Versailles déploie ses fastes pour Sarkozy

Publié le par PRG

Le 22 Juin AP

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n cérémonial majestueux, des rangées de gardes républicains, des parlementaires debout pour l'accueillir: Nicolas Sarkozy est devenu lundi le premier président depuis 1873 à prononcer un discours devant le Parlement, réuni pour l'occasion en Congrès sous les ors de l'aile du Midi du château de Versailles, consacrant la présidentialisation du régime.

Le chef de l'Etat, arrivé à 14h51 en voiture en compagnie de son épouse Carla, a été accueilli par le président de l'Assemblée et président du Congrès Bernard Accoyer, accompagné du président du Sénat Gérard Larcher et du Premier ministre François Fillon. MM. Sarkozy et Accoyer se sont isolés quelques instants dans le bureau réservé au président du Congrès.

M. Accoyer a ouvert la séance à 14h59, en invitant les députés et sénateurs à accueillir le chef de l'Etat. Nicolas Sarkozy, le visage grave, a fait son entrée après avoir remonté la longue file des gardes républicains. Accueilli debout par les parlementaires -les membres la majorité étant les seuls à l'applaudir-, le chef de l'Etat est monté à la tribune pour un discours de 45 minutes.

Plusieurs dizaines de sièges sont restés vides dans l'hémicycle du Congrès. Les 54 députés et sénateurs communistes, Verts et membres du Parti de gauche ont boycotté le discours présidentiel pour ne pas cautionner l'"opération de communication" de M. Sarkozy. La plupart des socialistes étaient bien présents, mais ont quitté l'hémicycle après le discours présidentiel pour dénoncer le "simulacre de débat" organisé après le départ de M. Sarkozy. François Bayrou, venu "par politesse", a suivi le mouvement.

Le gouvernement était en revanche présent au grand complet. François Fillon, contraint au silence, assistait au premier rang à ce quasi-discours de politique générale, en compagnie de Jean-Louis Borloo (Ecologie), Michèle Alliot-Marie (Intérieur) et Roger Karoutchi (Relations avec le Parlement). Les autres membres du gouvernement, la tête tournée vers le remaniement annoncé par M. Sarkozy pour mercredi, avaient pris place dans les tribunes du public. Carla Sarkozy était assise entre Claude Guéant et Henri Guaino, les conseillers tout puissants de son mari.

Nicolas Sarkozy a été applaudi debout à la fin de son discours par les seuls membres de l'UMP et du Nouveau centre. La gauche est restée assise. "Cinq cent mille euros pour ça!", commentait à la sortie le socialiste Jérôme Cahuzac dans une allusion au coût de la journée, de 400.000 euros selon M. Accoyer.

Dans la matinée, les parlementaires ont levé le dernier obstacle au discours présidentiel en adoptant le nouveau règlement du Congrès. Le Conseil constitutionnel, saisi dans la foulée, a donné son feu vert à l'heure du déjeuner.

La formalité a été expédiée en 25 minutes. Le temps pour les socialistes de protester solennellement contre les "conditions rocambolesques" du débat. "Tout cela pour que le chef de l'Etat s'exprime selon son bon plaisir!", s'est insurgé Jean-Marc Ayrault.

Le chef de file des députés PS a estimé que ce premier discours présidentiel devant le Parlement sous la Ve République mettait en cause la "nature même du régime", avec un président de la République qui "prononce désormais le discours de politique générale, mais sans avoir à se soumettre ni au débat, ni au jugement du Parlement". Et M. Ayrault de demander à nouveau que le Premier ministre François Fillon vienne dès la semaine prochaine devant le Parlement pour un vote de confiance après le remaniement du gouvernement.

Afin de marquer leur opposition à ce "changement de régime", les socialistes, à la recherche d'une image forte, se sont rendus symboliquement dans la salle du Jeu de paume, là où les députés du Tiers-état avaient fait le serment le 20 juin 1789 de ne pas se séparer tant que la France ne serait pas dotée d'une Constitution. "Et si on restait là?", a proposé le député du Gers Philippe Martin. Mais il s'est aussitôt repris: "J'ai peur qu'ils ne viennent pas nous chercher"...

Les membres de la majorité n'avaient de mots assez durs contre la posture du PS. Lors d'un point presse avec son homologue du Sénat Henri de Raincourt, le secrétaire général de l'UMP Xavier Bertrand et le porte-parole du parti Frédéric Lefebvre, le patron des députés UMP Jean-François Copé a fustigé le silence "incompréhensible et extravagant" du PS.

A l'unisson de son rival, M. Bertrand a pointé "l'incohérence" des socialistes. "Ils se sont divisés en permanence, nous sommes nous rassemblés", a lâché le secrétaire général de l'UMP. Tous ont affiché leur volonté de travailler ensemble pour la "nouvelle étape" du quinquennat ouverte par le discours de Nicolas Sarkozy.

Les parlementaires ont été peu nombreux à rester pour le débat qui a suivi le départ du chef de l'Etat. Seulement 200 députés et sénateurs ont assisté aux échanges convenus entre les quatre orateurs de la majorité et le radical de gauche Yvon Collin. AP

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