Hénin-Beaumont, l'effet FN

Publié le par PRG

L' Express le 25 Juin

L'ex-cité minière va-t-elle se livrer à l'extrême droite ? Quand la ville, en quasi-faillite, doit remplacer son maire, en prison, Marine Le Pen se frotte les mains.

Anne et Michel * sont propriétaires d'une petite maison de coron à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). Ces fonctionnaires n'en peuvent plus de payer pour la gabegie des élus. Depuis 2004, les impôts locaux ont doublé - une hausse imposée par la chambre régionale des comptes. L'ancienne cité minière est en quasi-faillite. "Pourvu que ce ne soient pas les mêmes qui repassent", tonne Anne. "Des collègues disent que le FN, c'est mauvais pour l'image de la ville, poursuit son époux. Mais peut-on faire pire qu'aujourd'hui ?" Le pire, ici, ce n'est pas le Front national, mais Gérard Dalongeville, le maire socialiste. Il a été mis en examen pour détournement de fonds publics, faux en écriture et favoritisme. Il dort en prison depuis le 9 avril. La justice le soupçonne d'avoir établi un système de fausses factures qui pourrait atteindre 4 millions d'euros. Dans cette commune de 27 000 habitants, une municipale partielle a lieu les 28 juin et 5 juillet pour le remplacer.

Alors qu'il poursuit sa chute à l'échelon national, le parti d'extrême droite n'a jamais paru aussi fort localement que depuis cette affaire. Aux européennes du 7 juin, Marine Le Pen a réalisé à Hénin-Beaumont près de 28 % des voix, 10 points de plus que Carl Lang en 2004, tandis que le PS, concurrencé par les Verts, a divisé son score par deux (16 %). Aux municipales de 2008, Dalongeville l'avait emporté haut la main - en triangulaire - malgré des doutes sur sa gestion. C'était l'époque où la crainte du FN balayait encore tous les scrupules.
Depuis qu'elles ont été révélées, les turpitudes du maire ont déculpabilisé nombre d'habitants. Le Front national, qui n'a eu de cesse de dénoncer la "mafia socialiste", se délecte. Sur le marché, un vieil Algérien souhaite "bonne chance" à Steeve Briois, champion du porte-à-porte, qui mène la liste avec Marine Le Pen à ses côtés. "Le FN ne peut pas faire pire que les autres. Après tout, ce n'est qu'une élection locale", renchérit un vendeur de beignets. "Quatre ans, c'est vite passé", ajoute un ouvrier. "Assez de se faire voler !" hurle un couple de retraités du quartier résidentiel de la Peupleraie, auparavant acquisDalongeville.

En face, huit listes,dont cinq de gauche

Qui peut résister au rouleau compresseur frontiste ? Huit listes se présentent face à lui, dont cinq de gauche ! "C'est le choc des ego", raille l'UMP Nesredine Ramdani. Chacun s'estime mieux placé que les autres pour prendre la relève dans ce bastion communiste puis socialiste depuis plus de soixante ans.

Forts de leur succès à l'échelon national le 7 juin, les Verts veulent se compter. N'ayant pas réussi à monter sa liste, le MoDem a rejoint Pierre Ferrari, du Mouvement des jeunes socialistes, qui fait alliance... avec le PC et une partie des chevènementistes ! A 27 ans, cet apparatchik manque d'expérience, mais il vient d'obtenir le soutien du bureau national du PS, contre les barons locaux. Lors d'une séance houleuse, il s'est imposé contre le candidat de la fédération, Eric Mouton, un radical de gauche. Du coup, celui-ci soutient le divers gauche Daniel Duquenne, ancien directeur des services de la ville, qui s'appuie sur ses 19 % du second tour de 2008 pour partir sous ses couleurs.

Il faut ajouter l'ancien maire ex-socialiste, Pierre Darchicourt, battu par Dalongeville en 2001... Bref, la cacophonie est complète. C'est peu de dire que ces querelles dignes de Clochemerle agacent les Héninois au regard des enjeux.

Plusieurs listes devraient pouvoir se maintenir au second tour. Officiellement, personne ne souhaite porter la responsabilité d'une éventuelle victoire du FN. De son côté, l'équipe Briois-Le Pen joue aussi son va-tout. Car cela fait des années qu'elle surfe sur les errements du "système" Dalongeville. Pareille aubaine ne se représentera pas de sitôt.

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