animation
Un genre prisé, las, souvent réalisé au Télécran. Chez Europe Ecologie, une gentille petite étoile vient sauver le maïs des OGM, éliminer la corruption et enfin encadrer le visage de Daniel Cohn-Bendit dans un effet spécial à faire frémir de honte Ed Wood. Au Parti humaniste, qui lutte contre le nucléaire, une Terre gribouillée au feutre s'orne d'une mèche  : c'est de la bombe, bébé.

Ode d'or d'honneur
A chaque cérémonie, son prix spécial remis à l'acteur mal en point au cas où il claquerait avant la prochaine édition  : une standing ovation pour le... PS  ! Et ce malgré son spot tristounet (réalisé par Capa) qui tient de la pub pour un yaourt au bifidus  : des jeunes, des vieux, des Noirs, Martine Aubry...

Ode d'or de l'accessoire
Remis aux ouaouas de Philippe de Villiers. « Voilà ce qu'ils ont fait de l'Europe », s'insurge une mâle voix pendant qu'une main froisse un bulletin « Non » et le jette aux toilettes. Le CSA, qui veille au grain, a tiqué mais a jugé que le propos « restait dans les limites de la libre polémique ». Un accessit au paillasson du même Villiers où est inscrit « Référendum » et sur lequel des pieds qu'on imagine technocratiques viennent s'essuyer.

Ode d'or de la musique
Il est pour Francis Lalanne (Alliance écologiste indépendante) et son sautillant brame (« Qu'est-ce qu'on attend pour faire place nette  ?/Pour dépolluer la planète ? »), mais uniquement s'il jure et crache qu'il arrête de chanter en cas d'élection.

Ode d'or du figurant
Trop gentils, les Radicaux de gauche de venir nous polluer avec, en fond sonore, un ersatz de Jean-Michel Jarre. Surtout pour venir pleurnicher qu'ils ne se présentent pas. Merci, les gars.

Ode d'or de l'espoir
Décerné au Parti pour la décroissance. C'est du Godard  : en fond sonore, un brouhaha. Qui s'éteint. Un micro truc apparaît, en haut, à gauche. C'est un escargot rouge qui traverse l'écran, à toute lenteur tandis que ces mots s'inscrivent  : « Prenons le temps de réfléchir. » D'accord...

Ode d'or du spot
Des images de manif, à la sono le Ministère des affaires populaires (« Quand faut y aller, faut y aller ») et Olivier Besancenot sur fond de HLM. Une Ode d'or bien méritée au spot du NPA. Mais c'est esthétique, hein.

Paru dans Libération du 6 juin 2009

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