Abstention: la confirmation d'une tendance historique lourde

Publié le par PRG

PARIS (AFP) Le 7 Juin — La forte abstention aux élections européennes dimanche, qui a atteint le record de 59,36% pour ce scrutin, selon le ministère de l'Intérieur, a confirmé une tendance historique lourde faisant de ces élections les plus boudées des Français avec les référendums.

De 39,3% en 1979, le taux d'abstention s'est élevé à 43,3% en 1984, a dépassé pour la première fois la barre des 50% en 1989 avec 51,3%, avant de progresser à 57,2% en 2004 et d'atteindre en 2009 plus de 59%.

Le désintérêt persistant des Français pour ces élections "n'est pas vraiment étonnant", estime Thierry Chopin, de la Fondation Robert Schuman. Les enjeux politiques n'ont pas été suffisamment mis en avant, beaucoup d'électeurs ne percevant pas le lien entre leur vote et la politique européenne, selon lui.

Paradoxalement, des questions soulevées pendant la campagne, comme l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, ne sont pas véritablement du ressort du Parlement.

Plusieurs éléments ont d'emblée affaibli la portée du scrutin aux yeux des électeurs, à commencer par la crise économique et financière. "Ce qui compte actuellement pour eux, c'est: vont-ils ou non garder leur emploi?", souligne M. Chopin. Pour le citoyen, le lien entre les réponses à ces questions et le vote au Parlement européen n'est pas évident, ajoute-t-il.

Des éléments plus politiques ont joué. La campagne a commencé tard. Ensuite, les partis ont traité ce scrutin comme des élections intermédiaires, "ce qui a eu pour effet de nationaliser le débat et les enjeux", souligne M. Chopin.

Enfin, si en France les électeurs avaient le choix entre un grand nombre de listes, les grands partis n'ont pas structuré le débat, estime-t-il.

L'UMP a présenté le scrutin comme un plébiscite en faveur de l'action du gouvernement et du président de la République face à la la crise, au cours de la présidence française de l'UE.

De son côté, François Bayrou, le président du Modem, s'est clairement affiché comme l'opposant le plus virulent de Nicolas Sarkozy, voulant faire de l'élection un galop d'essai, avant celle qui lui importe le plus, la présidentielle.

Au PS, comme dans le reste de la gauche, l'Europe est un sujet qui divise et le débat sur les enjeux européens toujours très risqué, d'où une tendance à l'esquiver, estime M. Chopin.

Opinion partagée par Frédéric Dabi de l'Ifop. Pour lui, les partis n'ont pas montré de clivage net sur l'Europe, et la campagne n'a fait irruption dans l'actualité que dans la semaine précédent le scrutin.

Un autre problème est celui du découpage de la France en huit super-circonscriptions, imaginé pour renforcer l'intérêt de l'électeur. Une solution "pire que mal", pour M. Dabi, tandis que Jean-Michel Baylet, président du PRG, estime qu'elle "aboutit à cette abstention considérable, préjudiciable à la démocratie". Ce mode de scrutin doit être changé "très rapidement" afin de parvenir à une "plus grande lisibilité pour les électeurs", réclame-t-il.

Toutefois, les sujets européens ne rebutent pas forcément l'électeur. Preuve en est le référendum sur la Constitution européenne en 2005 où l'abstention avait été de 30,63%. Il y avait eu alors une véritable offre politique, estime M. Chopin, avec un débat organisé par les nonistes, obligeant les tenants du oui à leur répondre.

La France n'est pas le plus mauvais élève de la classe européenne. En Pologne par exemple, le Premier ministre Donald Tusk a dit s'attendre à une participation totale d'"environ 25%" seulement.

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