Europe Ecologie, ce que durent les roses?

Publié le par PRG

Reuters le 9 Juin

PARIS - Héraut du "D Day" de l'écologie politique, le mouvement Europe Ecologie aspire à "débarquer" durablement en France, mais tout reste à écrire d'un hypothétique destin national, estiment des analystes.
Avec un score inattendu de 16,28% qui lui assure 14 élus au Parlement européen, la formation pilotée par
Daniel Cohn-Bendit s'est imposée comme la troisième force du paysage politique en bousculant le Parti socialiste et les centristes du MoDem.

Mais la particularité des élections européennes - un scrutin de liste à la proportionnelle traditionnellement propice aux Verts - et l'abstention record de près de 60% invitent à nuancer le décryptage national de la "surprise" du 7 juin.

"L'abstention fausse les lignes. La photographie qu'on a prise hier soir est quelque peu tronquée", juge Jérôme Fourquet, directeur d'études à l'Ifop.

Jean-François Doridot, directeur général d'Ipsos, renchérit.

"Ils n'ont pas eu à rentrer dans le jeu gauche-droite, ce sera plus dur aux régionales où ils seront obligés d'afficher leurs alliances", souligne-t-il. "C'est une coalition du moment qui a bénéficié d'un mode de scrutin extrêmement favorable", confirme Paul Bacot, chercheur en sciences politiques à Lyon.

Si l'on ajoute à la performance d'Europe Ecologie, une alliance allant de José Bové aux partisans de Nicolas Hulot, les 3,63% de l'Alliance écologiste indépendante, l'écologie politique représente aujourd'hui près de 20% en France.

Dominique Voynet, pour les Verts, n'avait obtenu que 1,5% à l'élection présidentielle de 2007, José Bové 1,3%.

"ON N'EST PAS GRISÉS"

Outre le noyau dur de l'électorat écologiste, Daniel Cohn-Bendit, qui s'est positionné au centre gauche, a su capter les déçus du PS et du MoDem, mais cristalliser un vote d'humeur n'est pas s'assurer une base électorale.

"Les électeurs du centre gauche, qui étaient déçus du PS, ont pu donner un avertissement à bon prix. Pour les régionales, je ne suis pas sûr qu'ils soient aussi tentés d'abandonner le PS comme ils l'ont fait là. Donc attention à ces victoires qui peuvent être un peu éphémères", souligne Jean-François Doridot.

Les succès qui font "pschitt", l'histoire politique française en est jalonnée. Ainsi les 12,03% de Bernard Tapie aux européennes de 1994, qui avait torpillé Michel Rocard à la tête d'une liste des radicaux de gauche.

"On n'est pas grisés par ce qui nous arrive, on est très responsables", a souligné lundi Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts.

"Rien ne sera plus comme avant ou plutôt rien ne devrait être comme avant", a analysé Daniel Cohn-Bendit avec prudence, rappelant que "les Verts ne changent pas facilement".

De fait, les tropismes des "écolos", habitués des guerres intestines, sont tenaces et l'après-7 juin mettra leur unité à l'épreuve même s'ils ont gagné en maturité.

"Dany le Vert" le sait qui a insisté lundi sur la nécessité de préserver ce rassemblement inédit en constituant "une force autonome" ouverte à "un partenariat décomplexé avec tous ceux qui veulent se battre contre la majorité actuelle".

"UNE AUTRE PAIRE DE MANCHES"

Une invite tout autant destinée à l'extrême gauche qu'au Parti socialiste - voire au MoDem - en vue notamment des régionales de 2010 dont le mode de scrutin (proportionnelle à deux tours avec prime majoritaire) va contraindre Europe Ecologie à composer avec une inévitable bipolarisation.

Et la cohésion sera alors déterminante.

Eva Joly, numéro deux de liste Europe Ecologie en Ile-de-France aux côtés de Daniel Cohn-Bendit, a pour sa part appelé les Verts qui ont rallié le MoDem, comme Corinne Lepage ou Jean-Luc Bennhamias, à rejoindre "la famille écologique".

"Les régionales vont leur imposer des règles nouvelles : des gens comme Hulot qui tiennent farouchement à leur apolitisme ou refusent de se positionner sur l'échiquier gauche-droite vont devoir se poser la question d'éventuelles alliances", explique Jérôme Fourquet.

"Regarder du côté du MoDem ou du côté du PS qui contrôle vingt régions sur 22? Ça va être une autre paire de manches".

Pour Jean-Vincent Placé, numéro deux des Verts, Europe Ecologie n'a "aucun tabou sur la question organisationnelle et structurelle".

Se posera ensuite la question du leadership, qui déterminera la stratégie pour la présidentielle de 2012 : Daniel Cohn-Bendit a déclaré qu'il resterait présent dans le rassemblement mais n'en serait pas le moteur. "Il n'y a pas une personnalité qui émerge pour l'heure", observe Jean-François Doridot.

L'ancien leader étudiant de Mai-68, d'origine allemande, a d'ores et déjà prévenu que l'Elysée ne l'intéressait pas.

"Si Europe Ecologie présente une candidature de témoignage pour faire 5, 6, 7%, à quoi bon? Le 21 avril 2002 sera encore dans les mémoires en 2012 et la gauche ne voudra pas répéter les erreurs du passé", souligne le directeur général d'Ipsos.

Le socialiste Lionel Jospin avait été éliminé au premier tour de la présidentielle de 2002 en raison de la dispersion des votes à gauche.

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