Corse : la droite dynamite la démocratie

Publié le par PRG

L'Humanité le 19 Juin

Région . Battus sur le plan d’aménagement de l’île, l’UMP et l’exécutif refusent le débat et entendent changer le mode de scrutin de 2010.

« Un coup de force scandaleux », tempête-t-on en Corse. Ange Santini, président (UMP) de l’exécutif de l’Assemblée de Corse, a en effet annoncé, lundi, le retrait de l’ordre du jour du projet de plan d’aménagement et de développement durable (PADDUC) de l’île. Conséquence : pas de débat de fond sur un texte très controversé qui a suscité de nombreuses critiques, de la gauche aux nationalistes. Pis : constatant qu’elle ne pourrait parvenir à ses fins compte tenu de l’opposition à son texte, la droite a proposé illico un changement du mode de scrutin en vue de désigner en 2010 des conseillers territoriaux à sa botte : augmentation des seuils d’éligibilité et de fusion ; majoration de la prime en sièges pour la liste arrivée en tête. L’Assemblée nationale devrait être saisie dès aujourd’hui.

« Un déni de démocratie », selon les mots de Dominique Bucchini (PCF), d’autant plus inacceptable que les Corses, se saisissant de la promesse d’un vaste débat, s’étaient emparés du sujet. Depuis quelques mois, associations, syndicats et partis politiques avaient passionnément donné leur opinion. Le Conseil économique et social avait délivré un avis défavorable au texte de l’exécutif. Pour ce qui le concerne, le PCF avait inscrit sa réflexion dans ce débat citoyen démocratique. Jouant le jeu institutionnel, il a proposé un texte qui devait nourrir le dépôt et la mise en discussion d’amendements majeurs. Ceux-ci visaient à « rompre avec le modèle spéculatif » par « un retour aux principes de solidarité et d’intérêt général » privilégiant l’emploi industriel face au tout tourisme. Lundi matin, alors que la commission permanente venait d’organiser les modalités concrètes du débat, coup de tonnerre : le président Santini non seulement retire le texte, après avoir estimé qu’il serait rejeté par 31 conseillers sur 51, mais refuse de poursuivre la session, même sans vote. Une poursuite qu’il juge inutile, considérant que seul le PCF la souhaite, alors qu’en fait 22 conseillers s’associent alors à cette démarche, que les Radicaux de gauche n’ont pourtant pas souhaité partager.

Une démarche qui connaît un prolongement : Dominique Bucchini, est signataire d’une lettre - au nom d’élus représentants un arc politique très large - à l’adresse, notamment, du président Sarkozy. « Le changement précipité du scrutin aurait pour effet mécanique d’exclure du champ politique plusieurs sensibilités représentatives de l’opinion corse », explique-t-il. Les élus dénoncent « une manoeuvre politicienne » et « le non-respect de la procédure prévue par le législateur ».

Dominique Bègles

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