Sur l'échafaud électoral

Publié le par PRG

Sud Ouest le 7 Juin

De Chirac à Rocard, en passant par... Sarkozy, ils sont nombreux à avoir buté sur un scrutin pas comme les autres
Y aura-t-il une victime politique de ces élections européennes ? Ce serait conforme à une « tradition » qui s'est instaurée au fil des scrutins. La plus célèbre reste à ce jour Michel Rocard. Congédié de Matignon en 1991 alors qu'il était au faîte des sondages, il s'était emparé à la hussarde du Parti socialiste après la cuisante défaite de ce parti aux législatives de 1993. Il comptait bien, en prenant la tête de liste du PS aux européennes de 1994, franchir le dernier degré qui le mènerait un an plus tard à l'élection présidentielle. C'était compter sans la vigilance et la tenace rancune de François Mitterrand, qui entamait sa dernière année à l'Élysée. Le président et ses proches se cachaient à peine d'encourager la candidature de Bernard Tapie, officiellement soutenu par les radicaux de gauche. Le missile Tapie réussit sa mission au-delà des espérances : 12 % des voix, 14,5 % seulement pour la liste Rocard. Ce dernier est renversé quelques jours après par un vote du conseil national du PS qu'il a eu l'imprudence de susciter. Fin des ambitions présidentielles de Michel Rocard.

Cinq ans plus tard, Nicolas Sarkozy monte à son tour sur l'échafaud des européennes. Secrétaire général du RPR, il reprend au vol la tête de liste laissée vacante par Philippe Séguin qui a claqué la porte de la présidence du parti. Ce ne sont évidemment pas les meilleures conditions pour faire campagne... D'autant que, d'une part, François Bayrou mène une liste UDF et que, d'autre part, Charles Pasqua et Philippe de Villiers ont fait alliance. Alliance qui s'avère efficace (mais sans lendemain) puisque leur liste, avec plus de 13 %, coiffe au poteau celle de Sarkozy et de Madelin (12 %). Si jamais le PS n'était descendu aussi bas qu'en 1994, jamais le RPR n'avait eu aussi piètre figure qu'en 1999. Sarkozy renonce donc à briguer la présidence de ce parti et entame une (courte) traversée du désert. Fin (provisoire) des ambitions déjà grandes de Nicolas Sarkozy.

Échouer aux européennes n'empêche d'ailleurs pas de devenir président... longtemps plus tard. Ainsi Jacques Chirac, en 1979, date des premières élections, réalise-t-il une belle contre-performance : 16 % des voix, à peine mieux que Chaban-Delmas cinq ans plus tôt, et surtout loin derrière la liste UDF emmenée par Simone Veil avec le soutien de Valéry Giscard d'Estaing, alors président.

Entre Giscard et Chirac, la guerre fait rage. Le maire de Paris, victime d'un accident de la route en Corrèze, a dénoncé depuis son lit de douleur le « parti de l'étranger » incarné, selon lui, par Giscard. Lequel a traité en retour son ancien Premier ministre d'« agité ». C'est déjà la présidentielle de 1981 que la droite est en train de perdre.

Montée de l'abstention

Trop souvent, en effet, les élections européennes ont servi de répétition générale à l'élection présidentielle qui allait suivre. D'où la volonté, après le vote de 1999, de Jacques Chirac et de Lionel Jospin d'en finir. Pour une fois d'accord, le chef de l'État et son Premier ministre retiennent l'idée d'un scrutin par grandes circonscriptions qui regroupent plusieurs régions. Résultat : un désintérêt croissant des électeurs qui identifient mal les candidats et les enjeux que n'incarnent plus des chefs de parti ou des présidentiables.

Car la principale victime des élections européennes, c'est, au fond, l'esprit civique, et la participation électorale qui va avec. Depuis 1979, l'abstention - déjà élevée au départ - n'a fait que croître : 39 % lors du premier scrutin, 43,3 % à celui de 1984 (qui voit la percée du Front national), 47,2 % en 1994, 53,2 % en 1999, 57,5 % en 2004. Quand les deux référendums sur le traité de Maastricht en 1992 et sur la Constitution européenne en 2005 ont connu de forts taux de participation : autour de 70 % chacun. Ce qui montre que des enjeux clairs parviennent à mobiliser l'électorat, même quand il est question d'Europe.

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