Un gouvernement de continuité

Publié le par PRG

La Croix le 25 Juin

Plus de changements qu’attendu dans le nouveau gouvernement, mais les poids lourds restent les mêmes.


Nicolas Sarkozy a encore surpris. On attendait pour mercredi 24 juin un petit remaniement. On a finalement eu dès mardi soir un grand remaniement. Non pas tant par le nombre d’entrants et de sortants, limité à huit, que par le jeu de chaises musicales jusqu’aux plus hauts postes. Michèle Alliot-Marie prend ainsi le titre de ministre d’État mais passe de l’intérieur à la justice. Après avoir été à la défense durant tout le quinquennat de Jacques Chirac, l’ancienne présidente du RPR continue à peaufiner une stature de présidentiable en occupant, sans discontinuité depuis 2002, un portefeuille régalien.

Déjà ministre d’État, Jean-Louis Borloo est confirmé en tant que numéro deux du gouvernement. Mais, dans le contexte de la percée des écologistes aux élections européennes, est dorénavant précisé dans son intitulé ministériel qu’il s’occupe de la mer, des technologies vertes et des négociations sur le climat. Le pôle écologiste est en outre renforcé par l’arrivée, aux côtés de Chantal Jouanno, d’une seconde secrétaire d’État, Valérie Létard. Proche de son nouveau ministre de tutelle, celle qui était auparavant secrétaire d’État à la solidarité sera plus spécifiquement chargée de « la dimension solidaire de la croissance verte et du développement durable ».

La plus belle promotion est celle de Luc Chatel : secrétaire d’État depuis 2007, le porte-parole du gouvernement accède au poste délicat de ministre de l’éducation nationale. Luc Chatel appartient à la sensibilité la plus libérale de l’UMP, de même que Pierre Lellouche, qui aura longtemps attendu avant de devenir ministre. Rare personnalité de droite favorable à l’élargissement de l’Union à la Turquie, il hérite précisément des affaires européennes.

Les proches du président à des postes de confiance

Deux très proches de Nicolas Sarkozy ont été nommés à des postes de confiance : Brice Hortefeux à l’intérieur (portefeuille qu’il attendait depuis longtemps) et Marie-Luce Penchard à l’outre-mer, en remplacement d’Yves Jégo. Tandis qu’un autre sarkozyste historique, Christian Estrosi, effectue son retour à l’industrie. Dans ce jeu de chaises musicales, Xavier Darcos se retrouve donc finalement aux affaires sociales. Les autres poids lourds du quinquennat sont maintenus dans leurs fonctions (Christine Lagarde, Bernard Kouchner, Hervé Morin).

Comme prévu, les ministres sur la sellette sont, en revanche, débarqués, à commencer par Christine Albanel, à la culture, et Roger Karoutchi. Ce dernier est remplacé aux relations avec le Parlement par un autre sénateur, Henri de Raincourt, président du groupe UMP. C’est Gérard Longuet, tout aussi libéral mais davantage sarkozyste, qui devrait lui succéder. Également moins en vue à l’Élysée, Rama Yade reste secrétaire d’État mais remplace Bernard Laporte aux sports.

Politiquement, le gouvernement n’élargit finalement pas sa base. Ni sur sa droite, vers le MPF de Philippe de Villiers. Ni sur sa gauche, en direction des radicaux de gauche. Il la rétrécit même avec le départ de Christine Boutin, fondatrice du Parti chrétien-démocrate. Contrebalançant le libéralisme sociétal de Nadine Morano, Christine Boutin incarnait sur les questions familiales les valeurs de toute une partie de l’électorat de droite.

Cinq ministres d'ouverture

Enfin, parmi les cinq ministres d’ouverture, seul le secrétaire d’État Jean-Marie Bockel change d’affectation en passant de la défense à la justice. Le fondateur de la Gauche moderne sera plus spécifiquement chargé des prisons, convoitées par Christine Boutin.

L’ouverture se poursuit en apparence avec Frédéric Mitterrand, surprise du remaniement, et Michel Mercier. Outre le symbole que représente l’arrivée du neveu de l’ancien président de la République François Mitterrand, cet homme de culture est en réalité plus une personnalité de la société civile que du monde politique, même s’il adhéra aux Radicaux de gauche en 1993. Il en est tout autrement pour le démocrate-chrétien Michel Mercier, jusque-là président du groupe Union centriste du Sénat, qui réunit des sénateurs de la majorité et de l’opposition. L’intéressé peut toutefois difficilement être présenté comme une prise de guerre de Nicolas Sarkozy : cet ex-UDF n’a jamais suivi son ami François Bayrou dans sa rupture avec la droite.

« Il y a les choix politiques d’un côté, l’amitié de l’autre », aime à répéter celui qui s’est aussitôt mis en congé du MoDem. Cette nomination intervient alors que le pôle centriste de la majorité est en recomposition, avec la création, samedi, par le sénateur Jean Arthuis, d’un nouveau parti. Déjà sur ce créneau, le Nouveau Centre n’a plus que trois ministres au lieu de quatre en raison du départ inattendu d’André Santini. Le maire d’Issy-les-Moulineaux a le droit de retrouver son siège de député, ce qui ne ferait pas l’affaire de son suppléant Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP. En cas de renonciation d’André Santini, une élection législative partielle devra être organisée dans la 10e circonscription des Hauts-de-Seine.

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