Débauchages, fin de partie ?

Publié le par PRG

L'Humanité le 25 Juin

Pour rassurer une droite réticente au recrutement de personnalités classées à gauche, l’Élysée a privilégié la promotion de poids lourds de l’UMP.

Point de pêche miraculeuse, cette fois. Le débauchage de personnalités classées à gauche, cette prétendue « ouverture » si chère à Nicolas Sarkozy, marque le pas. Faute de postulants ? « Ce filon-là semble s’épuiser », a commenté l’ancien premier ministre Dominique de Villepin. Cités à la veille du remaniement, les noms de la réalisatrice Yamina Benguigui, élue à Paris, de Christophe Girard, adjoint de Bertrand Delanoë en charge de la culture, ou encore celui du député (PRG) de Corse Paul Giacobbi, ne figurent finalement pas au casting gouvernemental.

Dans un autre registre, le score élevé des écologistes aux élections européennes semble avoir eu raison du recrutement de Claude Allègre, très critiqué pour ses thèses farfelues sur le réchauffement climatique. À l’inverse, la chasse aux personnalités écologistes a laissé Nicolas Sarkozy bredouille.

Brandi comme un trophée par l’Élysée, le nom de Frédéric Mitterrand peine à faire illusion : l’ex-animateur télé, dès 1995, avait appelé à voter pour Jacques Chirac, contre Lionel Jospin. Quant à Michel Mercier, trésorier du Modem, « en congé » de la formation centriste, son retour au bercail majoritaire n’est pas une surprise, même s’il isole un peu plus François Bayrou.

Au final, le chef de l’État aura privilégié la promotion de poids lourds de l’UMP après le succès en trompe-l’oeil de sa famille politique le 7 juin. Comme en réponse aux appels pressants, dans les rangs de la droite, à envoyer des signes au noyau des électeurs conservateurs. « L’ouverture ne doit pas devenir un gadget médiatique renvoyant l’idée que les valeurs, l’intelligence et la compétence sont à gauche », peut-on lire depuis quelques semaines sur un site Internet baptisé Stop l’ouverture, animé par des militants de droite hostiles au brouillage des cartes orchestré par l’Élysée. Les critiques les plus virulentes sont venues de l’ancien ministre Claude Goasguen, dans un entretien, le 4 juin, à l’hebdomadaire Valeurs actuelles. « À force de prôner l’ouverture à gauche, Nicolas Sarkozy va finir par avoir des difficultés avec son électorat et par ébranler la majorité présidentielle. Le président de la République joue avec le feu », prévenait-il.

Nicolas Sarkozy a-t-il cédé, in fine, aux réticences exprimées, dès 2007, par une partie de sa base ? Éric Besson, ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale, ne s’y résout pas et veut croire que « l’ouverture », qu’il incarne avec Fadela Amara, Bernard Kouchner et Martin Hirsch, « sort intacte de ce remaniement ». « La phase d’ouverture est aujourd’hui consolidée à un moment où le président de la République en a moins besoin », a-t-il affirmé, hier matin, sur France Inter. Plus que « l’ouverture », pourtant, c’est bien le ralliement à la droite et aux aspects les plus révoltants de sa politique que symbolise cet ex-socialiste, aujourd’hui secrétaire général adjoint de l’UMP.

Rosa Moussaoui

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