Port de la burka : "de véritables prisons ambulantes"

Publié le par PRG

La Dépêche le 19 Juin

Religion. Des députés réclament une commission d'enquête parlementaire.

Le débat sur le voile islamique va-t-il resurgir en France ? D'aucuns le croyait apaisé depuis la promulgation de la loi du 15 mars 2004 interdisant, après des années de débats, le port de signes ostensibles d'appartenance religieuse au sein des établissements scolaires, au nom du principe républicain de laïcité. Mais de récentes affaires, créant un malaise et posant de vraies questions juridiques, conduisent aujourd'hui des députés, de droite comme de gauche, à réclamer la constitution d'une nouvelle commission d'enquête parlementaire de 30 membres.

A l'instar de celle présidée par Bernard Stasi en 2003, elle devrait réfléchir « à la pratique du port de la burqa ou du niqab » en France.

« Nous sommes aujourd'hui confrontés, dans les quartiers de nos villes, au port par certaines femmes musulmanes de la burqa, voilant et enfermant intégralement le corps et la tête dans de véritables prisons ambulantes ou du niqab qui ne laisse apparaître que les yeux », explique André Gerin, député PCF de Vénissieux, instigateur de la résolution. Évoquant non « plus seulement une manifestation religieuse ostentatoire mais une atteinte à la dignité de la femme », le député et 57 de ses collègues (2 communistes et PRG, 7 PS, 43 UMP, 2 NC, 3 non inscrits) estiment que « vêtue de la burqa ou du niqab,

[la femme] est en situation de réclusion, d'exclusion et d'humiliation insupportable.[…] La vision de ces femmes emprisonnées nous est déjà intolérable lorsqu'elle nous vient d'Iran, d'Afghanistan, d'Arabie… Elle est totalement inacceptable sur le sol de la République. » Les députés ne se satisfont pas des conclusions de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (HALDE), qui a récemment indiqué que « l'obligation de retirer le niqab ou la burqa pourrait être justifiée par des buts légitimes qui sont les exigences de la sécurité publique, d'identification des personnes ou encore la protection des droits et liberté d'autrui. » Les députés souhaitent que la future commission dresse « un état des lieux » et définisse des préconisations « afin de mettre un terme à cette dérive communautariste. » Hier, l'association « Ni putes ni soumises » a favorablement accueilli cette initiative, mais l'Union des organisations islamiques de France dénonce « une nouvelle manœuvre propre à encourager les amalgames. »

Philippe Rioux

Ce que dit la loi

La loi sur la laïcité à l'école. « Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit », stipule l'article 1er de la loi du 15 mars 2004. Cette loi interdit donc le port du voile islamique, de la kippa, du turban Sikh et de grandes croix chrétiennes. En revanche, la loi permet le port de symboles discrets de sa foi, comme de petites croix, des étoiles de David, des mains de Fatma, des médailles, etc. En dehors des écoles, et des administrations où la neutralité est de mise, une jurisprudence parfois contradictoire se met en place, notamment dans les commerces, les universités, les hôtels… À l'hôpital, devant les demandes de certains patients, le gouvernement a rappelé par circulaire en 2005 la laïcité des établissements.

Ph. R.

A Toulouse, Sathia va garder le voile pour passer le bac

C'est les cheveux recouverts d'un voile et vêtue d'une tunique et d'un pantalon que Sathia, 18 ans, s'est présentée, vendredi 12 juin, aux épreuves du Bac STG organisées au lycée polyvalent rive gauche de Toulouse. La jeune femme suit depuis la classe de 6e ses études par correspondance. Habituée à se présenter en candidate libre, elle pensait que, comme lors des épreuves anticipées de Français passées en juin 2008, on allait, après discussion, lui demander de se découvrir discrètement devant une femme pour vérifier qu'elle ne cachait aucun micro sous son voile avant d'être autorisée à composer. Mais à sa surprise, des membres du jury et le proviseur de l'établissement lui signifient qu'elle doit se dévoiler avant d'entrer dans la salle d'examen. Le ton monte, Sathia appelle sa mère qui a son tour prévient son avocate. Pour dénouer la situation qui menaçait de dégénérer, Me Salihia Sadek contacte alors le rectorat. De son côté, le proviseur du lycée qui ne souhaite pas prendre seul l'initiative de laisser Sathia pénétrer dans la salle d'examen couverte de son voile, sollicite également les services du recteur. « J'avais besoin de demander les textes parce que les correcteurs s'interrogeaient », explique-t-il. Quelques minutes plus tard la réponse rectorale met un terme aux angoisses de la candidate et aux interrogations des enseignants : puisqu'il ne s'agit ni d'une épreuve sportive ou de chimie incompatible avec le port du voile pour des raisons évidentes de sécurité. Et comme la jeune femme, dont l'ovale du visage n'est pas couvert peut être facilement identifiée, rien ne s'oppose à ce qu'elle passe l'épreuve du bac avec un foulard lui couvrant entièrement les cheveux. Pour Robert Senty, le proviseur du lycée qui avait déjà eu maille à partir l'année dernière avec Sathia et sa mère lors des épreuves de Français organisées dans un autre lycée toulousain alors placée sous sa responsabilité, la question est donc close : « tout candidat a le droit de se présenter voilé aux épreuves du Bac. À cette nuance près que le port de ce voile ne doit pas occasionner de danger particulier. »

Bernard Davodeau

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BLACHERE Daniel-Pascal 19/06/2009 17:40

je suis profondément républicain et viscéralement laïque, athée de surcroit.Néanmoins; laissons les hommes, les femmes, se vétir comme ils le veulent. A quand l'uniforme obligatoire pour tous?Ni voile, ni burka à l'école, dans les services publics, mais dans la rue, chacun doit être libre!Reste, il est vrai le cas des femmes qui sont forcées par le mari ou la famille de se couvrir de la tête au pied. Aidons ces dernières à s'affranchir.Les quelques curés,  qui sortent encore en soutane, va-t-on aussi les obligés à porter pantalon et veste?