Législatives en Argentine : le début de la fin pour les Kirchner ?

Publié le par PRG

Rue 89 le 24 Juin

Je vais vous parler d'une élections législative partielle. Attendez, continuez à lire, je ne vous ai pas tout dit : ça se passe en Argentine. Donc ça risque d'être assez décapant.

 

Le 28 juin, les électeurs argentins doivent renouveler la moitié des députés, et bizarrement, cela ressemble à un plébiscite pour ou contre le pouvoir du couple Kirchner, Nestor, l'ancien président, et sa femme Cristina Fernandez de Kirchner, l'actuelle présidente. Il est possible que celle-ci perde la majorité qui la soutient à la Chambre des députés et que Nestor Kirchner, candidat à la députation pour la province de Buenos Aires –où vivent près de 40% de la population- pourrait être battu.

Bien sûr, il en est des sondages comme des statistiques en Argentine. La manipulation est possible pour ne pas dire probable, et donc rien n'est moins sûr. Mais certains commencent tout de même à rêver à la fin prochaine de l'ère K, comme l'on dit à Buenos Aires pour évoquer la période de six ans des Kirchner au pouvoir (Nestor a été élu en 2003. Il a passé le témoin à son épouse, élue en 2007 avec l'espoir, nul n'en doute, de revenir lui-même à la « Maison-Rose », siège de la présidence, une nouvelle fois en 2011).

 

Si Cristina perd sa majorité, ou si Nestor est battu, ou si les deux situations se conjuguent au soir du 28, le couple est affaibli, voire humilié. Deux scénarios sont alors possibles. Le premier est celui d'un désastre familier quand la population, lasse de l'incurie de ses dirigeants, descend dans la rue et chasse le chef de l'éxécutif du pouvoir ou le contraint à raccourcir son mandat.

 

Autant le dire tout de suite, ce scénario est peu probable avec les Kirchner car ils sont péronistes. De tels événements sont déjà survenus, depuis le retour de la démocratie en 1983, mais seuls les présidents membres du parti Radical en furent les victimes. Raul Alfonsin, d'abord, fut contraint d'écourter son mandat en 1989 alors que l'hyperinflation atteignait 200% par mois et que des commandos musclés des syndicats péronistes avaient pris le contrôle de la rue. Fernando de la Rua, ensuite, a quitté la Casa Rosada par hélicoptère en décembre 2001 au milieu de l'émeute (où là encore les musclés du péronisme ont été très actifs) alors que l'économie s'effondrait de façon spectaculaire.

 

Petits arrangements entre péronistes ?

Le premier scénario est donc celui du chaos. Le deuxième scénario est celui du compromis et il éviterait au pays, dont l'économie, qui s'était redressée sous Nestor (mais pouvait-elle descendre plus bas ? ), s'est détériorée sous Cristina, une nouvelle épreuve. Cristina de Kirchner est une ancienne sénatrice. Elle s'est révélée abrasive et autoritaire comme présidente de la République, mais elle connaît bien les pratiques de compromis et les exigences du pragmatisme propres à la vie parlementaire. Il est probable qu'elle cherchera à éviter de confronter sa nouvelle opposition et tentera de terminer son mandat en prenant en compte les demandes de ses adversaires.

Lesquels sont presque des amis. Ils sont, pour les plus importants d'entre eux, comme les Kirchner, des péronistes. Que le péronisme -qui se réfère à une doctrine sociale et nationaliste des années 40 et 50 influencée par le fascisme italien- existe encore est l'un des nombreux mystères de la vie politique argentine. C'est un peu comme si avions encore en France, des pétainistes de droite et des pétainistes de gauche ayant pignon sur rue.

Un autre mystère est l'obstination des Argentins à voter, encore et toujours, pour des candidats qui s'avèrent calamiteux une fois parvenus au pouvoir. Depuis Alfonsin –homme très honorable– jusqu'à Carlos Menem -cleptomane en habit libéral- en passant par De la Rua -trop timide- ou Eduardo Duhalde -bien trop rusé- aucun des présidents de la démocratie n'ont laissé de très bons souvenirs aux Argentins. En cela, les Kirchner, qu'ils restent ou non au affaires après le 28 juin, ne se seront guère distingués de leurs prédécesseurs.

 

Publié dans article sur le PRG

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